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Afrique

Mobilisation pour faire libérer un patron de télévision en grève de la faim

© AFP

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 28/12/2012

Incarcéré depuis août, le patron de la chaîne tunisienne Ettounsiya TV est hospitalisé à la suite d'une grève de la faim débutée le 18 décembre. Il exige sa libération, conformément à un arrêt de la Cour de cassation rendu fin novembre.

L’état de santé de Sami Fehri, en grève de la faim depuis le 18 décembre, s’est gravement détérioré, affirme ses proches. Le patron de la chaîne tunisienne Ettounsiya TV a été admis d’urgence à l’hôpital Habib Thameur de Tunis, jeudi 27 décembre, après s’être évanoui dans la prison où il est incarcéré depuis le mois d’août dernier. Selon sa famille, ses jours sont comptés.

À l’origine, Sami Fehri avait été inculpé de complicité de détournement de fonds publics, l’été dernier, du fait de la volonté des autorités d’"assainir" le pays des complices du régime déchu. Fondateur de la chaîne en mars 2001, il a, avant la révolution tunisienne, été associé avec Belhassen Trabelsi, beau-frère de Ben Ali et homme d'affaires aujourd'hui en fuite au Canada.

Son procès, qui était à l’origine une banale procédure juridique, s’est transformé en un véritable débat public autour de deux grandes questions : la liberté d’expression et l'indépendance de la justice. Des rassemblements de soutien se sont multipliés ces derniers jours pour exiger sa libération avec des slogans tels que "Oui à la justice, non à la vengeance !" ou "Appliquez la loi, libérez le prisonnier !"

Sami Fehri se prive de nourriture, mais aussi d'eau, pour réclamer l’application de l’arrêt de la Cour de cassation qui a ordonné sa libération le 28 novembre. Ses avocats ont réussi à obtenir auprès de la Haute Cour de justice l'annulation de son placement en détention provisoire en invoquant de graves vices de procédure. Pourtant, le parquet a empêché à deux reprises sa remise en liberté.

"Cette affaire est avant tout politique"

"Dans ce dossier, tout le monde s’accorde à dire que Sami Fehri est détenu arbitrairement en prison, affirme à FRANCE 24 Nawfal al-Wartani, l'une des vedettes de la chaîne. Cette affaire est avant tout politique". Selon son épouse, le patron d'Ettounsiya TV - qui diffusait une émission satirique sur les dirigeants tunisiens et le parti islamiste au pouvoir, Ennahda - reste en prison "à cause de son refus de discuter de la ligne éditoriale de sa chaîne, comme était venue le lui suggérer dans sa cellule une avocate, épouse du ministre de la Justice".

"Il a perdu 13 kilos et refuse d'être perfusé, s’inquiète-t-elle. Malgré le danger qu'il encourt, Sami reste très déterminé à poursuivre la grève jusqu'à sa libération, sa famille et ses amis n'ayant pas réussi à lui faire changer d'avis."

Interrogé par FRANCE 24, Fawzi Djaballah, chargé de mission auprès du ministère de la Justice, affirme que l'arrêt de la Cour de cassation manque de clarté. "Si la Cour avait formellement ordonné sa libération, on l’aurait libéré. Mais ce n’est pas le cas", indique-t-il. Pourtant, pour Mabrouk Ben Moussa, l’ancien président de la Cour de cassation, il n’existe aucun doute que "Fehri doit retrouver sa liberté", assure-t-il à FRANCE 24.

L’organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a estimé que le maintien en prison de Fehri relevait d'un "conflit de compétence" entre la Cour de cassation et la chambre d’accusation. "Le ministre de la Justice doit répondre de ce qui apparaît comme une grave atteinte à l’État de droit", a ajouté HRW dans un communiqué, appelant à une "remise en liberté immédiate" du détenu.

Le patron d'Ettounsiya risque 10 ans de prison pour préjudices financiers causés à la télévision publique. Son affaire a été renvoyée devant la chambre d'accusation. Elle sera examinée le 3 janvier. Sa famille craint, elle, qu’il ne tienne pas jusque-là.

Première publication : 28/12/2012

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