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Economie

Les dessous pas très chic d'Amazon en Allemagne

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 21/03/2013

Un reportage, diffusé mercredi 14 février, provoque un vif émoi en Allemagne. Il dénonce les conditions de travail des saisonniers étrangers dans les centres de logistique d’Amazon. La sécurité sur ces sites aurait même été assurée par des néo-nazis.

C’est un conte de Noël qui risque de rester en travers de la gorge d’Amazon en Allemagne. L’ARD, première chaîne de télévision, a diffusé un reportage sur les conditions de travail déplorables des salariés du grand magasin en ligne, à l’époque des fêtes de fin d’année, au sein des sept centres de logistique implantés en Allemagne. Diffusé jeudi 14 février, cette plongée dans les coulisses du système Amazon fait grand bruit outre-Rhin.
 

Ursula von der Leyen, la ministre allemande du Travail a demandé, dimanche 17 février, qu’une enquête soit menée sur les conditions de travail derrière les murs des centres de logistique du géant américain. Depuis la diffusion du reportage, les réactions outrées se multiplient sur les réseaux sociaux. Nombre d’Allemands y font notamment part de leur décision de ne plus commander chez Amazon.
 
Le récit du quotidien de ces quelque 5 000 travailleurs précaires et saisonniers, originaires des quatre coins de l’Europe, reflète le triste spectacle d’une société en crise : il illustre à merveille ce que les salariés sont prêts à accepter pour échapper au chômage… et ce que certains employeurs se permettent en ces temps de disette économique.
 
Chair à travail

Pour faire face au rush des achats de fin d’année, Amazon passe par des agences de recrutement et d'intérim qui vont chercher leurs saisonniers notamment dans les pays européens les plus frappés par la crise comme l’Espagne ou la Grèce. À leur arrivée en Allemagne, ils touchent un salaire de 12 % inférieur à ce que les agences d’intérim leur faisaient miroiter avant leur départ.
 
Sur place, ils sont traités comme des citoyens de seconde zone. “Tout est fait pour que les habitants des environs ne sachent même pas que nous existons”, assure l’un d’eux au micro de la ARD. Ils sont parqués dans des centres de vacances des environs désertés pendant l'hiver, parfois à plus de cinq par chambre. Les rythmes de travail sont à la limite du soutenable. L’un des témoignage est éloquent : l’une des travailleuses, victime de conditions de travail particulièrement pénibles, a dû se rendre à l’hôpital à l’issue de l’un de ses contrats.
 
La chaîne de sous-traitants qui fournissent et supervisent cette chair à travail est, dans ce reportage, clairement pointée du doigt. Certains cadres de ces sociétés viennent effectuer des inspections surprises à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Ils s'arrogent en outre, d’après les auteurs de ce documentaire, le droit de fouiller dans les affaires de ces intérimaires sans préavis ni justification. Aucune de ces agences n’a souhaité répondre aux journalistes de la chaîne de télévision allemande.
 
HESS-Security remercié

Mais surtout, le reportage évoque la présence d’agents de sécurité fortement soupçonnés d’appartenir à la mouvance néo-nazie. De quoi susciter l’émoi en Allemagne, très chatouilleuse sur ces questions. Les caméras ont ainsi filmé certains responsables de la sécurité qui portaient des T-shirt de la marque berlinoise Thor Steinar, très en vogue dans les milieux d’extrême-droite en Allemagne. Aux dires des employés d’Amazon interrogés, ces agents de sécurité se présentent comme “la force de police” des lieux.
 
Ces gros bras sont fournis à Amazon par la société allemande de sécurité HESS-Security. Un nom qui, bien qu’il signifie officiellement Hensel European Security Service, renvoie aussi, d’après les auteurs du documentaire, au souvenir de Rudolf Hess, l’un des proches d’Adolf Hitler et idéologue du régime nazi.
 
Mise en cause, la société allemande s’est défendue, dans un communiqué de presse, de toute proximité avec les extrêmes “de droite comme de gauche”. Dans cette mise au point, HESS-Security assure avoir, parmi ses employés, “aussi bien des chrétiens que des musulmans et des bouddhistes”.
 
Des arguments qu’Amazon n’a pas jugés convaincants. Le géant américain a décidé, lundi 18 février, de mettre un terme au contrat qui le liait à cette entreprise. "En tant qu'employeur responsable de 8 000 salariés dans la logistique, Amazon ne tolère aucunement la discrimination ou l'intimidation et attend que chaque compagnie avec laquelle elle travaille fasse de même", a affirmé à l’agence de presse française AFP une porte-parole du groupe américain.
 
Jusqu’à présent, le géant du commerce en ligne s’était contenté de se dire préoccupé par les allégations du reportage. Il assurait notamment, jeudi dernier, n’avoir pas directement embauché HESS-Security et affirmait l’idée selon laquelle “l’exigence de livrer les clients dans les meilleurs délais passe par des salariés satisfaits de leurs conditions de travail”.

 

Première publication : 18/02/2013

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