Dernière modification : 29/01/2013 

- Islamisme - Mali


Exclusif : Un homme à la barbe trop fournie frôle l'exécution sommaire

Exclusif : Un homme à la barbe trop fournie frôle l'exécution sommaire
Aldjoumati Traoré
© Mehdi Chebil

Il ne fait pas bon être barbu dans le nord du Mali, où l'armée traque le moindre signe de collaboration avec les islamistes. Reportage à Diabali, où un homme a été désigné comme rebelle parce qu'il portait une barbe fournie.

Par Mehdi Chebil , envoyé spécial à Diabali, au Mali (texte)
 

Le collier de barbe blanche du vieil homme tourne au rouge au fur à mesure que les coups de ceinturon du soldat s'abattent sur son crâne dégarni. Vêtu d'une longue djellabah marron claire, le vieil homme s'élance pieds nus, terrorisé, alors que le militaire redouble de violence, hurlant qu'il va le tuer. D'autres soldats maliens finissent par intervenir, s'interposant mollement entre leur confrère déchaîné et sa victime, visiblement déboussolée.

La scène se passe la semaine dernière dans la ville de Diabali, une localité du centre du pays reprise le 21 janvier aux rebelles islamistes par les forces maliennes et françaises. Les quelques journalistes présents sur place sont alors vivement écartés.

"Pas de photo ! Dégagez !" s'époumone le capitaine malien qui, quelques minutes plus tôt, nous montrait cordialement les dommages subis par le camp militaire de Diabali lors des bombardements contre les rebelles qui y avaient pris position. Le malaise est palpable, tous les protagonistes sont conscients de vivre une scène d'une violence extrême.

Quelques jours après, FRANCE 24 est retourné à Diabali dans le but de retrouver le vieil homme à la barbe et retracer le déroulement d'une de ces exactions qui émaillent la reconquête du nord du pays.

Condamné pour une barbe trop longue

Paisiblement assis sous le porche de sa maison de terre, Aldjoumati Traoré savoure stoïquement d'avoir survécu à l'assaut brutal du soldat. Il dissimule une dizaine de gros pansements sous un bonnet de couleur jaune criarde.

"Les blessures à la tête ne me font plus trop mal... Mais celles sur le corps me font encore souffrir. C'est Dieu qui m'a sauvé", déclare le rescapé en se remémorant la brutalité de l'attaque.

"Je venais de sortir de chez un ami et je marchais le long de la route principale quand un militaire m'a interpellé pour me demander ma carte d'identité. Quand je lui ai présenté mes papiers, il est soudainement devenu violent. Il criait qu'il n'en avait rien à foutre de mes papiers, que j'étais un terroriste, et qu'il allait me tuer."

Après lui avoir arraché des mains son bâton de berger, le soldat commence à le frapper. Aux coups de bâtons sur le corps succèdent les coups de ceinturon sur le crâne jusqu'à ce que le sang jaillisse.

"Sur le moment je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. J'habite à Diabali depuis 40 ans, mon bétail et mes enfants sont ici... Le militaire qui m'a agressé n'était clairement pas d'ici. Il a cru que j'étais un rebelle islamiste parce que ma peau est un peu plus claire que la moyenne et que je portais une barbe fournie", continue Aldjoumati en passant les doigts dans son bouc, dernier vestige d'une barbe prudemment coupée.

Aldjoumati Traoré est poursuivi par un militaire qui le frappe de toutes ses forces sur la tête à coups de ceinturon. Son seul crime : une allure proche de celle des fondamentalistes islamistes. © Mehdi Chebil
Le soldat enragé (à gauche) est séparé de sa victime par d'autres militaires qui ont gardé leur sang-froid. L'agresseur porte en bandoulière l'appareil photo de Salifou Bouaré, confisqué quelques minutes plus tôt. © Mehdi Chebil
Une dizaine de gros pansements ont été nécessaires pour recouvrir les blessures à la tête d'Aldjoumati Traoré. Le berger d'environ 70 ans affirme n'avoir eu la vie sauve que grâce à Dieu. © Mehdi Chebil
Aldjoumati Traoré pose devant chez lui avec sa femme et quatre de ses sept enfants. Originaire de Tombouctou, il vit à Diabali depuis une quarantaine d'années. "Tout le monde me connaît ici", souligne le rescapé. © Mehdi Chebil
Aldjoumati Traoré a gardé le vêtement maculé de sang qu'il portait lors de son agression. © Mehdi Chebil
Salifou Bouaré a été le seul résident de Diabali à essayer de dissuader le soldat de frapper Aldjoumati Traoré. Selon lui, la violence de l'agression a fait peur aux autres témoins de la scène. © Mehdi Chebil
L'infirmier Mady Dembélé pose dans le dispensaire où il a prodigué les premiers soins. Il continue de surveiller les blessures et changer les pansements d'Aldjoumati Traoré. Le maire de Diabali a promis de payer les soins. © Mehdi Chebil
Ancien militaire à Diabali, Mady Dembélé pense que les exactions étaient plus probables du côté des unités récemment formées, où l'autorité du commandement n'est pas encore bien établie. © Mehdi Chebil

