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Economie

Le made in France techno se porte bien à Las Vegas

© Sebastian Seibt

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 09/01/2013

Il n'y a pas que les grands noms asiatiques ou américains au salon des nouvelles technologies de Las Vegas : les Français font également bonne figure. À tel point que l'une d'entre elles, Sculpteo, a recu le Grand prix de l'innovation cette année.

Il n'y a pas que la marinière dans la vie. Le ministre français du Redressement productif, Arnaud Montebourg, aurait aussi bien pu piocher dans le secteur des nouvelles technologies pour illustrer sa campagne en faveur du made in France. Les sociétés françaises s'en tirent en effet avec les honneurs au Consumer Electronic Show (CES), le gigantesque salon des nouvelles technologies qui se déroulent du 8 au 11 janvier à Las Vegas. A tel point que l'une d'entre elles, Sculpteo, a même reçu le Grand prix de l'innovation cette année.

Cette jeune entreprise, fondée en 2010, s'est spécialisée dans un nouveau secteur  : l'impression 3D. Sculpteo  fabrique sur commande - en imprimant en trois dimensions - des objets aussi variés que des tasses de café, des coques pour iPhone ou encore des vases."Il suffit de personnaliser l'objet qu'on veut à partir des modèles sur notre site internet ou sur l'application pour iPhone, puis de passer commande et on l'envoie en 4 jours", explique à FRANCE 24 Clément Moreau, le PDG de Sculpteo. Pour environ 20 euros, l'objet fini n'a rien à envier à un produit qui sortirait de l'atelier d'un artisan.

Des exemples d'objets réalisés en impression 3D
Sculpteo peut utiliser 60 matériaux différents pour ses objets. La plupart sont en plastique, mais une tasse peut très bien être faite en céramique.

L'impression 3D a le vent en poupe. Le magazine britannique "The Economist" l'a même qualifié de prochaine révolution industrielle. Un engouement que Sculpteo ressent : "Le mois dernier nous avons enregistré autant de commandes que sur tout le premier trimestre de l'année dernière", confirme Clément Moreau. La société vient, en novembre dernier, de lever deux millions d'euros auprès d'investisseurs pour continuer à se développer.

ÀA quelques pas de Sculpteo dans l'immenses hangar du Centre des conventions de Las Vegas où se déroule le salon, une autre société française, Invoxia, a, elle aussi, connu les honneurs du CES. L'an dernier cette entreprise avait également reçu un prix de l'innovation pour leurs postes de téléphones fixes.

Sur ces derniers, le traditionnel clavier pour numéroter a disparu. A la place, il suffit de brancher un smartphone ou une tablette et récupérer une application qui permet aussi bien de numéroter, de transférer les appels ou encore de lancer une conférence téléphonique. Le smartphone devient donc l'interface pour utiliser le poste fixe.

L'audiOffice d'Invoxia
Invoxia ne propose non seulement le poste de téléphone, mais également de souscrire à un abonnement téléphonique directement depuis son application.

Une convergence entre univers mobile et fixe qui semble plaire puisqu'en trois ans d'existence, Invoxia a déjà conquis "plusieurs milliers de clients, essentiellement des petites entreprises comme des cabinets d'avocats ou d'architecture", souligne à FRANCE 24 Serge Renouard, fondateur d'Invoxia. Il affirme même que la société devrait atteindre l'équilibre financier dès 2013.

"Possible de fabriquer français"

Deux exemples qui illustrent bien le fait que les États-Unis et les pays asiatiques n'ont pas le monopole du cœur technologique. Ces success-story mettent aussi un peu de plomb dans l'aile à l'image d'épinal d'une France à la traîne dans le domaine technologique où entreprendre et produire français relèverait de la gageure. "Il est tout à fait possible de faire des choses en France", confirme Clément Moreau. "Il y a les idées, les ingénieurs et les structures", rajoute Serge Renouard.

Ces deux sociétés, qui emploient une vingtaine de personnes chacune, réalisent tout ou presque en France. Sculpteo, dont l'usine est située dans les Pyrénées, ne fait qu'importer d'Allemagne la matière première nécessaire - comme le plastique, la céramique et les autres métaux. Ensuite, Invoxia réalise "la conception et l'ingénierie en France", mais pas la fabrication industrielle. Cette dernière est effectuée en Chine, mais "pas pour des raisons de coût puisque le transport en avion coûte cher", note Serge Renouard.

En fait, le fondateur d'Invoxia aurait aimé produire en France. "Les usines existent, le seul problème est que les sous-traitants capables de faire les boutons ou d'autres éléments du produit ont, eux, quasiment disparu", regrette cet entrepreneur. Il continue à chercher des solutions franco-françaises, mais en attendant la solution chinoise est plus pratique.

"Beaucoup de blabla"

Quant au débat sur la difficulté d'entreprendre en France, les deux sociétés le trouvent exagéré. Toute la polémique autour de la compétitivité hexagonale, "c'est beaucoup de blabla", juge Serge Renouard. Dans le secteur des nouvelles technologies, ces deux chefs d'entreprises ont même l'air de penser que la France dispose d'atouts non négligeables : le statut de jeune entreprise innovante et le crédit d'impôt pour la recherche.

Le problème qu'ils ont rencontré provient plutôt d'une certaine frilosité des investisseurs. En France, "construire un produit, plutôt que d'offrir un service, c'est presque dégradant aux yeux des partenaires qui ont pour beaucoup peur de l'investissement financier", souligne Serge Renouard. Pour lui, les États-Unis où la figure d'Apple - qui construit des produits comme d'autres produisent des pommes - domine tout est beaucoup plus ouvert à ce genre d'aventure.

Clément Moreau reconnaît également que sur le plan financier les États-Unis sont plus accueillants. "Dans la Silicon Valley, j'aurais très probablement pu lever 15 millions de dollars au lieu de seulement 2 millions d'euros", assure-t-il. Pour lui, la difficulté n'est pas de trouver de l'argent en France, mais de réussir à en lever beaucoup. C'est pourquoi Sculpteo a décidé d'ouvrir un bureau à San Francisco. "S'il faut en passer par des investisseurs américains pour produire français, je ne vais pas hésiter", conclut Clément Moreau.

Première publication : 08/01/2013

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