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Moyen-orient

"Nous avions le sentiment de tuer le peuple syrien avec nos mots"

© FRANCE 24

Vidéo par Julien SAUVAGET , Christophe DANSETTE

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 31/12/2012

Le 13 décembre, trois responsables de la radio officielle syrienne, Radio Damas, ont fait défection et se sont réfugiés à Paris. FRANCE 24 a recueilli les témoignages de deux d'entre eux, Kamal Jamal Bek et Lama al-Khadra.

Depuis le début du soulèvement contre le régime du président syrien Bachar al-Assad, en mars 2011, des dizaines de journalistes employés dans les médias officiels ont fait défection. Par mesure de sécurité, la plupart d’entre eux ont pris la route de l'exil. Le 13 décembre, trois responsables de la radio publique syrienne, Radio Damas, ont fait défection et rejoint Paris, via Beyrouth, avec l’aide des autorités françaises et de jeunes révolutionnaires syriens.

Deux d’entre eux, Kamal Jamal Bek, directeur des programmes de la radio et également rédacteur en chef du site internet du média, et Lama al-Khadra, responsable des programmes politiques et culturels de Radio Damas, livrent à FRANCE 24 leurs témoignages sur les raisons de leur départ et leurs conditions de travail sur place.
 
 
FRANCE 24 : Quand et pourquoi avez-vous décidé de quitter vos postes respectifs et de fuir la Syrie ?
 
Lama al-Khadra : Je n’aime pas le mot "fuir", notre démarche est plutôt une prise de position. Nous aurions aimé annoncer la victoire de la révolution sur les ondes de la radio, au lieu d’annoncer notre défection depuis l’étranger. Nous avons tardé à prendre cette décision, très difficile, nous voulions partir depuis très longtemps. Dès le début du soulèvement, dans tous les journaux diffusés sur notre radio, nous avions le sentiment de tuer le peuple syrien avec nos mots, c’était comme un suicide. Nous avons donc décidé de changer d’attitude, au lieu de mourir de cette manière. À partir de cet instant, nous avons pris la décision de rester, de supporter la situation, en attendant que nous puissions faire notre travail différemment. En vain.
 
Lama Al Khadra, journaliste syrienne réfugiée en France
Kamal Jamal Bek : On ne peut pas rester silencieux face aux exactions commises par le régime, il faut prendre position, c’est pourquoi nous avons décidé de partir. Nous nous sommes coordonnés avec de jeunes Syriens de l’opposition qui nous ont conseillé de rester en poste, jusqu’au moment opportun pour quitter le pays. Notre objectif n’était pas particulièrement de venir à Paris, mais la France et le Quai d’Orsay nous ont aidé, par tous les moyens, à quitter le pays et ce sans contreparties ou conditions.
 
 
F24 : Quelle était l’ambiance de travail au sein de la radio ? Quel est le degré d’interférence du régime au quotidien ?
 
K. J. B. : Je travaillais dans ce média officiel depuis 22 ans, mais cette radio n’est plus une vraie radio. Nous ne pouvions utiliser comme source que l’agence officielle du régime, Sana. Nous avions bien des reporters sur le terrain, mais ils étaient envoyés qu’auprès de l’armée régulière. Ils étaient eux-mêmes sous pression. La couverture était donc unilatérale, et de notre côté nous étions forcés de nettoyer l’information et de la déformer. En outre, le simple fait de regarder une chaîne étrangère comme FRANCE 24, la BBC ou Al-Jazira, vous rendait suspect. Certains d’entre nous ont subi des pressions, de la hiérarchie ou des services de sécurité du régime, car considérés comme proches de l’opposition. J’ai moi-même été interrogé trois fois, dont une fois par les services de renseignement. La première question posée par l’officier qui menait l’interrogatoire était la suivante : "Nous avons des informations selon lesquelles tu es du côté du peuple contre le régime, c’est vrai ?" L’intitulé même de la question est un aveu : il y a bel et bien un régime qui est en guerre contre un peuple, notamment à travers ses médias officiels. Enfin chaque étage du siège de la radio-télévision d'État était gardé par des hommes en armes, des snipers étaient postés sur le toit, et nos allées et venues était surveillées. Cette pression constante et la censure en cours entraînaient par conséquent une sorte d’autocensure.
 
L. K. : Le régime voulait que ses médias officiels défendent son point de vue de la crise en Syrie, et ses intérêts, rien d’autre. Nous étions constamment sous pression, et la moindre pensée en contradiction avec la position du régime représentait un danger potentiel pour notre emploi, nos biens, notre vie et notre famille. Il fallait systématiquement dénigrer les opposants, et remplacer par exemple le terme "manifestants" par "groupes armés" et "contestation" par "complot". C’est dur, car nous devions cacher nos opinions.
 
F24 : Et cette prise de conscience était-elle partagée par d’autres journalistes au sein des rédactions de la radio-télévision ?
 
L. K. : Il faut que le peuple syrien sache qu’au sein des médias officiels, des centres de recherche ou des universités, il y a beaucoup de gens qui sont avec la révolution. Mais ils ne peuvent pour le moment l’exprimer à cause du contexte sécuritaire et militaire qui rend très difficile les défections.
 
K. J. B. : La profession a énormément souffert dans les prisons du régime. Beaucoup de journalistes ont été arrêtés, torturés quand d’autres sont portés disparus, comme c’est le cas de notre collègue Mohammed al-Saïd, dont on a n’a plus de nouvelles depuis le 17 juillet dernier. Son cas nous a notamment décidés à partir.
 

 

Première publication : 31/12/2012

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