    Épuration à huit clos

    Si Aldjoumati remercie la providence, ses proches pensent que "le vieux" doit son salut à un homme : Salifou Bouaré. Connu à Diabali comme photographe de mariage et de baptême, Salifou était en train d'immortaliser en photo les pick-ups carbonisés d'Aqmi et les restes de la Caisse d'épargne pillée par les rebelles islamistes quand il a entendu des cris.

    "Quand je suis arrivé sur place la situation était très tendue. Le soldat hurlait et menaçait une journaliste blanche qui lui avait dit d'arrêter de frapper le vieux. Je me suis approché et j'ai dit au soldat 'chef, il faut le laisser, c'est mon beau-père'", affirme Salifou.

    Les autres passants restent silencieux, tétanisés par le déchaînement de violence à l'encontre d'Aldjoumati. Seule la vue de l'appareil photo de Salifou détourne un moment la rage du militaire. Ce dernier ne veut surtout pas de trace de ses actions.

    "Il m'a arraché l'appareil des mains et a levé son ceinturon pour me menacer. C'est à ce moment que mon beau-père a commencé à courir vers le camp militaire, où d'autres soldats ont essayé de calmer son agresseur. Je suis certain que si ce dernier avait eu une arme sur lui, il n'aurait pas hésité une seconde à abattre mon beau-père. Son haleine empestait l'alcool et il avait l'air complètement ivre", souligne Salifou.

    Un cas isolé ?

    Prévenu par des amis, un des fils d'Aldjoumati se rue immédiatement aux portes du camp militaire, où un attroupement commence à se former.

    Les militaires, qui ont fini par se rendre compte de leur erreur, le laissent emporter son père vers l'antenne de premiers soins de Diabali. La foule s'engouffre aussi dans la petite cour de la maison de terre séchée qui fait office de dispensaire.

    "J'ai nettoyé les blessures et je me suis vite rendu compte qu'il y avait plus de peur que de mal. Seule la blessure sur le front était véritablement profonde - on voyait même l'os du crâne", se souvient l'infirmier de la ville, Mady Dembélé, lui-même ancien militaire.

    "Malgré son état, Aldjoumati a rapidement retrouvé ses esprits. C'est le vieux lui-même qui a demandé à la foule de se maîtriser alors même que certains commençaient à crier vengeance."

    La tension n'est finalement retombée qu'après qu'un responsable militaire et le maire de Diabali se soient rendus au chevet du rescapé pour s'excuser. Pas rancunier, Aldjoumati estime que c'est un incident, provoqué par un soldat isolé originaire d'une autre région du Mali.

    Pourtant, la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) évoquait mercredi 23 janvier "une série d'exécutions sommaires" dans l'ouest et le centre du Mali, réclamant la création "immédiate" d'une commission d'enquête indépendante.

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    (20) Réactions

    Aux militaires maliens, le

    Aux militaires maliens, le monde vous regarde, le monde est heureux de voir le Mali libéré peu à peu ses territoires envahis par des criminelles qui utilisent la religion pour assouvir leur soif de sang et de pouvoir.

    Il serait malheureux que cette délivrance soit entaché par la soif de vengeance et l'aide que pourrait apporter le reste du monde pour aider à reconstruire le Mali dépendra de vos actes sur le terrain.

    Le monde ne cautionnera pas des exécutions sommaires. S'il y a des traitres à faire juger alors emmener les devant la justice civile de l’État malien, ou ils seront jugés.

