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Culture

Les célèbres manuscrits de Tombouctou ont échappé à la destruction

© AFP

Vidéo par Matthieu MABIN

Texte par Dépêche

Dernière modification : 30/01/2013

Selon un conservateur des collections de manuscrits de Tombouctou, plus de 90 % d'entre eux ont été mis à l'abri à Bamako dès le début de l’invasion du Nord-Mali par les groupes islamistes armés en mars 2012, leur permettant d’échapper au saccage.

La majeure partie des célèbres manuscrits et livres précieux de Tombouctou ont été mis à l'abri à Bamako avant l'arrivée des islamistes dans la ville malienne, et les destructions n'ont pas été aussi massives que redouté, à affirmé mercredi à l'AFP l'un des conservateurs de ces collections.

"Une grande majorité a été sauvée. Je pense, vraiment, plus de 90%", a indiqué Shamil Jeppie, directeur du projet de conservation de ces manuscrits, basé à l'Université du Cap (UCT) en Afrique du Sud.

"En fait, on a beaucoup exagéré", a affirmé M. Jeppie. "Il y a eu des dégâts et certains objets ont été détruits ou volés, mais beaucoup moins que ce qu'on a dit dans un premier temps."

Selon lui, les conservateurs et archivistes avaient commencé à déplacer les documents vers Bamako durant les premiers mois de l'insurrection islamiste dans le nord du Mali.

"Ils ont été transférés vers la capitale et certains sont cachés dans la ville", a-t-il affirmé.

Ces manuscrits représentent un véritable trésor culturel, remontant à l'époque où la cité mythique a été la capitale intellectuelle et spirituelle de l'Islam en Afrique aux XVe et XVIe siècles, accueillant jusqu'à 25.000 étudiants.

Certains sont encore plus anciens, datés du XIIe siècle et même de l'ère pré-islamique.

Essentiellement rédigés en peul et en arabe, ils traitent d'astronomie, de musique, de botanique, de pharmacie, de droit, d'histoire ou encore de politique. Les supports en sont variés: parchemin, papier d'Orient, peaux de moutons et même... omoplates de chameau.

Un seul bâtiment saccagé

Des témoins interrogés mardi à Tombouctou avaient rapporté que les islamistes en fuite avaient brûlé en fin de semaine dernière tous les manuscrits qu'ils avaient pu trouver, dans un dernier accès de rage avant de quitter la ville, reconquise par des soldats français et maliens.

En fait, un seul des deux bâtiments de l'Institut des hautes études et de recherches islamiques Ahmed Baba (IHERI-AB, ex-Centre Ahmed Baba, du nom du savant et homme de lettres malien qui a vécu entre le XVIè et XVIIè siècle), abritant des manuscrits a été saccagé, selon des experts interrogés par l'AFP.

"Il y a l'ancien bâtiment et le nouveau. Le nouveau bâtiment a été construit par les Sud-Africains" et inauguré en 2009, et "tous les manuscrits n'ont pas été transférés dans ce nouveau bâtiment", situé à un kilomètre de l'ancien, a affirmé l'expert malien Ben Essayouti El-Boukhari, joint au téléphone depuis Dakar.

Le nouveau bâtiment n'abritait que "les manuscrits répertoriés, scannés, numérisés, qui y étaient exposés". C'est ce bâtiment qui a été vandalisé par les islamistes.

Le nombre exact de manuscrits brûlés n'a pas été déterminé. Mais le ministère de la Culture malien a confirmé que l'ancien bâtiment était resté intact.

Le maire de Tombouctou, Halley Ousmane, réfugié à Bamako, avait cependant évoqué sur le moment "un véritable crime culturel".

Une source malienne contactée par téléphone sous couvert de l'anonymat a estimé à 15.000 le nombre de documents qui se trouvaient dans l'immeuble dévasté.

Outre des manuscrits, de célèbres mausolées de saints musulmans de la ville ont aussi été détruits par les groupes armés liés à al-Qaïda qui y voyaient de "l'idolâtrie".

Ils ont même barbouillé de noir la mention "333 saints" sur les panneaux proclamant "Bienvenue à Tombouctou, la cité des 333 saints".

Au total, seule une douzaine de mausolées ont toutefois été réduits à néant, selon un journaliste local.

La plupart des tombeaux de saints sont en fait situés dans des demeures de grandes familles qui se sont bien gardées, pendant les dix mois d'occupation de la ville par les extrémistes, de dévoiler leur existence, permettant ainsi leur préservation.

AFP

Première publication : 30/01/2013

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