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SPORT

Quand l'Iran et les États-Unis luttent côte à côte

© Jordan Burroughs | L'Américain Burroughs et l'Iranien Goudarzi lors des JO de Londres.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 27/02/2013

Alors que le Comité international olympique a décidé de supprimer la lutte du programme des JO-2020, les athlètes américains et iraniens s'unissent pour sauver leur discipline. En conflit politiquement, les deux pays fraternisent autour du sport.

La scène paraît presque irréelle. Des athlètes américains et iraniens qui se tiennent la main et qui se réunissent autour d’une banderole rédigée à la fois en anglais et en farsi. "Les Jeux olympiques sans la lutte, jamais !", brandissent-ils d’un même élan face au public et aux médias.

À l’occasion de la Coupe du monde de lutte libre qui s’est déroulée la semaine dernière à Téhéran, en Iran, les compétiteurs des deux pays ont fait front commun. Ils ont affiché leur unité pour protester contre la récente décision du Comité international olympique (CIO) d’exclure leur discipline du programme principal des jeux d’été de 2020.

La manifestation commune lors de la Coupe du Monde de lutte en Iran

Une unité sans précédent

Alors que leurs gouvernements n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1980, les lutteurs américains et iraniens ont, pour une fois, parlé à l’unisson.

"Nous avons besoin du soutien de l’Iran (…) pour conserver la lutte (aux JO) et cela va au-delà de la politique", a ainsi déclaré, dans la capitale iranienne, Rich Bender, le directeur exécutif de la lutte américaine, cité par l'agence de presse Isna. Le patron de la fédération iranienne, Hojatollah Khatib a également espéré que "cette unité sans précédent" permettrait au CIO de revenir sur sa décision.

Durant la compétition, qui a vu l’Iran l'emporter et les États-Unis monter sur la troisième marche du podium, les athlètes des deux "pays ennemis" ont multiplié les gestes d’amitié et de fair-play. Les Américains ont invité leurs adversaires à un tournoi à New York en mai prochain. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a, lui, été jusqu'à poser sous la bannière étoilée en compagnie de lutteurs étrangers.

Le président Mahmoud Ahmadinejad en compagnie de lutteurs iraniens et américains
© Facebook


Cette polémique olympique s’est également retrouvée au cœur des dernières négociations sur le nucléaire qui ont eu lieu, ce mardi, au Kazakhstan entre le régime iranien et les grandes puissances.

Selon Reuters, des délégués américains ont salué la victoire de l’Iran lors de la Coupe du monde de lutte et dénoncé la décision du CIO : "Nous avons noté en séance plénière le succès de l’Iran et souligné notre accord sur le fait que la lutte devait demeurer un sport olympique".

Un sport ancestral

Si l’Iran et les États-Unis ont enfin réussi à mettre leurs tensions de côté, c’est bien parce que la lutte est populaire dans les deux pays. Les Américains comptent près de 160 000 licenciés dans cette discipline, tandis que les Iraniens la considèrent comme un sport national.

Cette tradition remonte au 6e siècle avant J.-C. et aux anciens rois perses qui se battaient à mains nus contre certains de leurs ennemis. Preuve de l’engouement pour ce combat ancestral, l’Iran doit à la lutte 37 de ses 60 médailles olympiques depuis sa première participation aux Jeux, en 1948. Il existe même une ligue nationale professionnelle dans le pays.

Une seule place

Désormais réunis autour de cette cause commune, les États-Unis et l’Iran espèrent bien faire plier le CIO en organisant des manifestations et en envoyant des lettres de protestation. La lutte n'est, en effet, pas encore officiellement supprimée des Jeux olympiques.

La Fédération internationale de lutte doit désormais déposer de nouveau sa candidature face à sept autres concurrents pour une seule place disponible: le squash, l'escalade, le karaté, le wushu - un art martial -, le baseball/softball, le wakeboard - un sport nautique - et les sports de roller.

L'approbation du programme olympique de 2020 se fera lors de la session du CIO en septembre 2013 à Buenos Aires, en Argentine. Les délégués choisiront également la ville hôte de ces Jeux parmi les trois finalistes : Istanbul, Madrid et Tokyo.

 

Première publication : 27/02/2013

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