    Soyons réaliste nous les

    Soyons réaliste nous les Africains , on a tendance à dire que la France s'ingère dans les affaires qui ne leurs regardent pas . Depuis que les rebelles ont commencé à sévir au Mali aucun Etat Africain n'a réagis même l'union africaine. Maintenant que l'état Malien sollicite l'aide de la France, on commence à dire que la France a intervenu par intérêt , vous ne voyez que le négatif sans voir les vies qu'elle a sauvé grâce à cette intervention. je suis un Africain reconnaissant et je félicite la France pour le bravoure. Donc quand vous n'avez rien à dire taisez vous .
    PS : un africain qui se après divers propose entendu

    @Doumbia: Vraiment?! Le vieux

    @Doumbia: Vraiment?! Le vieux a eu une barbe rouge dans la seconde parce qu'elle etait coloré par le sang.

    Ce qui est sur c'est que la

    Ce qui est sur c'est que la France ne laissera pas les épurations ethniques se produire, puisque nous somme intervenu nous somme aussi responsable devant la communauté internationale de ce qui arrivera demain au Mali.

    La reconstruction du Mali sera longue et difficile au vu de la cassure ethnique qui se dévoile au fur et à mesure des semaines, les maliens doivent trouver la force de dépasser le sentiment de vengeance s'ils veulent obtenir une paix durable.

    @DOUMBIA Yacouba Relis

    @DOUMBIA Yacouba
    Relis l'article et regarde tous les photos, avant de dire des blettisse.

    @Bruno En mali, c'est un peu différent : Les populations sont contents de ce changement, certes pas tous. Les pays libres ne peuvent pas soutenir des arriérés, qui cherchent à imposer par la force les doctrines religieux, les gens doivent choisir librement leur religieux. Qui va choisir librement ceux que ces islamistes imposent ?? Les Africains n’ont pas à subir la colonisation islamistes ou encore l’impérialisme islamistes pour substituer à l’impérialisme occidentale.

    Aucune barbarie commis comme

    Aucune barbarie commis comme les islamistes doivent être permis !!! Il faut respecter les gens, y compris ses ennemis, faire preuve d’amours est plus dure que la haine, mais c’est la condition première d’une paix durable. Merci à France24 pour ces images rares, ce n’est pas sur TF1 ou F2 qu’on verra ces genres de fait.

    Ecoutez, soyez pas trop naïf

    Ecoutez, soyez pas trop naïf pour confondre l'image sur cet article à la réalité...Remarquez bien, primo: la première donne un vieux à la barbe blance, tandis que sur la seconde, le vieux a une barbe rouge. Secondo: les maliens sont des curieux, une scène pareille ne peut se passer inapercu et sans attirer l'attention des personnes dernière l'image et d'ailleur la personne sur la moto derrière le vieux et son poursuivant n'a l'air de voir la scène.
    Donc cet article peut jouer deux rôle: le premier salir l'image de l'armée malienne qui n'est plus propre depuis le debut de la reconquete, le second serait d'attirer l'attention de la population et surtout de l'armée malienne sur l'amalgame qui gagne du terrain dans le Nord afin de palier aux conséquences. J'aimerai bien avoir mais seulement, l'énnemi le plus redoutable de l'humanité est la presse, et surtout la presse alimentaire...

    Le même refrain ! Chaque fois

    Le même refrain ! Chaque fois l'occident intervient dans un pays musulman en soutenant une partie de la population contre l'autre et engendrant de la HAINE En irak cela a provoqué la haine entre les chiites et les sunnites qui continue d'embraser tout le moyen-orient Ici au mali c'est la haine des NOIRS contre les ARABES et les BERBERES !!!

    C'est grave !!l'armée doit

    C'est grave !!l'armée doit être vigilante même si ils sont aussi sous le choque de la guerre, moi je me sens mal par cette image j’espère que,à l'avenir ils sauront être prudent

    Merci à France 24 d'être

    Merci à France 24 d'être retourné suivre cette histoire quelques jours plus tard. Il me semble très important d'humaniser un peu ce qui ne serait qu'un fait parmis d'autre, vite oublié, si on s'en tenait à l'actualité "immédiate". Bon rétablissement à Mr Traoré, courage à tous les maliens, restez unis.

     
     
     
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