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Afrique

EXCLUSIF : les images de la veillée funèbre dans la maison de Chokri Belaïd

© Mehdi Chebil / FRANCE 24

Texte par Imed BENSAIED

Dernière modification : 08/02/2013

La veille des funérailles de l’opposant tunisien, Chokri Belaïd, assassiné mercredi à Tunis, sa veuve Besma Khalfaoui s’est confiée à FRANCE 24. Elle revient sur l’assassinat de son mari et ses causes. Témoignage.

Besma Khalfaoui, la veuve de Chokri Belaïd, l’opposant tunisien assassiné mercredi devant sa maison à Tunis, confie à FRANCE 24 que son mari avait reçu plusieurs menaces de mort au cours des cinq derniers mois. Et ce, par SMS, téléphone ou par e-mails. "Cela ne l’a nullement dissuadé de poursuivre son activité politique et de défendre ses principes et ses positions auxquels il était profondément attaché, et ce, alors que les menaces se faisaient de plus en plus fréquentes et précises", explique-t-elle.

Ennahda, les salafistes et les services de sécurité sur le banc des accusés
 
Ces dernières étaient proférées par "des salafistes et des affidés d’Ennahda [le parti islamiste au pouvoir en Tunisie, auquel s’opposait farouchement Chokri Belaïd, NDLR], qui ont lancé des appels, dans certains lieux de culte, à tuer mon mari". Pour appuyer ses accusations, elle cite l’exemple de la mosquée Sidi al-Khami à Sfax, et de celles d’autres villes comme Kairouan, Zarzis et Tunis.
 
Portrait de la veuve de l'opposant Chokri Belaïd
"Lorsque nous nous promenions avec nos enfants, des citoyens s’approchaient pour saluer mon mari et le remercier pour son courage et son engagement en faveur du pays, mais aussi pour le mettre en garde des conséquences dangereuses de ses prises de positions politiques, poursuit Besma Khalfaoui. Mais Chokri leur répondait par un sourire en indiquant que seuls les lâches cédaient aux menaces".

Cette dernière pointe également un doigt accusateur en direction des services de sécurité tunisiens "qui ont fait montre d’une passivité suspecte, voire intentionnelle, alors qu’elles auraient dû, vu l’ampleur des menaces qui pesaient sur son époux , lui fournir une protection adéquate", que ce soit sur le plan personnel ou collectif, lors des réunions de son parti, Mouvement des patriotes démocrates. "Il y a à peine une semaine au Kef (nord-ouest), une réunion du parti a été la cible d'une violente attaque menée par des salafistes, des nahdaouines [partisans d’Ennahda, NDLR] et des membres de la Ligue de protection de la révolution [groupuscule pro-Ennahda, accusé de violences par l’opposition, NDLR] sans que les forces de sécurité ne bougent le petit doigt" accuse-t-elle. Besma Khalfaoui affirme que c’est cette "inaction" qui a pavé la voie à l’assassinat de son mari, et encouragé les tueurs à franchir le pas.
 
Un nom "désormais gravé en lettres d’or dans l’histoire tunisienne"

Selon elle, la médiatisation de Chokri Belaïd et de ses critiques répétitives et explicites visant Ennahda et la Ligue de protection de la révolution ont "effrayé les ennemis de la démocratie" qui ont décidé "de le liquider pour le faire taire". Mais visiblement, poursuit-elle, ses assassins ne s’attendaient pas à cette vague de protestation, nationale et internationale, qui a suivi leur crime. "Par conséquent, malgré ma profonde tristesse, je sens que les années de lutte politique de Chokri Belaïd n’ont pas été vaines, car son nom est désormais gravé en lettres d’or dans l’histoire de la Tunisie", confie-t-elle.
 
Plus poignant encore, son témoignage qui concerne les derniers instants avant que Chokri Belaïd ne décède, après avoir été mortellement atteint par balles. "Je regrette de ne pas l’avoir serré une dernière fois contre moi, peu après l’attaque. Je ne l’ai pas regardé parce que j’étais choquée par la vue de son sang qui s’était répandu dans la voiture, je n’ai pas pu lui dire une dernière fois tout ce que j’avais dans le cœur et l’amour que j’avais pour lui, ce compagnon de lutte, ce mari, ce père exemplaire dont on a été privé à jamais mes enfants et moi", conclut-elle.

Première publication : 08/02/2013

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