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Afrique

Cheikh Yassine, chef spirituel et opposant infatigable

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 15/12/2012

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté vendredi aux funérailles du cheikh Yassine, décédé jeudi au Maroc. Cet influent opposant à la monarchie a marqué pendant 40 ans la vie politique et religieuse du royaume.

Le fondateur et chef spirituel du mouvement islamiste marocain Justice et bienfaisance (Al Adl Wal Ihsane), Abdessalam Yassine, plus connu sous le nom de cheikh Yassine, est mort jeudi 13 décembre à l’âge de 84 ans. Des dizaines de milliers de personnes ont assisté vendredi à Rabat aux funérailles de ce personnage qui a marqué la vie politique et religieuse du Maroc ces 40 dernières années.

Abdessalam Yassine s’est rendu célèbre en 1974, alors qu’il travaillait pour le ministère de l’Éducation, en publiant une lettre ouverte au monarque marocain d’alors, Hassan II, intitulée "l’Islam ou le déluge". Dans un style pour le moins direct, l’homme accusait le roi de corruption et d’asservissement aux États occidentaux et, lui réfutant le titre de "Commandeur des croyants" du souverain, l’appelle à démissionner.

Son ouvrage, et ceux qui ont suivi, lui ont valu d’être emprisonné puis interné dans un hôpital psychiatrique pendant les "années de plomb" au Maroc (qui ont duré jusqu’à la fin des années 1980), au cours desquelles Hassan II tente d’écraser toutes les voix dissidentes, avant de finir par être assigné à domicile, à Salé, près de Rabat, à la fin des années 1980. Il restera privé de liberté jusqu’en 2000, après la mort du roi et l’arrivée sur le trône de son fils, Mohammed VI. Ce dernier n’est pas non plus épargné par la plume acérée du cheikh. À son intronisation, en 1999, le cheikh Yassine lui adresse un mémorandum de 35 pages dans lequel il accuse la monarchie d’être responsable du marasme politique, social et économique dans lequel est plongé le pays.

Soutien du mouvement du 20-Février aux côtés des laïcs

Cette figure emblématique de l’opposition marocaine a créé le mouvement Justice et bienfaisance en 1973, un mouvement religieux sans existence légale, interdit mais toléré. Il prêche un islam de compassion, réfutant tout recours à la violence, et prône l’instauration d’un État islamique au Maroc. Un courant largement inspiré de la tradition soufie, très répandue au Maroc. Bien qu’il défende une approche fondamentaliste de l’islam, il s’oppose à l’islamisme extrémiste, notamment défendu par les salafistes dont l’influence s’étend sur toute l’Afrique du Nord.

Justice et bienfaisance, officiellement interdit mais toléré, séduit en masse les Marocains. Il est aujourd’hui considéré par certains observateurs comme le principal mouvement islamiste du pays. "C’est un mouvement très hétéroclite, qui est composé d’intellectuels, d’enseignants, de catégories socioprofessionnelles très diverses… Toutes les générations sont également présentes, il y a beaucoup de jeunes", explique Mohamed Tozy, politologue marocain, fin connaisseur des mouvements religieux de son pays. "Cheikh Yassine était un leader important, d’une facture très particulière. Il a su allier dans son mouvement une dimension spirituelle forte et une activité politique."

L’an dernier, quand éclatent les printemps arabes, les membres de Justice et bienfaisance prennent largement part au mouvement pro-démocratie du 20-Février, marchant aux côtés des militants de gauche et des laïcs pour appeler à la mise en place de réformes politiques. Cependant, de nombreux membres de Justice et bienfaisance sont allés grossir les rangs des islamistes modérés du Parti de la justice et développement, vainqueur des élections législatives de septembre 2011.

Pour l’heure, la question de sa succession à la tête de Justice et bienfaisance reste posée. Le nom de sa fille, Nadia, est murmuré. Dotée d’une forte personnalité, elle jouit d’une grande influence au sein du mouvement. Mais, pour Baudouin Dupret, "il n’y a pas de figure comparable à cheikh Yassine. Il a marqué 40 ans de vie politique marocaine."

Première publication : 14/12/2012

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