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Economie

Le "Google pour espions" qui scanne vos activités sur les réseaux sociaux

© Capture d'écran

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 12/02/2013

Le géant américain de la défense Raytheon a mis au point RIOT, un programme qui permet de tout savoir d'un internaute à partir de l'activité sur les réseaux sociaux. Il permettrait même de prédire où quelqu'un se trouve à un moment précis.

À l'ère des médias sociaux rois, il a tout d'un Google... pour espions. Le logiciel RIOT (Rapid Information Overlay Technology) démontre, une fois de plus, les implications pour la sphère privée d’un Web où tout un chacun publie de plus en plus d’informations personnelles.

Ce programme, développé par la société américaine de défense Raytheon, permet de fouiller dans l’activité d'un internaute sur les principaux réseaux sociaux afin d’en savoir le plus possible sur ses us et coutumes.

Une vidéo de démonstration, réalisée par Raytheon en novembre 2010, et que vient de se procurer le quotidien britannique The Guardian permet de mieux comprendre l’intérêt potentiel des services de renseignements pour ce logiciel.

Présenté par Brian Urch, le “principal investigateur” de Raytheon, RIOT s'apparente à un bon vieux moteur de recherche. Il suffit de taper le nom ou l’alias d'une personne pour voir le programme se mettre en branle. Il fouille les Facebook, Twitter, LinkedIn, Foursquare (une application qui permet de se géolocaliser dans différents endroits) et autres réseaux sociaux pour remonter à la surface les photos de l’internaute, les endroits qu’il a visités et les heures auxquelles il s’y rend.

"6h30 à la gym"

Les résultats permettent ensuite de créer des cartes personnalisées (en utilisant les outils de cartographie de Google) pour savoir “où vous étiez et quand vous y étiez”, comme l’écrit le site américain spécialisé dans l’économie numérique VentureBeat. Mais RIOT ne s’arrête pas à cette simple collecte des données. La solution de Raytheon propose également de prédire où une personne a le plus de chance de se trouver à une heure donnée. Ainsi, en analysant l’activité sociale d’un des employés de Raytheon, Brian Urch conclut qu’à “6h30 en semaine il y a de forte chance de le trouver à son club de gym”.

Une fonction qui différencie RIOT d’autres solutions d’analyse de l’activité sur les réseaux sociaux qui existent, comme le souligne le site britannique The Register. Le géant de l’informatique IBM propose ainsi un outil qui permet à une société de gérer sa réputation en ligne en surveillant les réactions sur les réseaux sociaux. Une offre similaire à celle de la société américaine SAS qui propose en outre de sauvegarder plus de deux ans de discussions sur les réseaux sociaux autour d’un “thème important”.

L’existence de ce nouvel outil avancé de surveillance n’avait jusqu’à présent pas été rendue publique. RIOT n’apparaît ainsi nulle part sur le site de Raytheon qui préfère mettre en avant Boomerang, sa technologie de localisation acoustique pour sniper ou encore TransTalk, un terminal de traduction rapide pour l’armée.

"Aider les États-Unis"

Des réticences qui peuvent se comprendre. La capacité prédictive de RIOT pourrait fortement intéresser des régimes autoritaires avides d’en savoir le plus possible sur les allées et venues d’opposants potentiels. “La technologie sophistiquée utilisée par RIOT montre comment ces mêmes réseaux sociaux, qui ont joué un rôle dans les printemps arabes, peuvent être utilisés à des fins de surveillance et de contrôle”, avance The Guardian.

Contacté par le quotidien britannique, Raytheon s’est défendu d’être en relation avec d’éventuels États peu démocratiques pour RIOT. En fait, ce logiciel n’a encore été vendu à aucun client, souligne la société américaine. “C’est un système d’analyse des données sur lequel nous continuons de travailler afin d’aider notre pays [les États-Unis, NDLR] a s’adapter à l’évolution rapide des besoins en sécurité”, affirme au Guardian un porte-parole de Raytheon.

Reste que The Guardian révèle, en outre, que la société a obtenu des autorités américains une autorisation EAR99 qui permet d’exporter sa technologie “sans avoir besoin de licence préalable vers la plupart des destinations dans la plupart des circonstances”.

Première publication : 12/02/2013

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