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EUROPE

Meurtres des activistes kurdes : le dialogue entre Ankara et le PKK visé ?

Vidéo par France 3

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 10/01/2013

Les manifestants qui se sont rassemblés devant l’immeuble parisien où les trois femmes ont été assassinées voient la main de la Turquie derrière ce triple meurtre. Un geste qui ruinerait les négociations de paix actuellement en cours.

Au lendemain de l’assassinat des trois activistes kurdes dans un immeuble du Xe arrondissement de Paris, de nombreux membres de la communauté kurde accusent la Turquie d’être responsable des meurtres. Pour le moment, aucun élément ne permet encore d'identifier le ou les tireurs ni les motivations d’un tel geste. Jeudi matin, les personnes  rassemblées sur les lieux du drame scandaient néanmoins des slogans hostiles au pouvoir d’Ankara. "Nous sommes tous PKK !", "Turquie assassin, Hollande complice !", ont-ils par exemple lancé.

Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soylemez. Capture d'écran Firatnews.

“Évidemment, il s’agit d’un assassinat politique puisque la principale personne visée est une responsable du PKK, une figure connue tant en Turquie qu’en Europe”, a déclaré le président de l’institut kurde de Paris, Kendal Nezan, sur BFM TV. Parmi les trois victimes figure, en effet, Sakina Canzig, l’une des fondatrices du PKK, qui est aussi une proche d’Abdullah Ocalan, le principal dirigeant du mouvement séparatiste emprisonné à vie en Turquie depuis 1999.

“C’est une femme qui a fait une dizaine d’années de prison en Turquie avant de prendre le maquis. Qui sont les commanditaires et les auteurs ? Ce sont aux enquêteurs français de le dire. Mais cet assassinat crée un précédent inquiétant. Jusqu’à présent, il n’y avait jamais eu d’assassinat politique visant des réfugiés kurdes en France”, où ils seraient quelque 150 000 à vivre, a poursuivi Nezan.

Ces assassinats interviennent, en effet, alors que Abdullah Ocalan et Ankara se seraient mis d’accord sur le principe d’un arrêt des hostilités qui durent depuis 1984. Selon les médias turcs, leurs discussions auraient abouti mercredi, jour du meurtre.

Dans ce contexte, “on ne voit pas très bien l’intérêt de l’État turc d’assassiner d’autres militants du même mouvement. Au contraire, Ankara a tout intérêt à trouver des solutions de compromis pour qu’enfin la lutte armée qui est menée par le PKK depuis 1984 puisse cesser”, souligne sur FRANCE 24 Didier Billot, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et grand spécialiste de la Turquie.

La piste d’un règlement de compte entre mouvements kurdes

Ankara s’est d’ailleurs défendu, jeudi matin, d’une quelconque implication dans le triple meurtre. Le parti au pouvoir, l’AKP, a évoqué un ”règlement de comptes" au sein du PKK, dénonçant des mouvements qui seraient “tenter de saboter ce processus”.

“Nous savons bien que, depuis des années, il y a des sensibilités différentes au sein du PKK. Il y a une aile radicale qui ne croit pas au compromis et veut mener la lutte armée jusqu’au bout”, explique Didier Billot, qui souligne aussi que l’accord de paix n’est “pas encore finalisé et que le processus ne peut pas se régler en quelques jours”.

La question kurde reste extrêmement sensible en Turquie. les autorités turques tiennent, en effet, l’organisation séparatiste pour responsable de plus de 40 000 morts en 30 ans et des centaines d’activistes du PKK sont toujours retenus prisonniers.

En France, où le PKK est considéré comme une organisation terroriste, les autorités ont procédé à de nombreuses arrestations pour activités politiques illégales mais aussi pour des faits relevant du banditisme. “Certains de ses militants ont été accusés de racket et de perceptions frauduleuses d’argent. On sait que le PKK procède à la levée de l’impôt révolutionnaire”, rappelle Didier Billot.

Mais ce crime pourrait aussi être “une action du mouvement d'extrême droite turc des Loups gris visant à saboter le processus de paix,  un crime crapuleux ou encore un acte motivé par un mobile personnel”, a expliqué à l'AFP un spécialiste de la mouvance kurde en France, sous couvert d'anonymat. Autant de pistes à explorer pour les responsables de la difficile enquête sur le triple meurtre qui commence...

 

Première publication : 10/01/2013

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