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REPORTERS

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Dernière modification : 21/11/2013

RDC : Denis Mukwege, le docteur qui "répare" les femmes mutilées

En République démocratique du Congo, le viol est une arme de guerre. En une douzaine d'années, le gynécologue Mukwege a opéré plus de 30 000 femmes violées et mutilées. Menacé, ce médecin, considéré comme un héros, continue son combat. Nos reporters Marc Perelman et Johan Bodin l’ont rencontré.

Inlassablement, Denis Mukwege, gynécologue congolais, soigne, opère, répare. Des femmes violées et souvent aussi mutilées. Avec ses équipes, dans son hôpital de Bukavu, au Sud-Kivu, il a déjà soigné 40 000 femmes. Un travail à la mesure de l’horreur à laquelle il est confronté au quotidien. Ces quinze dernières années, on estime qu’un demi million de femmes ont été violées en République démocratique du Congo (RDC).

WEBDOCUMENTAIRE FRANCE 24
(cliquez sur l'image pour accéder au webdocumentaire)

Denis Mukwege sait aussi, bien malgré lui, identifier cliniquement les auteurs de ces violences. Les bandes armées, miliciens ou soldats réguliers, qui ravagent cette région de l’est du Congo et qui rivalisent de cruauté. Des bourreaux qui laissent, dans la chair et le ventre des femmes suppliciées, la signature de leur torture. À coup de machettes, de pieux ou d’armes à feu, le viol est une arme de guerre.

Le docteur porte en lui un souvenir terrible. En octobre 1996, il est médecin-chef a l'hôpital de Lemera, au Sud-Kivu. Des bandes armées venues du Rwanda voisin sèment la terreur dans la région. Le gynécologue part accompagner un expatrié occidental qui doit être évacué pour des raisons sanitaires. Leur convoi échappe de peu à une attaque. Le lendemain, son hôpital est pris d'assaut, les patients et le personnel massacrés. Ces victimes hantent encore Mukwege.

Barbarie

Et puis, au fil des ans, le chirurgien a aussi vu revenir dans son hôpital des enfants des viols. Ici, l’horreur se répète de génération en génération. Ces fillettes qu’il avait vu naître ont à leur tour été violées, à l’âge de 3 ou 5 ans. Une barbarie. Denis Mukwege s’est emparé de sa colère sourde de chirurgien pour la porter par delà les frontières de son pays. Porter son indignation aux grands de ce monde : ONU, Parlement européen, France. Le docteur a saisi toutes les tribunes qui lui on été offertes.

Le docteur refuse la banalisation, malgré le manque de moyens d’un État congolais souvent aux abonnés absents. Car en dépit des campagnes pour lutter contre les violences sexuelles, les auteurs de ces crimes peuvent toujours compter sur une large impunité. Aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les hommes en uniformes qui commettent des viols. L’esprit de guerre a contaminé aussi les civils. Les quelques avocats qui défendent la poignée de victimes qui osent porter plainte sont tous rémunérés par des ONG étrangères. Les magistrats militaires de Bukavu, dans leur bâtiment dont le toit s’effondre, doivent compter sur les véhicules de l’ONU ou de l’aide internationale pour mener leurs enquêtes.

Le 25 octobre dernier, le docteur Mukwege a échappé à une tentative d’assassinat à son domicile. Était-ce pour le faire taire ? Après trois mois d’exil en Belgique, il a décidé de rentrer à Bukavu, dans son hôpital, auprès de ces femmes qui s’étaient côtisées pour lui payer son billet retour. Nous l’avons suivi.

Depuis sa table d’opération jusqu’à la crèche des enfants en passant par les cachots de la police et les maisons d’accueil, nous avons été confrontés à des récits parfois durs à supporter. Mais indispensables à entendre.

Par Marc PERELMAN , Johan BODIN

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