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Culture

À Varsovie, une exposition invisible pour sensibiliser à la cause des aveugles

© AFP

Texte par Dépêche

Dernière modification : 27/12/2012

Une heure dans l’obscurité totale. Une série d’installations sensorielles dans la capitale polonaise propose aux visiteurs de vivre le quotidien des non-voyants en ne faisant appel qu’au toucher, à l'ouïe, à l'odorat, au goût et à l'imagination.

L'obscurité absolue: un voile noir s'abat sur le décor quotidien, les gestes les plus simples deviennent compliqués. Comment trouver l'entrée de la chambre, comment faire sa cuisine et sa toilette, traverser la rue, faire ses courses? Et comment apprécier malgré tout la visite dans un musée, comment payer son café avec de l'argent qu'on ne voit pas?

Vivre une heure de cécité totale, guidé par un aveugle: une "exposition invisible" à Varsovie invite ses visiteurs à ouvrir les yeux sur la vie quotidienne des personnes non voyantes. Une visite qui exige de faire appel à tous ses sens sauf un - le toucher, l'ouïe, l'odorat, le goût, et ... l'imagination.

"Grâce à une série d'installations sensorielles, nous sommes appelés à vivre l'expérience de ce qui se cache dans le noir", explique à l'AFP Malgorzata Szumowska, directrice de l'exposition.

A travers six pièces différentes, plongées dans l'obscurité totale, on visite ainsi un appartement meublé et équipé de divers outils ménagers, on se heurte aux bruits étourdissants d'une rue où il faut éviter les voitures et les poteaux, on devine au toucher des reproductions de sculptures artistiques, on découvre les décors et les senteurs naturelles d'une maison forestière, puis on traverse un petit pont de bois au-dessus d'un ruisseau qui susurre, avant d'aboutir dans un café populaire où notre guide aveugle se fait barman et animateur.

Dans la partie "visible" de l'exposition, on apprend les bases de l'écriture braille et le fonctionnement d'une machine à écrire braille. Les yeux bandés, on peut tenter de faire un puzzle.

"C'est une visite à travers le monde tel que le perçoit une personne non voyante. Notre objectif est de dire que ce monde invisible reste beau et riche, que les non-voyants sont des gens pleins d'humour, qui ont leur vie et leurs passions, qui ne sont pas prédestinés à l'exclusion sociale", explique-t-elle.

Briser les idées reçues

L'idée d'une telle exposition est née en Hongrie. Elle est fondée sur l'histoire d'une femme ayant plongé dans l'obscurité tout son appartement pour comprendre et vivre le sort de son mari frappé de cécité suite à un accident. Transformée en projet social à Budapest, l'exposition a par la suite ouvert ses portes à Prague puis à Varsovie. En un an, elle a déjà attiré 30.000 visiteurs dans la capitale polonaise.

"Au départ, j'étais effrayée, je ne savais plus ce qui se passait autour de moi, je me sentais perdue. Heureusement, il y avait le guide, une personne aveugle... C'est très fort! Il faut absolument vivre cette expérience", a déclaré à l'AFP Aleksandra, étudiante à Varsovie, après la visite.

"L'important pour nous, les guides, est que tout le monde se sente rassuré, en sécurité", souligne Pawel Orabczuk, 30 ans, qui fait partie des 15 personnes aveugles ou mal voyantes, chargées de conduire les visiteurs dans ce voyage étrange.

Non voyant depuis la naissance, diplômé en pédagogie et en réinsertion sociale, ingénieur du son et batteur dans un groupe de heavy metal, Pawel enseigne aux visiteurs les gestes nécessaires de sécurité, explique comment retrouver des repères en profitant des quatre sens qui restent, raconte sa propre expérience et répond avec humour aux questions qui foisonnent, tant pour dissiper l'inquiétude que pour briser les idées reçues.

"On peut bien se dire au revoir"

Pour les guides, c'est un travail hors pair, au milieu de l'offre généralement restreinte pour les personnes non voyantes.

"C'est le meilleur travail que j'ai jamais eu", déclare sans hésiter Pawel Kozlowski, un autre guide à Niewidzialna Wystawa (Exposition invisible, site internet www.niewidzialna.pl).

Mais c'est aussi un défi important. "Il faut apprendre à travailler avec des groupes de gens, à bien communiquer, et à le faire uniquement par la parole car dans le noir on ne voit pas les gestes", explique Pawel Orabczuk.

"Si un visiteur sur 10 prend conscience qu'il faut considérer un non voyant comme une personne comme les autres, ce sera un succès", déclare-t-il.

Et à la sortie "on peut bien se dire au revoir, car comment le dire autrement?" - sourit-il.

AFP

Première publication : 27/12/2012

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