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FRANCE

Démission de Jérôme Cahuzac : un "Watergate" à la française ?

© AFP

Texte par Sylvain ATTAL

Dernière modification : 21/03/2013

Les accusations lancées contre Jérôme Cahuzac par le site Mediapart ont finalement eu raison de l'obstination de l'ancien ministre du Budget. L’affaire aura donné lieu à un débat déontologique acrimonieux entre journalistes.

Un mystérieux enregistrement ; un ministre accusé (entre autres choses) de mentir et de dissimuler un compte bancaire à l’étranger ; un bras de fer entre des journalistes - ceux du site Mediapart dirigé par Edwy Plenel - et le pouvoir politique ; enfin, une démission concédée : l’affaire présente un condensé des ingrédients de la légendaire affaire du Watergate. Et, comme aux États-Unis à l’époque (1972-1974), l’affaire bouscule les positions établies dans le microcosme politico-journalistique tout en interrogeant les limites du "quatrième pouvoir".

Elle donne lieu depuis plusieurs mois à un "clash" public sur les antennes et sur Twitter entre des personnalités du monde des médias que tout ou presque oppose. D’un côté Jean-Michel Aphatie, chroniqueur du "Grand Journal" de Canal + et interviewer politique de la radio RTL, de l’autre Fabrice Arfi, auteur du scoop de Mediapart, et Edwy Plenel, son directeur et fondateur, apôtre français du journalisme d’investigation, métier d’alcôve, souvent ingrat et peu rémunérateur par opposition aux cachets dispendieux des journalistes-vedettes des radios et télévisions.

De l'enquête préliminaire à l'information judiciaire

Point culminant de cet affrontement entre deux conceptions du métier de journaliste, Aphatie (et d’autres à sa suite, notamment Pascale Clark sur France Inter) ne cessait d’implorer Mediapart de publier les "preuves" des accusations (ou des insinuations ?) lancées contre Jérôme Cahuzac. Après avoir prétendu que les preuves se voyaient comme le nez au milieu de la figure ou bien qu’il n’y avait "plus aveugle que celui qui ne voulait pas voir", Plenel finit pas avancer que "preuve" n’était pas "un mot de journaliste, mais un mot judiciaire, un mot de procureur", lui préférant une enquête avec des "sources, des recoupements, des dates, des lieux, des témoins et des pièces", comme le fameux enregistrement dans lequel un homme présenté comme Jérôme Cahuzac déclare : "Ça me fait chier d'avoir un compte ouvert là-bas, l'UBS c'est quand même pas forcément la plus planquée des banques".

Duel Edwy Plenel / Jean-Michel Aphatie

aphatie-plenel par enquete-debat

Presque au terme de cet affrontement souvent caricatural, la justice a décidé de passer du stade de l’enquête préliminaire à l’ouverture d’une information judiciaire pour "blanchiment de fraude fiscale", avec désignation d’un juge d’instruction aux pouvoirs étendus, comme celui de demander une entraide judiciaire à la Suisse et à Singapour (où, selon Mediapart, les liquidités du supposé compte genevois de Cahuzac auraient été transférées) pour y poursuivre des investigations jugées "complexes" par les policiers. Le parquet indique même disposer d’un témoin qui affirme que les sommes proviennent de versements d’un laboratoire pharmaceutique (avant de se lancer en politique, Cahuzac était chirurgien).

La perspective d’une enquête plus poussée, la validation par la justice du caractère au moins fondé des soupçons pesant sur le ministre rendaient impossible son maintien à la tête d’un ministère en première ligne dans le redressement du pays.

Une spécificité française

La distinction faite par Plenel entre métier de procureur et celui de journaliste (même un journaliste d’investigation) est assez convaincante. La charte des journalistes à laquelle tous les professionnels sont censés adhérer ne dit-elle pas qu’un journaliste ne "confond pas son travail avec celui de policier ou de juge" ? Mais elle dit aussi qu’un journaliste "respecte la présomption d’innocence" et tient "l’accusation sans preuve pour une grave dérive professionnelle". Complication : qu’est-ce, au juste, qu’une preuve ? Rechercher des "preuves" fait-il bien partie de ce qu’on attend d’un journaliste, s’il ne se prend pas pour la justice ? Mais s’il ne peut intervenir qu’une fois terminée l’action de la justice, combien d’affaires resteraient à jamais enfouies ?

Plenel a le mérite de poser ces questions. Plus discutable en revanche était, fin 2012, le mail qu’il adressait au procureur de la République de Paris pour s’étonner que, suite aux articles de Mediapart, il n’ait pas encore décidé d’ouvrir une information judiciaire. On voit bien ce qu’espérait Plenel : soumis au feu des critiques, c’était, comme on l’a vu, le seul moyen de démonter l’accusation d’acharnement, de diffamation à la légère contre un homme, dont par ailleurs Mediapart combat la politique.

Si le parquet enclenche l’action judiciaire, c’est, pour Plenel une victoire sur ses détracteurs, au gouvernement et dans la profession. Même si Cahuzac se trouve un jour blanchi, Mediapart pourra dire qu’il n’avait fait que son travail en portant à la connaissance du public des éléments qui méritaient que la justice s’y intéresse. Vivant des abonnements de ses lecteurs, ce journal en ligne avait besoin de démontrer qu’il met son nez là ou les autres renoncent. Désormais, Arfi et Plenel peuvent continuer à pourfendre les "journalistes assis", "toujours du côté du pouvoir".

Mais ce mail de Plenel au procureur François Molins, dont Mediapart avait critiqué la nomination "politique" sous Nicolas Sarkozy, n’était-il pas une forme de pression, ou au moins d’ingérence dans le fonctionnement de la Justice ? Mediapart est-il utile à la moralisation de la vie publique ? Est-il totalement désintéressé ou bien, sous couvert d’une enquête journalistique, cherche-t-il simplement à déstabiliser un gouvernement dont il combat la politique ? Les communicants d’Euro-RSCG appelés à la rescousse du ministre n’ont pas manqué de rappeler le passé trotskiste de Plenel, mettant en doute son impartialité. Peut-on résumer cette affaire à un règlement de compte entre la gauche radicale (dont Plenel est proche) et la gauche gestionnaire, d’inspiration rocardienne ? En remportant cette manche, Mediapart vient de balayer ces questions.

À l’époque du Watergate, les républicains et la Maison Blanche tentèrent bien aussi d’instruire contre le "Post" un procès en partialité politique. La controverse que l'affaire Cahuzac a soulevé au sein du petit monde journalistique - à travers le clash Plenel/Aphatie - n’en reste pas moins, elle, une spécificité bien française.

Première publication : 21/03/2013

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