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FRANCE

Hassen Chalghoumi, imam audacieux sous protection

© Assiya Hamza

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 14/02/2013

Respecté par certains, décrié par d'autres, l'imam de Drancy publie un ouvrage qui rend compte du combat qu'il mène depuis plusieurs années en faveur d'un islam tolérant et ouvert au dialogue avec la communauté juive. Rencontre.

Il milite pour un islam des "Lumières". Costume sombre, barbichette et calotte blanche rivée sur la tête, Hassen Chalghoumi est un imam résolument moderne. Ce Français d'origine tunisienne, à la tête de la mosquée de Drancy, mène une croisade contre l'intégrisme musulman. Chantre du dialogue avec les autres religions et particulièrement avec le judaïsme, il martèle aujourd'hui son message dans un livre d'entretiens avec le journaliste David Pujadas, "Agissons avant qu'il ne soit trop tard" (Cherche Midi) qui paraît jeudi.

C’est en 2000 que l’imam s'installe à Drancy. Après deux ans, il rencontre le député-maire centriste Jean-Christophe Lagarde et lance le projet de construction de la mosquée Al-Nour sur un site chargé d'histoire,  -70 000 juifs de France ont été déportés depuis ce lieu. Très vite, il s'aperçoit que les relations entre les juifs et les musulmans sont parasitées par "l'importation du conflit israélo-palestinien en France mais aussi par les préjugés". En 2006, il participe à une cérémonie hommage dans le camp de Drancy et dénonce "l'injustice sans égale de la Shoah". Le coup de semonce est immédiat. Sa maison est saccagée dès le lendemain.

Défenseur d’un islam de France

Pas de quoi décourager celui qui prône un islam de France. "Ce n'est pas un slogan de président. Je l'appelle l'islam des Lumières, indépendant, sans ingérence étrangère, sans haine", explique l'imam. Une fois la mosquée en briques ocre sortie de terre, derrière le parking d'un centre commercial et d'un stade, Hassen Chalghoumi multiplie les initiatives envers la communauté juive. En 2009, il reçoit le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) Richard Prasquier, puis se rend en Israël et à Gaza peu de temps après l'opération "Plomb durci", énième épisode du conflit israélo-palestinien.

De père algérien et de mère tunisienne, Hassen Chalghoumi, a grandi dans une famille modeste en Tunisie. Scolarisé dans un établissement laïque, le prestigieux lycée alaoui de Tunis, le jeune homme se tourne vers la religion à la fin de l'adolescence. Le bac en poche, Hassen Chalghoumi entame une véritable quête spirituelle qui le mènera en Syrie, en Turquie, en Iran, au Pakistan et en Inde. Cette expérience lui fait découvrir le soufisme et le tabligh, "deux mouvements pacifistes et quiétistes".

Le 24 décembre 1996, le jeune homme de 24 ans rejoint son frère en Seine Saint-Denis. "On m'a accueilli en me disant 'joyeuses fêtes'. Ça m'a tout de suite touché", se souvient l'imam de Drancy. Installé à Bobigny, Hassen Chalghoumi dirige la prière dans son foyer Sonacotra et multiplie les petits boulots. Il est tour à tour grand frère à la RATP (médiateur NDLR), manutentionnaire à Roissy puis gérant d'une pizzeria. Convaincu que la clé du bien-vivre ensemble réside dans le dialogue, Hassen Chalghoumi tente de "rapprocher les jeunes de l'autorité". Et pour ce faire, il ne recule devant rien. Pour la fête de l'aïd, il organise des visites de maisons de retraite, du commissariat, de l'église et de la synagogue. "C'étaient des moments très forts, se souvient-il. Le prêtre de Bobigny m'a même dit qu'en onze ans, il n'avait jamais vu ça".

Des prises de positions critiquées

Pour les membres du collectif Cheikh Yassine, nom du chef du Hamas assassiné, la visite de Hassen Chalghoumi est l'initiative de trop. Manifestations devant la mosquée, tentatives d'intimidations, menaces physiques. Hassen Chalghoumi devient "l'imam des Juifs". "Là-bas nous avons été accueillis comme des hommes de paix, de foi. Ici, on nous a traités de traîtres et de collabos !", déplore-t-il en précisant qu'il ne cautionne pas pour autant la politique israélienne. "On peut avoir un avis, soutenir la cause palestinienne mais pas importer le conflit ici. Haïr un juif, ce n'est pas haïr Israël."

