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Afrique

"En Algérie, Hollande est moins populaire que Chirac, mais plus que Sarkozy"

© AFP

Vidéo par Jonathan WALSH

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 19/12/2012

En visite officielle à Alger et Tlemcen les 19 et 20 décembre, le président français, qui a déjà séjourné à plusieurs reprises dans le pays, est considéré comme un "ami" par les Algériens. Contrairement à son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

Son accueil promet d’être chaleureux. Alors que le président français entame, mercredi, sa première visite d’État en Algérie, François Hollande semble avoir déjà remporté la bataille de l’image. Dans un pays qu’il connaît bien pour y avoir séjourné à plusieurs reprises, il bénéficie d’un énorme capital sympathie auprès de la population algérienne. Rien de comparable, certes, avec un Jacques Chirac encore adulé aujourd’hui, mais aux antipodes du piètre souvenir laissé par son prédécesseur à l'Élysée...

"Il est mieux que Sarkozy !" s'exclament deux Algérois interrogés par FRANCE 24. 

"On le considère comme l'un des nôtres. Il a toujours eu des contacts avec l’Algérie avant d’être président et il n’a jamais rien fait contre nous". "Personne ne dira du mal de lui. C’est Monsieur Normal, Monsieur Tout-le-Monde", ajoute l'un deux avant de préciser qu’"il a tout de même une image plus fade que Chirac, qui était lui véritablement adulé !".

En mars 2003, Jacques Chirac avait été accueilli par une foule en liesse à Alger. Et pour cause. Il s’agissait non seulement de la première visite d’État d’un président français en Algérie depuis l’indépendance, en 1962, mais aussi de celui qui avait dit "non" à la guerre en Irak. Fidèle à ses habitudes, le président Chirac n’avait pas hésité à prendre un bain de foule, notamment à Oran. Un voyage immortalisé par la signature d’un traité d’amitié avec son homologue, Abdelaziz Bouteflika. Dans cette Déclaration d’Alger, les deux pays s’engageaient alors à établir un partenariat politique, économique et culturel renforcé.

"Les Algériens n’aimaient pas Sarkozy"

Une entente largement entamée par le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a, en effet, échoué à refonder les relations franco-algériennes, comme en témoigne l’enterrement, en décembre 2007, du traité d’amitié initié par Jacques Chirac quatre ans plus tôt ou encore sa politique très ferme en matière d’immigration. Lors de la dernière campagne présidentielle, en 2012, le candidat de l'UMP a ainsi réitéré le souhait qu’il formulait depuis 2010 de réviser l'accord sur l'immigration qui lie les deux pays depuis 1968. Objectif : limiter les entrées des ressortissants algériens en France.

Ce texte confère aux immigrés algériens établis en France certains avantages par rapport aux ressortissants d’autres pays : obtention d'une carte de séjour de 10 ans, régularisation automatique des immigrés clandestins après dix ans de présence sur le territoire français… Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur entré en fonction avec l'arrivée de François Hollande au pouvoir, a lui annoncé, il y a quelques jours, qu’il n’y avait "pas de projet de modifier l'accord bilatéral". Un bon point pour le gouvernement socialiste...

"François Hollande a une très bonne image ici. Les Algériens n’aimaient pas Sarkozy. Quand il était au pouvoir, les relations entre nos deux pays étaient très mauvaises. On ne peut que rebondir", insiste Malik, étudiant de 25 ans.

Plusieurs séjours en Algérie depuis 1978

Contrairement à son prédécesseur, François Hollande suscite donc plutôt de la sympathie. Malgré un père partisan de l'"Algérie française", l’actuel chef de l'État a toujours œuvré pour refonder les liens entre les deux pays.

En 1978, l’étudiant à l’ENA choisit ainsi l’Algérie pour son stage de fin d’études. En 2006, il est par ailleurs le premier Premier secrétaire du Parti socialiste (PS) à fouler le sol algérien depuis 16 ans. Puis, en décembre 2010, celui qui ne s’est pas encore déclaré candidat à la primaire socialiste en vue de l’élection présidentielle de 2012 fait un séjour remarqué à Alger. Outre les entretiens avec quelques membres du Front de libération nationale (FLN), dont Ahmed Ben Bella, père de l’indépendance et premier président de la République algérienne, le député de Corrèze multiplie les interviews dans les médias algériens. Le quotidien "El Watan" le gratifie alors même d’une fausse une : "2012, j’y serai".

Attendu sur le dossier sensible des visas

Bien que le contexte lui soit donc plutôt favorable, François Hollande n’arrive pourtant pas en terrain conquis. Les attentes et les espoirs des Algériens sont nombreux, rappelle Rachid Tlemçani, enseignant-chercheur à la faculté de sciences politiques de l'université Alger III.

"François Hollande est un homme de gauche. Les Algériens apprécient les gens de gauche parce qu’ils sont sensibles au progrès social, analyse le politologue. Ils l’attendent d’ailleurs sur une question très sensible : le nombre de visas. Est-ce qu’ils vont augmenter ? Est-ce que la bureaucratie va être réduite pour que les Algériens puissent voyager en Europe ? Ils attendent que le gouvernement socialiste fasse un effort comme le gouvernement algérien, je suppose, va le faire en accordant la priorité aux entrepreneurs français dans le cadre de la relance économique de l’Algérie."

En 2006, François Hollande, qui s’est toujours présenté comme un "ami de l’Algérie", avait déclaré au journal "Le Soir d’Algérie" : "Ce qui unit nos deux pays est plus fort que ce qui les sépare". Alors que l’Algérie s’apprête à clore les célébrations organisées pour le 50e anniversaire de son indépendance, le président français doit désormais tourner la page Sarkozy, en scellant une réconciliation au sommet entre les deux pays.

Première publication : 17/12/2012

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