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Asie - pacifique

Une fleur de bambou pour déminer l'Afghanistan

© Massoud Hassani

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 13/01/2013

Débarrasser l'Afghanistan des millions de mines antipersonnel qui continuent de tuer des centaines de personnes tous les ans et ce pour un coût dérisoire : c'est l'objectif de la "mine Kafon" du designer industriel afghan Massoud Hassani.

On dirait un pissenlit géant, de ceux que les enfants soufflent dans le vent. Mais celui-là ne sème pas des pétales derrière lui : il déclenche des explosions. Conçue par le designer industriel afghan Massoud Hassani, cette sphère désignée sous le nom de "mine Kafon" est un engin de déminage rudimentaire qui pourrait sauver des milliers de vies en Afghanistan. "Kafon" vient du dari, la langue maternelle de Massoud Hassani, et signifie "la chose qui explose". En l’occurrence, il s'agit là de faire exploser les millions de mines anti-personnel qui se trouvent encore dans plus de 5 000 zones à risque en Afghanistan, sans faire de dégâts.

Le concept, encore au stade expérimental, est simple : il s’agit d’une sphère d’environ 2 mètres de diamètre constituée de 70 tiges de bambou présentant à leur extrémité des disques de plastique blanc biodégradable. Suffisamment légère pour être poussée par la seule force du vent, elle est aussi suffisamment lourde et résistante pour absorber le choc d’au moins trois explosions. La sphère est par ailleurs dotée d’un capteur qui permet de la localiser en permanence par GPS et d’enregistrer ainsi les chemins les plus sûrs.

Le prototype a déjà passé des tests concluants aux Pays-Bas, où vit désormais Massoud Hassani, qui prévoit d’expérimenter son invention dans son pays natal durant l’été 2013. Pour financer son projet, il compte lever 100 000 livres sterling (un peu plus de 120 000 euros) d’ici la fin janvier via son site Internet. Avec l'aide de partenaires financiers, il espère ensuite pouvoir passer à une production industrielle de ce démineur qui ne coûte à la fabrication que 40 euros pièce.

 
 
Jouets d'enfance
 
C’est en classe de design que Massoud Hassani a eu cette idée, lorsqu’un professeur de la Design Academy de Eindhoven, aux Pays-Bas, lui a demandé de faire les plans de l’un de ses jouets d’enfance. Originaire de Kasaba, au nord-est de l’Afghanistan, il s'est revu alors courir derrière des balles fabriquées maison. "Quand j’étais petit, on apprenait à construire nos propres jouets. Mes préférés étaient les petits objets qui roulaient, poussés par le vent. Tous les gamins faisaient des courses dans le quartier, très venteux avec les montagnes environnantes", raconte Massoud Hassani sur son site.
 
"Mais souvent, nos jouets roulaient trop loin et trop vite. Et la plupart du temps, ils atterrissaient dans des coins où on ne pouvait pas les récupérer à cause des mines terrestres", poursuit-il. Vingt ans après, Massoud Hassani, qui a quitté l’Afghanistan quand il avait 14 ans, a redessiné ses jouets, en vingt fois plus grands et plus solides, et obtenu grâce à cela son diplôme en 2011.
 
Au moins 10 millions de mines terrestres
 
L’utilisation de mines et munitions durant une décennie de conflit avec la Russie a fait de l’Afghanistan l’un des pays les plus minés au monde. "L’Afghanistan aurait environ 10 millions de mines terrestres, mais en vérité, il y en a bien plus", estime Massoud Hassani. Entre 1999 et 2008, le nombre de victimes (12 069) en Afghanistan restait  le plus élevé au monde, selon le rapport de l’Observatoire des mines pour 2009. En 2011, 812 Afghans, pour la moitié des enfants, ont été ainsi tués, selon Handicap International.
 
Depuis la fin de l’occupation soviétique en 1989, de vastes opérations de déminage tentent cependant de débarrasser le pays de ses mines. Pas moins de 650 000 mines antipersonnel et 15 millions d’engins explosifs en tout genre ont été collectés, selon le Centre d’action contre les mines en Afghanistan (Macca).
 
Le gouvernement afghan, signataire de la Convention d’Ottawa (convention sur l’interdiction des mines antipersonnel), affirme qu’il ne possède plus de stocks et espère détruire toutes les mines d’ici à la fin de l’année 2013. Mais certaines accusations laissent à penser que les insurgés taliban continuent d’en poser pour nuire aux forces gouvernementales et aux troupes étrangères. Massoud Hassani espère donc "éveiller l’attention internationale, car rappelle-t-il, chaque mine détruite sauve une vie". 

 

Première publication : 11/01/2013

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