En 2010, l'homme prend position pour l'interdiction du voile intégral. "Ma mère ne connaît pas le voile intégral. Même au Pakistan, j'en ai vu très peu ! C'est une forme de revendication, de provocation", estime-t-il. Alors Hassen Chalghoumi se fait de nouveaux ennemis.

"Il n'a pas la reconnaissance des musulmans", fustige Abdelhakim Sefrioui, leader du collectif Cheikh Yassine, pourfendeur de l'imam. D'autres lui reprochent d'avoir retourné sa veste. "Sur le voile, il avait une position tranchée, plutôt en faveur du voile intégral et il était pour la séparation des sexes. En 2007, en tout cas, c'était l'image qu'on avait de lui", se souvient Mohamed Henniche, président de l'Union des associations musulmanes de France. L'expert en terrorisme Jean-Charles Brisard évoque même fin 2012 des prêches en faveur du "djihad", la guerre sainte, qu'il aurait proférés en 2004. Le principal intéressé dément.

L'appel à la "révolte des religieux modérés"

Depuis trois ans, l'imam de Drancy vit donc sous protection policière 24h sur 24. Deux hommes accompagnent le moindre de ses déplacements. Lui ne compte plus les menaces de mort. "Il y a une minorité qui ne croit pas au dialogue. J'y crois plus qu'à la guerre", regrette celui qui s'est rendu, avec 17 imams, à Yad Vashem le 11 novembre 2012, et est à l'initiative d'une cérémonie au Mémorial de la Shoah à Drancy le 4 février. À ceux qui l'accusent de chercher la lumière des médias, il répond que le prix n'en vaut pas la chandelle. "Médiatisé pour avoir des menaces de mort ? Pour que ma femme soit insultée ? Pour qu'on rentre chez moi deux fois ? Je ne m'affiche pas avec des stars de cinéma, des footballeurs du PSG ou de l'OM. Je ne suis qu'une voix parmi les voix. Donnez-moi ma chance !", s'agace-t-il.

Alors que 74% des Français jugent l'islam "intolérant" selon un sondage publié dans le journal Le Monde le 24 janvier 2013, Hassen Chalghoumi estime que "l'islam est compatible avec la République mais sans politique, sans manipulation". "Notre charia c'est l'amour de l'homme, la sacralité de la vie, pas l'assassinat des autres", martèle le président de la Conférence des imams de France en évoquant le Mali ou l'Afghanistan.

Un islam moins offensif

"Depuis les attentats de New York, les musulmans payent le prix fort. Avant d'assassiner des Américains, Ben Laden a assassiné les musulmans". L'imam de Drancy estime que pour changer les mentalités, il faut renoncer à un islam trop offensif. "Il faut aimer les autres pour être aimés en retour", insiste-t-il, précisant qu'il mène ce combat pour l'avenir de ses enfants. Et pour éviter que la jeunesse ne bascule dans le fondamentalisme, comme Mohamed Merah, il faut "militer pour l'indépendance des imams et des lieux de prière".

Or aujourd'hui, la France vit dans l'hypocrisie. Car si l'on rappelle sans cesse la loi sur la séparation de l'Église et de l'Etat, les mosquées "sont gérées par des consulats ou des ambassades", note-t-il. "Quelle hypocrisie ! Une mosquée est un lieu de prière. Nous, les religieux modérés, nous devons nous révolter. On ne peut pas accepter les voix fanatiques !".

Malgré les attaques, parfois très virulentes, l'imam affirme se sentir "soutenu" par ses fidèles. En dépit du millier de signatures recueillies par la pétition lancée en juin 2012 pour réclamer sa démission, il a décidé de ne pas renoncer. "Il faut aimer la France. On a autant de droits que de devoirs. Les extrémistes sont une minorité, certes, mais si nous ne faisons rien elle va tout gangrener".

Première publication : 12/02/2013

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