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Afrique

La veuve de Belaïd annonce la création d'une fondation contre la violence

© FRANCE 24

Vidéo par Virginie HERZ

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 27/02/2013

Dans un entretien accordé à FRANCE 24, Besma Khalfaoui Belaïd, veuve de l'opposant tunisien assassiné le 6 février, confie son sentiment sur la situation politique en Tunisie et annonce vouloir mener son combat via le milieu associatif.

Tunis, mercredi 6 février 2013. Chokri Belaïd, icône de l’opposition tunisienne, est tué devant son domicile de trois balles tirées à bout portant. À peine quelques heures plus tard, le monde découvre Besma Khalfaoui Belaïd qui, le pantalon encore tâché du sang de son mari, appelle les Tunisiens à répondre à cet assassinat "par l’esprit et non la violence."

Combative et déterminée, elle apparaît alors les doigts en forme de V sur la symbolique avenue Habib-Bourguiba de Tunis, aux côtés des milliers manifestants venus crier leur indignation. Puis lors des funérailles, le 8 février, c’est très émue que Besma Khalfaoui Belaïd lance un désormais célèbre : "Quelle est belle la Tunisie !", face aux milliers de personnes ayant, une fois encore, tenu à exprimer leur soutien.

S'ensuivent plusieurs journées de violentes manifestations qui menacent la stabilité du pays. Une situation insoutenable pour Besma Khalfaoui Belaïd dont l’engagement en faveur de son pays a pris, désormais, une toute nouvelle dimension.

Poursuivre la lutte par le biais d’une fondation

"Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui, c’est de retrouver un climat démocratique. Je compte monter une association ou une fondation de lutte contre la violence afin de pouvoir travailler avec l’ensemble de la population tunisienne, tout en faisant avancer le débat politique", confie-t-elle à FRANCE 24.

Pour l'heure, donc, pas question d’entrer en politique ou de lancer son propre parti, comme certains commentateurs l'avaient déjà imaginé pour elle. Elle souhaite trouver sa nouvelle place et, surtout, faire cesser les violences.

"Actuellement, à cause de l’insécurité, on ne peut même plus envisager d’organiser des réunions publiques, des débats ou des meetings. Ce gouvernement est en train d’instaurer la peur comme Ben Ali l’a fait pendant 23 ans", déplore-t-elle.

Alors que l’assassinat de Chokri Belaïd a conduit le parti islamiste au pouvoir, Ennahda, à former un nouveau gouvernement, Besma Khalfaoui Belaïd, pour sa part, demande l’organisation de nouvelles élections. "Dans tous les pays démocratiques, lorsqu’un gouvernement échoue sur tous les points - économique, social et politique - il doit partir", affirme-t-elle.

Bien qu’Ennahda ait promis qu’il confierait ses futurs ministères régaliens (Intérieur, Justice, Affaires étrangères, Défense) à des hommes sans étiquette politique, la veuve de Chokri Belaïd reste sceptique. "C’est un pas vers une prise de conscience qui arrive bien trop tard. Il a fallu attendre l’assassinat de Chokri Belaïd et la crise qui en a découlé pour commencer à obtenir les mêmes droits que les autres pays démocratiques", regrette-t-elle.

Faire la lumière sur le commanditaire de l'assassinat

Le 26 février, le ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh, a annoncé que le meurtrier présumé de Chokri Belaïd avait été identifié et que quatre de ses complices avaient été interpellés. Les responsables, selon les premiers éléments de l’enquête, feraient partie d’un groupe extrémiste appartenant à la mouvance salafiste.

Des déclarations qui n’ont "servi qu’à calmer les esprits", selon Besma Khalfaoui Belaïd qui souhaite avant tout que ce soit le commanditaire de l’assassinat qui soit identifié. Elle affirme que les enquêteurs n’exploraient pas toutes les pistes et qu’il ne pouvait pas simplement s’agir d’un acte isolé perpétré "sur un coup de tête" par des radicaux. "C’est un assassinat politique, un crime organisé !", réitère-t-elle, au risque de s’attirer les foudres d’Ennahda, implicitement visé par ses accusations.

Un comportement qui suscite parfois l’agacement des sympathisants islamistes comme en témoigne la diffusion sur les réseaux sociaux d’un portrait de la veuve, le visage barré d’une imposante croix rouge. "Ne sois pas orgueilleuse car tu ne représentes pas la femme tunisienne, nous en avons assez de toi et de ton visage", peut-on lire avec la photo.

D’épouse discrète à figure de l’opposition

En effet, trois semaines après le drame, cette mère de deux filles âgées de 4 et 8 ans, élevée dans un quartier populaire de Tunis, est devenue le symbole de l’opposition tunisienne. Éprouvée et à bout de forces, elle s’est emparée du combat de son mari, multipliant les interventions médiatiques en Tunisie et à l’étranger avec toujours beaucoup de dignité.

Restée discrète durant la carrière de Chokri Belaïd, cette avocate de 42 ans spécialisée dans les droits de l’Homme a toujours œuvré pour les idées auxquelles elle croit. Elle défend ainsi farouchement l’égalité des sexes et milite aux côtés de l'Association tunisienne des femmes démocrates qu’elle a intégrée en 1995, en pleine dictature de Ben Ali.

C’est donc tout naturellement qu’elle reprend aujourd’hui le flambeau de son mari. Son but, elle le martèle : éradiquer la violence pour que naisse enfin un véritable débat politique en Tunisie.

Première publication : 27/02/2013

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