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Afrique

Des centaines d'enfants égyptiens victimes d'incarcérations illégales et de tortures

© AFP

Vidéo par Sonia DRIDI

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 12/03/2013

Les témoignages se multiplient sur les cas de mineurs arrêtés, emprisonnés et torturés en Égypte. Les associations de droits de l’Homme s'inquiètent de ce phénomène qu'ils imputent à l'incurie des pouvoirs politiques.

Les prisons égyptiennes se remplissent de mineurs. Des enfants de moins de 15 ans qui, selon la loi, ne devraient pas rester derrière les barreaux, encore moins avec des détenus adultes. La pratique est pourtant courante depuis plus d’un an en Égypte. Elle s’est amplifiée depuis les manifestations consécutives au deuxième anniversaire de la révolution, le 25 janvier dernier, estiment plusieurs observateurs.

Le jeune Cairote Ziad Mohamed Ahmed a été arrêté le mois dernier par des policiers à la sortie d’un stade où il était venu voir s’entraîner son équipe de foot préférée. Les policiers ont accusé l’enfant d’avoir participé au saccage d’un hôtel luxueux sur la corniche du Nil, l’hôtel Semiramis.

Ziad a nié les accusations, mais il affirme que les policiers l’ont fait monter dans un fourgon et l’ont battu pour le forcer à faire des aveux. "Ils m’ont frappé à la jambe, aux côtes, m’ont tiré les cheveux et giflé au visage", raconte le jeune garçon à notre correspondante au Caire, Sonia Dridi (voir le reportage ci-dessus).

Emmené dans une prison pour adultes, dans la banlieue de la capitale, Ziad assiste à des scènes horribles. "Il y avait beaucoup de violences. De la torture et des viols. Les policiers jetaient de l’eau sur les prisonniers et les électrocutaient. J’ai cru qu’ils allaient mourir après tous ces chocs."

Abreuvés par une haine du pouvoir et de la police

Selon l'organisation internationale de défense des droits de l'Homme, Human Rights Watch, plus de 300 mineurs ont été emprisonnés illégalement en 2012, sans qu'il y ait eu procès. Ces enfants ne sont pas forcément des gamins des rues. Ziad, par exemple, habite avec ses parents dans un quartier populaire du Caire, mais pas dans un bidonville.
Son père a d’ailleurs son interprétation de ce qui est arrivé à son fils : "Le but des Frères musulmans est de briser les objectifs de la révolution sur le terrain. Ils agissent sur les enfants pour briser les révolutionnaires", explique Taysir Mohamed Ahmed.

Beaucoup de jeunes adolescents, proches du groupe de supporters des "Ultras" et de celui, plus politique, récemment constitué des "Black Bloc", sont en première ligne des manifestations, rapporte Sonia Dridi. "C’est devenu la nouvelle activité de ces gamins : aller dans les manifs et s’en prendre à la police. Les ‘Ultras’ des stades, qu’ils vénèrent, véhiculent une haine du pouvoir et de la police. Sans oublier qu’ils voient à la maison leurs parents désœuvrés et écœurés par le gouvernement. Mais il ne faut pas faire d’amalgame avec ceux qui provoquent les agressions sexuelles contre les femmes, par exemple."

Motifs d’accusations identiques d’un enfant à l’autre

Selon l’avocat Mostafa el-Alfy, les jeunes sont arrêtés aveuglément, et servent d’alibi : "aucune force de l’ordre n’oserait pénétrer l’avenue Mohamed-Mahmoud [qui mène à la place Tahrir] et arrêter les manifestants au milieu de la foule. En arrêtant des mineurs, ils cherchent à prouver aux yeux des citoyens qu’ils font leur travail, attrapent les criminels et tous ceux qui sèment le chaos dans le pays depuis un an", explique dans une interview au journal "Egypt Independent" cet avocat travaillant pour l’Egyptian Center for Economic and Social Rights, une association de défense des droits de l’Homme.

Les motifs d’arrestations sont identiques d’un enfant à l’autre et ne reposent sur rien de tangible, d’après Mostafa el-Alfy. Les enfants sont menacés de coups s’ils ne signent pas l’acte d’accusation.

Les cas de détention et de torture d’enfants ont été rendus publics grâce à l’action de militants égyptiens, notamment via le site Mosireen. Des avocats se sont emparés du problème pour défendre les mineurs devant les tribunaux, comme Fadi Wagdy, avocat de l’Association égyptienne pour les droits de l’enfant. "C’est la responsabilité du gouvernement de faire en sorte de protéger ces enfants. Mais c’est l’inverse qui se produit, affirme-t-il à FRANCE 24. On s’est plaint auprès du procureur général, c’est notre dernier espoir."

 

Première publication : 11/03/2013

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