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Afrique

Le Séléka conteste sa place dans le nouveau gouvernement centrafricain

Texte par Dépêche

Dernière modification : 04/02/2013

Le président centrafricain, François Bozizé, a nommé un nouveau gouvernement d'union nationale qui, conformément aux accords de sortie de crise, intègre le Séléka. Mais la coalition rebelle réclame plus d'équité dans la répartition des portefeuilles.

Le président centrafricain François Bozizé a nommé dimanche un gouvernement d'union nationale attribuant le poste stratégique de la Défense aux rebelles du Séléka, qui menacent de ne pas intégrer la nouvelle équipe gouvernementale, faute de "consensus".

"C'est un sentiment de soulagement que nous éprouvons après avoir mis en place un nouveau gouvernement, ça a été long (...) parce qu'il y a beaucoup d'entités: la majorité présidentielle, la société civile, les politico-militaires non combattants, Séléka et l'opposition démocratique", a déclaré le président Bozizé à la radio nationale dimanche soir, précisant qu'"il fallait équilibrer les choses".

Mais l'annonce dimanche de la composition du nouveau gouvernement a provoqué une levée de boucliers parmi les représentants politiques du Séléka.

"Nous ne nous reconnaissons pas dans ce gouvernement et nous n'avons pas assez de ministères", a déclaré à l'AFP Mohamed Moussa Daffhane, personnalité clé du Séléka qui vient d'être nommé ministre des Forêts.

Après plusieurs jours de tractations intenses sur la composition du nouveau gouvernement, les rebelles ont obtenu le portefeuille de la Défense, attribué au président du Séléka, Michel Djotodia, également nommé premier vice-Premier ministre. Le Premier ministre, qui lui est issu des rangs de l'opposition, Nicolas Tiangaye, s'est vu confier le ministère des Finances.

Laissant entendre que le camp présidentiel avait opéré un passage en force, M. Daffhane a déploré le non-respect de l'accord de paix signé le 11 janvier à Libreville. Cet accord prévoyait la formation d'un gouvernement d'union nationale composé de toutes les parties au conflit.

Le président Bozizé avait accepté ce compromis après l'offensive éclair entamée le 10 décembre qui avait mené les hommes du Séléka, composé de factions rebelles dissidentes qui réclament notamment le respect d'accords de paix signés entre 2007 et 2011 avec le pouvoir, aux portes de Bangui.

Un autre responsable du Séléka s'est également déclaré "très surpris" de la liste qui vient d'être rendue publique.

"Bozizé a doublé tous les postes"

"Les propositions que nous avions faites au Premier ministre n'ont pas du tout été prises en compte (...) nous avions proposé 7 ou 8 noms pour la Défense, les Affaires étrangères ou encore la Coopération internationale", a-t-il ajouté sous couvert de l'anonymat.

Les rebelles, qui ont obtenu satisfaction sur l'une de leurs principales revendications, le poste de la Défense, ont également décroché les ministères de la Communication et des Forêts dans le nouveau gouvernement composé de 32 membres.

"Bozizé a doublé tous les postes qui l'intéressent (...) ce n'est pas un gouvernement qui peut rétablir la confiance", a dénoncé depuis Paris Eric Massi, l'un des porte-parole du Séléka, joint par l'AFP.

Parallèlement aux ministres titulaires, le président Bozizé a en effet créé plusieurs postes de ministres délégués, une nouveauté par rapport au précédent gouvernement.

Le ministre délégué de la Défense, le général Antoine Gambi, proche du pouvoir, sera notamment chargé de mettre en oeuvre le programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) des anciens rebelles.

Le camp présidentiel a conservé les ministères des Affaires étrangères, l'Economie et la Sécurité publique, mais aussi le ministère des Mines, poste stratégique dans un pays riche en ressources minières.

Vendredi, la coalition rebelle du Séléka avait affirmé attendre la formation d'un gouvernement d'union nationale de transition, accusant le camp du président François Bozizé de faire de "la surenchère", pour conserver les ministères stratégiques.

Selon des sources concordantes, le camp présidentiel avait demandé de contrôler la plupart des ministères dits de "souveraineté (Défense, Intérieur, Finances) et indiqué qu'il allait revendiquer un nombre important de portefeuilles.

M. Bozizé avait déjà tardé plusieurs jours avant de nommer Nicolas Tiangaye Premier ministre, après l'accord de paix avec la rébellion Séléka.

"On va consulter la base pour voir ce que l'on va faire", a déclaré Mohamed Moussa Daffhane, laissant planer le doute sur la passation de pouvoir qui doit avoir lieu la semaine prochaine.

De son côté, le pouvoir a accusé à plusieurs reprises le Séléka de pillages et d'exactions dans les villes du nord et du sud-est où les rebelles sont toujours présents depuis l'accord de Libreville, qui prévoyait un cessez-le-feu et le retrait des zones occupées.

Selon l'accord de paix de Libreville, Nicolas Tiangaye devait conduire une période de transition d'un an jusqu'à la tenue d'élections législatives, le président Bozizé ayant obtenu de rester au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat en 2016.

AFP

Première publication : 04/02/2013

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