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Amériques

Les pillages virent au malaise politique

© AFP

Texte par Dépêche

Dernière modification : 22/12/2012

Les pillages et les affrontements avec les forces de l'ordre se sont multipliés, vendredi, en Argentine, faisant craindre une crise politique. Les violences ont fait deux morts à Rosario, dans le centre-est du pays.

Des pillages de supermarchés se multiplient depuis jeudi soir à travers l'Argentine, rappelant des images de la crise de 2001, mais le malaise est aujourd'hui plus politique qu'économique selon des analystes, la situation étant bien différente.

Après avoir éclaté jeudi à Bariloche (ouest), les pillages se sont poursuivis pendant la nuit à Resistencia (nord-est), Rosario et Galvez (centre-est) ainsi qu'à Campana et Zarate, toutes deux dans la province de Buenos Aires.

Ils ont fait deux morts et deux blessés graves à Rosario et une centaine de blessés dans le pays, alors que quelque 300 personnes ont été arrêtées au total, selon les autorités.

Le gouvernement a décidé l'envoi de quelque 400 gendarmes à Bariloche, ville de 50.000 habitants située près de la frontière avec le Chili, dans la banlieue de laquelle un magasin Chango Mas (Wal-Mart) a notamment été visé.

Vendredi après-midi, pillages et affrontements avec la police se poursuivaient à San Fernando, une banlieue résidentielle du nord de la capitale.

Le ministre de la Sécurité de la province de Santa Fe, Raul Lamberto, a précisé que les attaquants, "très jeunes, volaient surtout des boissons alcoolisées" et qu'il y avait eu "des instigateurs".

Ces événements interviennent alors que les syndicats opposés au gouvernement ont manifesté mercredi pour la deuxième fois en un mois. Et le gouvernement n'a pas tardé à les accuser d'avoir organisé ces pillages.

Vol d'alcool et de télévisions


"Des gouverneurs disent qu'il s'agit de groupes liés au syndicat des camionneurs", a lancé le chef du gouvernement, Juan Manuel Abal Medina, visant le responsable de la CGT dissidente, Hugo Moyano, un ancien allié passé à l'opposition.

"Il y a un secteur qui veut que le sang coule en Argentine pour ces fêtes de fin d'année", a dénoncé le secrétaire à la Sécurité du pays, Sergio Berni.

M. Moyano a déclaré, lui, que "la population est dans le besoin". "Il y a des gens qui dorment sous les autoroutes ou sous les arbres", a-t-il affirmé, démentant que ces pillages puissent avoir été organisés.

Plusieurs responsables ont toutefois relevé que les pilleurs prenaient rarement de la nourriture.

"Ils prenaient des écrans plasma et des boissons et non de la nourriture", selon M. Abal Medina.

"Quelqu'un qui emporte un écran plasma n'est pas quelqu'un qui a faim", a renchéri le gouverneur de la province de Buenos Aires, Daniel Scioli.

De fait, si les images qui ont fait le tour du monde ont pu rappeler celles de la grande crise de 2001, le contexte est aujourd'hui très différent.

"Nous ne sommes pas en 2001, lorsque 50% de la population était en dessous du seuil de pauvreté", rappelle à l'AFP la sociologue Graciela Romer. "Aujourd'hui le taux de pauvreté est de 25%", a-t-elle ajouté.

Pour Rosendo Fraga, de l'Institut Nouvelle Majorité, "l'Argentine vit une crise plus politique qu'économique".

Il mentionne le conflit avec Clarin, le principal groupe de presse du pays ou le coup de frein donné par l'opposition au Congrès au projet de réforme de la Constitution visant à faire réelire la présidente Cristina Kirchner pour un troisième mandat.

Le malaise politique a éclaté au grand jour le 8 novembre, des foules protestant au son des casseroles à travers le pays contre une éventuelle réélection de Mme Kirchner en 2015.

"Il y a, certes, des signes économiques", dit à l'AFP Fausto Spotorno, économiste chez Orlando Ferreres et Associés.

L'Argentine contrôle de plus en plus ses importations pour préserver son excédent commercial, seule source de financement en l'absence de crédit après son défaut de paiement sur sa dette en 2001.

Face à la fuite de capitaux, elle a mis également en place une série de contrôles draconiens sur l'achat de devises.

M. Fraga souligne, en outre, que "ce n'est pas la même chose d'avoir 24% d'inflation avec 8% de croissance, comme en 2011, et la même inflation avec 1% de croissance comme en 2012".

AFP

Première publication : 22/12/2012

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