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Moyen-orient

"Le pouvoir turc a l'ambition de régler la question kurde"

© AFP

Texte par Mehdi CHEBIL

Dernière modification : 02/12/2013

L'appel à déposer les armes du chef du mouvement séparatiste kurde a ravivé les espoirs de mettre fin au conflit qui déchire la Turquie depuis 1984. Expert des questions kurdes, Olivier Grojean analyse l'impact de cette initiative.

Rarement initiative de paix n’avait été lancée à un moment aussi propice. C’est à une foule de centaines de milliers de personnes rassemblées pour Norouz, le Nouvel an solaire célébré par les Kurdes du monde entier, que le chef historique du mouvement séparatiste kurde, le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a invité, via une lettre, ses hommes à déposer les armes, à quitter la Turquie et à privilégier la voie politique.

"Nous sommes arrivés à une phase dans laquelle les armes doivent se taire [...] et les éléments armés doivent se retirer en dehors des frontières de la Turquie", a indiqué Abdullah Öcalan dans un courrier lue à Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie, par un député du Parti pour la paix et la démocratie (pro-Kurde).

Détenu par les autorités turques depuis 1999, le leader historique du PKK souhaite ainsi mettre sur les rails un processus de paix visant à mettre fin à 29 années de conflit armé, qui ont coûté la vie à près 40 000 personnes.

Malgré plusieurs trêves avortées dans le passé, l’espoir n’a jamais été aussi fort chez les deux belligérants de négocier les grandes lignes d’un accord de paix. Entretien avec Olivier Grojean, expert des questions kurdes et maître de conférence en sciences politiques à l’université Aix-Marseille.

 

FRANCE 24 : Le PKK a déjà proclamé plusieurs cessez-le-feu unilatéraux dans le passé, sans toutefois parvenir à mettre fin à des décennies de conflit. Est-ce que la trêve proclamée le 21 mars a plus de chance d’aboutir à un véritable processus de paix ?

Olivier Grojean : Le processus en cours est fragile mais bien enclenché. Contrairement aux cessez-le-feu précédents, celui-ci est accompagné par le gouvernement turc. Jusqu’à présent, ces trêves déclarées unilatéralement par le PKK étaient ignorées par la Turquie et les guérilleros kurdes continuaient à se faire tirer dessus. L’initiative actuelle prévoit justement que l’armée turque ne s’attaquera pas aux hommes du PKK qui doivent se retirer vers leur base arrière dans le nord de l’Irak.

De plus, il y a une véritable ambition, au sein de l’AKP [le parti au pouvoir], de régler la question kurde, avec une implication du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et de hauts responsables gouvernementaux. On peut noter par exemple les déclarations importantes du vice-Premier ministre, Bülent Arinç, qui reconnaît désormais qu’Öcalan est aimé par une grande partie de la population.

F24 : Quels sont les principaux obstacles à cette initiative de paix ?

O. G. : Il y a plusieurs questions qui restent en suspens et qui pourraient faire capoter l’initiative de paix. Le gouvernement turc est d’accord pour parler de décentralisation, mais pas d’une reconnaissance de l’identité kurde dans la Constitution. Il y a une opposition très grande de la population sur cette question et l’AKP n’a pas la majorité requise des deux-tiers au Parlement pour procéder à une réforme de la Constitution sans référendum.

Un autre problème essentiel est de savoir ce que vont devenir les militants du PKK qui doivent se retirer en Irak. L’idée était que les pays européens les accueillent… Mais ça représente environ 5 000 personnes. Qui va accueillir ces gens-là ? La question sera d’autant plus compliquée s’il n’y a pas d’amnistie et qu’ils ne peuvent pas revenir en Turquie.

Dernier élément, la place d’Öcalan dans tout ça. Des voix s’élèvent côté kurde pour demander sa libération ou sa mise en résidence surveillée. Malgré des signes positifs – le leader kurde n’est plus à l’isolement – il est hors de question pour l’AKP de le libérer.

F24 : Après 14 années d’emprisonnement, Öcalan a-t-il encore le poids politique nécessaire pour imposer ces compromis aux militants du PKK ?

O. G. : Même emprisonné, Öcalan reste le leader incontesté du mouvement kurde. Il a une aura incroyable et à chaque fois qu’il dit quelque chose, on l’écoute. Il n’y aura pas de véritable contestation ouverte au sein du PKK car c’est une organisation où quiconque critique Öcalan est mort politiquement.

En revanche, on peut imaginer des actions de militants kurdes radicaux qui vont à l’encontre de ce que demande Öcalan, tout en se réclamant de lui. C’est ce qui a eu lieu dans le passé, quand des jeunes du groupe les Faucons de la liberté du Kurdistan ont commis des attentats au moment même où le chef du PKK s’efforçait de calmer les choses. Malgré son autorité morale extrêmement forte, Öcalan n’est pas sur le terrain pour contrôler directement les militants du PKK.

 

Première publication : 21/03/2013

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