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Afrique

Des suspects arrêtés dans l'affaire de l'assassinat de Chokri Belaïd

© AFP

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 22/02/2013

Des suspects ont été arrêtés dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Chokri Belaïd, ont annoncé les autorités tunisiennes jeudi, rompant le silence autour de cette affaire qui a plongé le pays dans une nouvelle crise politique.

Les autorités tunisiennes ont annoncé, jeudi, l’arrestation de suspects dans l’affaire du meurtre du leader politique de gauche, Chokri Belaïd. Le chef du Parti des patriotes démocrates unifiés (PDPU), figure de l’opposition, a été tué devant son domicile le 6 février de trois balles tirées à bout portant.

"L'enquête a bien progressé au point d'arriver à l'arrestation de suspects", a déclaré à la presse jeudi le ministre de l'Intérieur, Ali Larayedh, sans préciser l'identité ou le nombre des personnes arrêtées.
 
"L'enquête n'a pas encore abouti à l'identification du tueur, de ceux qui sont derrière cet assassinat et des mobiles", a ajouté M. Larayedh, se refusant de donner plus de détails au nom du secret de l'instruction.
 
Ses déclarations ont rompu le silence qui régnait depuis deux semaines autour de l’affaire, laissant libre cours à toutes les spéculations dans un pays en colère. Mais elles n’ont pas ramené la confiance.
 
 
"Une parodie d'enquête ne suffira pas"
 
Malgré ces récentes avancées, les partisans de Chokri Belaïd, fervents pourfendeurs des islamistes, ne sont pas rassurés de voir les  ministres de l'Intérieur et de la Justice, deux dirigeants du parti islamiste Ennahda au pouvoir, contrôler l'enquête.
 
"Nous n'avons aucune confiance" dans les deux ministères, a déclaré le 20 février à la presse tunisienne Zied Lakhdar, un cadre du PDPU, estimant que le meurtre n'était "pas l'œuvre d'individus mais d'un réseau disposant d'appuis logistiques". Il a également averti que son parti allait recourir à la justice internationale en l’absence de toute avancée concrète.
 
Le secrétaire général adjoint du parti de l’opposition Al Watad, Mohamed Jmour, a dénoncé, quant à lui, "une intention de dissimuler la vérité dans l’assassinat de Chokri Belaid", ajoutant que le gouvernement traite l’affaire comme s'il s’agissait d’un simple crime et non d’un assassinat politique. Des organisations internationales ont aussi demandé une enquête indépendante. "Une parodie d'enquête ne suffira pas", a prévenu de son côté Amnesty International.
 
Chokri Belaïd était l’un des poils à gratter du pouvoir et ses proches n’ont pas tardé à accuser le parti au pouvoir d’être impliqué dans son meurtre. Le soir même, le frère de Chokri traitait Rached Ghannouchi, chef  d’Ennahda, d’assassin. Sur la défensive, Ennahda a démenti toute implication. En recevant la semaine dernière une délégation de députés français, le parti islamiste a demandé conseil sur la mise en place d'une commission d'enquête parlementaire.
 
Le parti au pouvoir est plus que déstabilisé depuis le meurtre qui a plongé le pays dans sa crise la plus grave depuis la révolution de 2011. Le soir de l’assassinat, le Premier ministre Hamadi Jabali annonçait la formation d’un cabinet restreint de technocrates, sans étiquette politique, pour tenter d’enrayer la crise.  Mais son initiative a été rejetée par des membres d’Ennahda et s’est soldée par un échec. Le 19 février, il démissionnait. Le parti islamiste Ennahda, au pouvoir en Tunisie, débattait encore vendredi du choix de son successeur.
 

Avec dépêches 

Première publication : 22/02/2013

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