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FRANCE

Les Femen, des seins nus pour quel dessein ?

© afp

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 02/12/2013

Décrites comme des amazones modernes ou considérées comme des purs produits d’une culture porno-pop, les militantes aux seins nus des Femen se sont imposées sur la scène féministe française malgré des actions coups de poing controversées.

Montrer ses seins pour protester. Le procédé a garanti le succès médiatique des Femen, ce groupe de jeunes femmes manifestant seins nus contre la domination masculine. Mais leur dernier coup d’éclat à la cathédrale Notre-Dame de Paris, après la renonciation de Benoît XVI mi-février, a jeté un froid.

Au-delà d’une classe politique unanime dans sa condamnation d’une "caricature du beau combat de l’égalité femmes-hommes", l’exhibition de huit militantes à l’intérieur de Notre-Dame a ravivé des critiques latentes au sein du milieu féministe.

"Ma critique est que le fait de manifester seins nus joue le jeu du patriarcat. La nudité est utilisée pour vendre et on se demande quel est le message", affirme Nicole Van Enis, auteure de "Féminismes Pluriels".

Les médias sur le banc des accusés

La réduction des féministes à une image choc et décontextualisée de leur lutte est une constante dans l’histoire du mouvement, selon l’historienne Christine Bard, auteure de "le féminisme au-delà des idées reçues".

"Il suffit de repenser à ces images de féministes radicales brûlant leurs soutiens-gorge aux Etats-Unis – le symbole du sein déjà !", affirme Mme Bard.

L’historienne rappelle à cet égard que le symbole de l’immolation de soutiens-gorge avait été évoqué par des organes de presse anti-féministes avant d’être récupéré par les militantes.

Mme Bard estime que le fait de se dévêtir et le mode opératoire des Femen reste pertinent aujourd’hui, notamment pour protester contre la pudeur imposée par les grandes religions monothéistes.
 

"Ensuite, ce ne sont pas n’importe quelles femmes. Elles sont toutes belles, jeunes, jolies. Elle jouent le même jeu que les publicitaires qui nous montrent toujours des femmes conformes aux stéréotypes actuels de beauté, avec leurs mannequins retouchés sur photoshop", continue la militante féministe belge.

"Sextrémistes" de rêve

Un conformisme qui tranche avec l’image subversive revendiquée par les Femen – mais qui permet aux "sextrémistes" d’accaparer l’attention médiatique.

"Les Femen n’auraient jamais eu une telle attention si elles n’avaient pas montré leurs seins. La ‘sexualisation’ est une excellente arme médiatique et la couverture de L’Express en est la preuve", décrypte ainsi Alice Coffin, membre active du mouvement féministe La Barbe.

Tout en soulignant que le mode opératoire des Femen "faisait débat" au sein de La Barbe, la militante y voit avant tout un moyen efficace de mettre les revendications féministes sur les devants de la scène.

"Elles ont choisi un mode d’action dynamique et choquant. C’est une démarche partagée par d’autres groupes militants – je pense par exemple à Act Up qui balançait du faux sang pour attirer l’attention sur le sida", affirme Alice Coffin.

"Quant à l’idée de montrer sa poitrine pour attirer l’attention des médias sur des combats féministes, on peut y voir une réflexion sur une société machiste prise à son propre piège", continue la militante de La Barbe.

Des intentions pas très claires

Une étude de Harris Interactive sur le coup d’éclat des Femen à Notre-Dame a montré qu’une majorité de sondés désapprouvait le mode opératoire – manifester seins nus dans une église –, tout en étant d’accord avec les thèmes féministes défendus.

Paradoxalement, il y avait deux fois plus d’hommes que de femmes (21% contre 9%) qui approuvaient à la fois le fond et la forme de l’intervention des Femen… Meilleure compréhension masculine des subtilités doctrinales des Femen ou simple volonté de se rincer l’œil ? Pour Nicole Van Enis, la réponse est claire – plus claire, en tout cas, que le message véhiculé par les Femen.

"Les journaux publient des photos de femmes aux seins nus parce que ça fait vendre et les articles de presse parlent des bousculades lors de leurs interventions. Mais en fin de compte les journalistes ne parlent pas de leurs revendications", rappelle la militante féministe belge.

Ce recyclage de l’imagerie amazone des Femen au détriment des valeurs défendues par le groupe d’origine ukrainienne est bien illustré par la dernière couverture de l’Express.

Sous le titre "Femmes: l’arme du sexe", l’hebdomadaire n’a pas hésité à juxtaposer la photo des militantes aux seins nus, dont le combat fondateur fut menée contre la prostitution en Ukraine, avec le portrait de l’essayiste Marcela Iacub, réputée pour ses positions diamétralement opposées en la matière.

Première publication : 08/03/2013

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