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Amériques

Jon Favreau, la plume d'Obama rattrapée par la tentation d'Hollywood

© The White House

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 02/03/2013

Jon Favreau, auteur des plus grands discours de Barack Obama, quitte ses fonctions à la Maison Blanche et pourrait tenter l’aventure hollywoodienne en tant que scénariste. Retour sur le brillant parcours d’un communicant précoce.

Il est entré dans l’équipe de Barack Obama à seulement 23 ans. Huit ans plus tard, Jon Favreau, plume émérite du président américain, a quitté la Maison Blanche le 1er mars 2013 afin de donner une nouvelle impulsion à sa carrière.

Originaire du Massachusetts, "Favs" s’engage pour le camp démocrate pendant ses brillantes études menées à l'université Holy Cross de Worcester. En 2004, fraîchement diplômé, il intègre la campagne de John Kerry, candidat malheureux face à George W. Bush dans la course à la Maison Blanche. Malgré la défaite du démocrate, Favreau fait, sans le savoir, les bonnes rencontres, son talent pour l’écriture est rapidement remarqué.

C’est ainsi qu’armé de son désormais célèbre bagout, il n’hésite pas à interrompre, dans les coulisses de la Convention des démocrates de 2004, le sénateur de l’Illinois de l’époque, un certain Barack Obama, qui répète un discours crucial pour la campagne. Favreau lui signale une incohérence dans son texte, lui conseillant même de réécrire quelques phrases. Il n’en faut pas plus au sénateur pour retenir le nom de ce tout jeune rédacteur à l’œil avisé.

Lorsqu’Obama accède à la tête du Sénat en 2005, il engage Favreau, sur les vives recommandations de Robert Gibbs, un ancien attaché de presse du candidat Kerry. Ce recrutement marque le début d’une collaboration prolixe et fructueuse.

Papa du célèbre "Yes we can"

Embauché en tant que junior dans l’équipe des rédacteurs, "Favs" gagne progressivement la confiance d’Obama et gravit les échelons jusqu’à la campagne présidentielle de 2008, tournant capital dans sa carrière. Il rédige, entre autres, le discours de victoire - très remarqué - du caucus de l’Iowa et trouve l'idée du fameux "Yes we can".

Devenu l’arme secrète d’Obama, il fait son entrée à la Maison Blanche aux côtés du 44e président en janvier 2009 en tant que directeur de l’équipe de rédaction des discours. Il devient le plus jeune à occuper ce poste avec James Fallows qui avait exercé sous l’administration du président Jimmy Carter dans les années 1970.

Installé tout près du bureau ovale, Favreau, avec son style branché et "beau gosse", dénote dans les couloirs de la Maison Blanche. Il est omniprésent et omniscient, ce qui lui vaut, de la part d'Obama, le qualificatif de "mind reader", celui qui lit dans les pensées du président. Il est derrière le premier discours inaugural d’Obama, mais aussi derrière les prises de paroles, parfois délicates, d’un président face à la crise. Son inspiration sans faille lui vaut une place de choix dans le Top 100 des personnalités les plus influentes dressé par Time magazine en 2009, ainsi qu'un salaire annuel de plus de 170 000 dollars qu'il conservera jusqu'à son départ de la Maison Blanche.

Cette même année, il rédige le discours du prix Nobel de la paix attribué à Obama. Une étape particulièrement ardue pour Favreau qui n’a eu que très peu de temps pour transformer les sept pages de notes du président en un discours mémorable. Les dernières modifications au texte seront apportées sur scène, quelques secondes avant la prise de parole d’Obama.

Avant Jon Favreau... Jon Lovett

Jon Favreau n’est pas le seul à avoir été tenté par une nouvelle carrière. Jon Lovett, lui aussi ex-plume d’Obama, s’épanouit actuellement à Hollywood. Il est le co-créateur de "1600 Penn", une sitcom traitant… de la Maison Blanche.

"Je pense qu’à Los Angeles, les gens sont intéressés par n’importe quel auteur qui possède des compétences et une expérience différente des autres. Il y a un véritable intérêt pour la nouveauté et pour ceux qui ne proviennent pas de l’écriture scénaristique. J’avais cette nouveauté en arrivant à Los Angeles. Cela ouvre des portes…"

Parmi ses dernières grandes contributions pour Obama, Favreau a signé le discours d’investiture du président en janvier. C’est également lui qui, en décembre, a su trouver les mots justes, après la tuerie de Newtown dans le Connecticut, tragédie qui a affecté Obama comme jamais, selon les dires de "Favs".

Un deuxième Jon Favreau à Hollywood

Après avoir formé un tandem incontestablement efficace avec Obama pendant de nombreuses années, l’ex-plume du président a tiré sa révérence avec sérénité. "Barack Obama sait exactement ce qu’il a envie de dire. Il est lui-même un excellent rédacteur, un auteur. Mon rôle pendant toutes ces années n’a été que de l’aider à formuler tout cela", confie-t-il modestement lors d'une interview pour la chaîne NBC.

Désormais, son avenir, Jon Favreau l’envisage probablement entre Washington et Hollywood. Il prévoit dans un premier temps d’ouvrir un cabinet de consulting dans la capitale américaine et, pourquoi pas, tenter sa chance en tant que scénariste dans une autre capitale, celle du cinéma. À Hollywood, il devra se démarquer de son homonyme parfait, Jon Favreau, réalisateur, entre autres, de la saga à succès "Iron Man".

Mais en cas de besoin, Barack Obama ne trouvera jamais porte close affirme Favreau. "Il m’a dit, une fois, qu’il appellerait peut-être de temps à autre. Je ne le laisserai pas sur ma messagerie…", plaisante le futur deuxième Favreau d’Hollywood.

Quant à la place laissée par vacante à la Maison Blanche, elle est désormais occupée par Cody Keenan, une des six autres plumes du président, qui, à 32 ans, reprend naturellement le flambeau. C’est d’ailleurs lui qui a écrit le très attendu discours sur l’état de l’Union en février dernier. "Cody écrit avec son cœur", affirme Favreau quant à son successeur, dans un courriel mentionné par The Daily Beast. "Il a cette capacité à communiquer avec les autres de façon inspirée et passionnée. Tous deux originaires de Chicago, le président et lui feront une super équipe basée sur la solide relation qu’ils ont déjà construite ensemble depuis longtemps", assure-t-il, confiant.

Première publication : 02/03/2013

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