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Afrique

Témoignages de rescapés : "Ils ont mis une bombe sur lui, comme un collier"

© France 24

Vidéo par France 2

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 21/01/2013

Les premiers rescapés de la prise d’otages d’In Amenas reviennent sur leurs conditions de détention au sein du complexe gazier. Leurs témoignages permettent progressivement de reconstituer le fil des événements.

Retenus pendant plusieurs jours sur le site gazier d’In Amenas, dans le sud-est de l'Algérie, les rescapés algériens et étrangers de la prise d'otages ont commencé à raconter le cauchemar qu’ils avaient vécu. Tous racontent la précision et la violence de cette attaque menée par le groupe islamiste "Signataires par le sang" de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar.

Témoignage de Hamdi, otage algérien

"On n'a rien compris. On a entendu des tirs", raconte Hamdi, un agent de sécurité algérien qui a vécu les tous premiers moments de l’attaque, à FRANCE 24. "On s’est alors caché en s’allongeant sur le sol. Là, ils [les ravisseurs] sont entrés [dans le poste de garde], ils ont tiré en visant tout ce qui bougeait. Ils ont tué un agent de BP, celui qui gardait la porte. C’est par lui qu’ils ont commencé. Ils portaient des habits de combat. Ils ont ensuite pris la direction de l’autre base et de l’usine. Nous sommes restés dans le poste de garde, cachés pendant trois jours, sans manger."

"On ne cherche que les expatriés, les Algériens vous pouvez partir !"

Rapides, visiblement bien organisés et surarmés, selon les témoignages recueillis, les terroristes investissent tour à tour les autres sites du complexe d’In Amenas. "Ils étaient deux groupes, ils ont attaqué la base de vie et l’usine. Leur objectif, c’était le personnel étranger", confie un autre otage d’une quarantaine d’années, interviewé à la télévision algérienne. "En arrivant, ils ont dit : ‘Personne ne bouge !’. On n'a pas bougé, on avait très peur. Après ils nous ont dit : ‘Ne vous inquiétez pas, nous sommes des musulmans, comme vous’", ajoute un deuxième otage algérien.

Témoignage de Mohammed, chef de la sécurité du site gazier.

Les ravisseurs ne s'intéressaient, en effet, qu'aux Occidentaux. "Ils nous ont plongés dans le noir, ils ont réussi à couper l'électricité, ils ont pris possession de la base. (…) Ils ont cassé les portes tout en criant : ‘On ne cherche que les expatriés, les autres vous pouvez partir !’", confie un ingénieur algérien interrogé par France Info.

"Ils ont mis des ceintures d’explosifs aux expatriés"

Les expatriés capturés sont alors rassemblés, explique à FRANCE 24 Mohammed, le chef de la sécurité du site qui a été lui-même retenu pendant 24 h avec 400 autres salariés. "Ils leur ont mis des ceintures d’explosifs et ils les ont rassemblés tous ensemble, raconte-t-il. Ils étaient une trentaine un peu près. Ils leur ont attaché les mains, ils les ont allongés, ils les ont couverts", ajoute-t-il.

Une version des faits corroborée par l’épouse d'un employé philippin blessé. "Ils lui ont mis une bombe sur lui, comme un collier" avant de l’installer dans un camion piégé, confie Edelyn Andrada à une radio de Manille. "Heureusement, la bombe installée dans le camion n'a pas fonctionné. Les bombes dans les autres véhicules ont été déclenchées et des gens sont morts", a-t-elle ajouté.

Bilan provisoire des victimes

25 nouveaux corps ont été découverts, dimanche, par l'armée algérienne à l'intérieur du complexe gazier d'In Amenas. Il s'agirait de ceux d'otages exécutés par les djihadistes.

Le bilan officiel provisoire s’élève ainsi à 48 morts parmi les otages tués. Ce chiffre pourrait être revu à la hausse. Le Premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal, doit annoncer lundi lors d'une conférence de presse un bilan officiel.

L'opération de l'armée algérienne a permis de libérer "685 employés algériens et 107 étrangers", selon un communiqué du ministère de la Communication lu samedi soir à la télévision d'État. 32 preneurs d'otages djihadistes sont morts lors de l'assaut de l'armée.

Quelques heures après l’attaque du complexe par les islamistes, l’armée algérienne lance un premier assaut. Les ravisseurs s’organisent, méthodiques. "Quand ils ont vu que l'armée algérienne avait pris position, ils ont séparé les otages, les expat' d'un côté. Les Algériens, ils les ont emmenés dans le foyer. (…) Maintenant, on est sans nouvelle de nos collègues expat'. C'est eux qu'ils ont pris pour bouclier", raconte un rescapé, qui préfère garder l’anonymat. Des otages y laisseront la vie. "Ils ont exécuté cinq personnes", affirme encore un autre survivant algérien, dont le témoignage est rapporté par France 3.

"Je suis resté caché pendant 40 heures sous mon lit"

Certains prisonniers algériens affirment avoir identifié les agresseurs. "[Il y avait] deux terroristes juste devant la porte, bien armés, barbus, en tenue afghane, l'un avec l'accent qui n'était pas algérien. (…) Je peux vous assurer que les gens qu'on a vus, qui nous ont laissés partir, n'étaient pas des Noirs mais de type maghrébin", affirme l’un d’entre eux. Un Occidental est également identifié par les otages.

"Il y a avait un Canadien qui servait d’intermédiaire entre les expatriés et les terroristes. On a su qu’il était canadien parce qu’on lui a demandé sa nationalité. Il portait une barbe, des lunettes de soleil et un turban rouge sur la tête", ajoute le chef de la sécurité interviewé par FRANCE 24. On sait désormais que les ravisseurs étaient effectivement de nationalité malienne, nigérienne, tchadienne, égyptienne, mauritanienne, algérienne et canadienne.

Plus loin, dans la zone d’habitation, certains Occidentaux, plus chanceux, parviennent à échapper aux ravisseurs. "J’ai entendu des coups de feu. L’alarme qui nous dit de rester où nous sommes s’est déclenchée. Je ne savais pas si c’était un exercice ou si c’était vrai. Mais après, avec le temps, avec le bouche à oreille, on a su ce qu’il se passait. Je suis resté caché dans ma chambre pendant presque 40 heures. J’étais sous le lit. J’ai mis des planches un peu partout, au cas où. J’avais un peu de nourriture, un peu à boire, J’étais complètement isolé", raconte Alexandre Berceaux, un salarié français, à FRANCE 24. "Ça tirait beaucoup par séquence. (…) On a trouvé trois Anglais qui étaient cachés dans le faux plafond. (…) On est en vie. On est en vie... Je remercie toutes les forces qui nous ont permis de sortir de là."

Avec dépêches

Première publication : 20/01/2013

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