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Moyen-orient

Régime et rébellion s'accusent mutuellement du massacre de l'université d'Alep

© AFP

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 16/01/2013

Plus de 80 personnes ont été tuées dans la double explosion qui a secoué mardi l'université d'Alep, située dans la partie de la ville contrôlée par l'armée. Régime et rébellion s'accusent mutuellement du carnage qui a suscité une vive émotion.

"En Syrie, les étudiants deviennent martyrs avant même d’être diplômés". Cette phrase, qui joue sur l’homonymie entre les mots "martyr" et "diplôme" en arabe, circule sur les réseaux sociaux depuis mardi, jour de l’attaque qui a tué au moins 87 personnes à l’université d’Alep, en majorité des étudiants. Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), le bilan pourrait atteindre la centaine de morts.

L’attaque survenue le premier jour des examens est l’une des plus meurtrières depuis le début, il y a 22 mois jour pour jour de la contestation contre le régime de Bachar al-Assad. Malgré les combats, l'université d'Alep, comme toutes les autres à travers la Syrie, avait ouvert ses portes à la mi-octobre. Depuis le début du soulèvement, les étudiants à travers le pays étaient tenus tant bien que mal de se présenter aux examens. C’est la première fois qu’une université est visée.

Au lendemain du massacre, le ministère de l'Enseignement supérieur a annoncé la fermeture mercredi des universités à travers le pays et la suspension des examens "en signe de deuil".

Deux versions contradictoires

Juste après l’attaque, rébellion et pouvoir ont commencé à s’attribuer mutuellement la responsabilité du drame. Pour l’heure il n’est pas possible de déterminer l’origine des explosions entendues.

L'agence officielle Sana a fait état de "deux roquettes tirées par des terroristes" contre l'université située dans un secteur contrôlé par l'armée dans l'ouest d'Alep, la deuxième ville du pays où les rebelles contrôlent plusieurs quartiers. Une source militaire syrienne a assuré qu'elle avait été provoquée par deux missiles sol-air tirés par les rebelles et qui ont raté leur cible en tombant sur le campus.

Une explication qui ne convainc ni les rebelles, ni les syriens qui soutiennent la rébellion. Selon eux, l’attaque est due à un raid aérien mené par les troupes du régime. Dans un communiqué rendu public mercredi, les Comités locaux de coordination (LCC) qui animent la contestation sur le terrain accusent également le régime. Selon eux, le fait que l'attentat coïncide avec le début de la période des examens universitaires indique que les explosions "font partie d'un plan visant à faire le plus de victimes possible au sein de l'université". Ils rappellent en outre que par le passé, le régime n’avait pas hésité à viser de ses bombes des boulangeries, des lieux où seuls des civils pouvaient se trouver.

L’attaque a suscité une très vive émotion, qui a rapidement gagné les réseaux sociaux. De nombreux étudiants qui étaient sur place et ont échappé à la mort ont raconté sur Facebook ce qu’ils ont vécu. Des témoignages révélateurs de la division du peuple syrien. "J’ai eu peur aujourd’hui comme jamais auparavant", écrit une étudiante sur Facebook. "On ne savait plus où courir se cacher entendant le bruit de l’avion qui bombardait la faculté", poursuit-elle. D’autres, au contraire, accusent les rebelles d’avoir "commis un massacre".

"Il est évident que cette attaque provient des rebelles"

Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et directeur du Groupe de recherches et d'études sur la méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO), ne partage pas pour sa part les accusations de l'opposition. Pour lui, "il est évident que cet attentat provient des rebelles". Il explique qu'à la fois le régime et la rébellion cherchent à obliger la population à choisir son camp. "Les rebelles veulent empêcher le fonctionnement de l'administration en Syrie, alors que le régime tient à ce que les étudiants aillent en cours et passent leurs examens pour continuer à montrer que le pays fonctionne normalement", explique Fabrice Balanche.

"Concernant les étudiants, les rebelles ont déjà tenté de les pousser à faire la grève des études. De leur point de vue, ceux qui continuent à fréquenter l'université sont taxés de soutenir le régime", poursuit-il.

Une analyse que partage Frédéric Pichon, historien spécialiste de la Syrie. Même s’il reconnait qu’on ne peut faire que des suppositions au vu du manque d’informations, il soutient que "le régime n’a aucun intérêt à attaquer l’université d’Alep, vu tous les efforts qui ont été faits pour donner l’impression que la rentrée universitaire se déroule normalement".

Il rappelle que de surcroît, l’université d’Alep se trouve dans un quartier tenu par le régime et que celui-ci ne veut pas non plus perdre l’appui des populations qui le soutiennent. Alep, ville la plus peuplée de Syrie où la ligne de front s'est stabilisée après l'offensive lancée par les rebelles en juillet dernier, est contrôlée pour moitié par les insurgés et pour moitié par les forces fidèles au président Assad.

Frédéric Pichon doute par ailleurs qu’il s’agisse de bombardements, par avion ou par roquette. "Les images qui sont sorties font plus penser à des attentats à la bombe. On y voit des façades soufflées, des voitures cabossées", observe-t-il.

Première publication : 16/01/2013

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