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EUROPE

Rémunérations plafonnées, salaire minimum : la Suisse deviendrait-elle socialiste ?

© AFP

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 25/03/2013

Après avoir entériné la limitation des rémunérations des patrons, les citoyens helvètes doivent se prononcer prochainement sur un écart maximum des salaires et sur l’instauration d'un salaire minimum. Un vent nouveau soufflerait-il sur la Suisse ?

La Suisse aurait-elle atteint son seuil de tolérance du libéralisme ? Le 3 mars, une votation populaire a approuvé à plus de 68% l’interdiction des parachutes dorés et des primes exceptionnelles au moment du rachat ou de la vente d’une entreprise, ainsi que l’obligation de soumettre au vote en assemblée générale des actionnaires la rémunération des patrons. Dans la même veine, deux nouveaux projets de loi sont dans les tuyaux référendaires helvétiques : les jeunes socialistes voudraient limiter l’écart de salaires au sein d’une entreprise de 1 à 12 et une autre initiative vise à instaurer un salaire minimum de 4 000 francs suisses (3 273 euros).

Si l’initiative sur l’écart des salaires n’est pas soutenue par le Conseil des États - l'équivalent du Sénat en France -, elle devrait tout de même être soumise prochainement à votation (l'équivalent d’un référendum). Selon un sondage, le projet est soutenu par près de 49 % des citoyens suisses. Ce qui peut surprendre dans un pays réputé comme libéral et où le centre-droit a remporté les élections en 2011.

Fuite des patrons ?

La menace de voir désormais les grands entrepreneurs suisses être attirés par l’étranger est brandie par les opposants à un contrôle des salaires. Le récent déménagement de l’ancien PDG du groupe pharmaceutique Novartis, Daniel Vasella, alimente les craintes.

Mais l’économiste Christian Chavagneux n’y voit aucune logique. "Je ne crois pas aux arguments de compétitivité, il faudrait pour cela qu’il existe un marché international des patrons, explique à FRANCE 24 le rédacteur en chef adjoint d’"Alternatives Economiques". Or les patrons comme les financements des entreprises, même des multinationales, restent ancrés dans un pays. Même les sous-traitants restent nationaux. Vous ne verrez pas de Suisse diriger une grosse entreprise américaine ou réciproquement."

Les Suisses auraient donc pris le risque d’égratigner un peu leur patronat, mais sans pour autant se muer en révolutionnaires. D'ailleurs, en mars 2012, les citoyens ont massivement rejeté une initiative populaire voulant instaurer six semaines de vacances pour tous, contre cinq actuellement.

Seuil d'acceptabilité franchi

Les initiatives populaires sur les écarts de salaires et le salaire minimum ont-elles des chances de passer ? Tout dépend de ce qu’on considère être la bonne rémunération d’un patron et de ses salariés. Les écarts de salaires sont devenus tels ces dernières années que les populations n'acceptent plus cette situation. "C’est ce seuil d’acceptabilité de la population qui compte. Il a été visiblement franchi en Suisse et globalement en Europe", explique Christian Chavagneux. Selon l’économiste, les écarts salariaux sont beaucoup plus élevés en Europe qu’au Japon, même si les niveaux européens sont bien en-deçà de ceux qui prévalent aux États-Unis. De 1 à 40 dans les années 90, l'écart est passé aujourd'hui de 1 à 300 dans les grandes entreprises suisses.

Le vent contestataire ne souffle d'ailleurs pas que sur la Suisse. La France veut à son tour s’emparer de la question des rémunérations excessives, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault envisageant la rédaction d’un projet de loi en ce sens. À Bruxelles, la Commission européenne s’est elle empressée de relancer un projet d’encadrement des bonus du secteur bancaire, qui était resté dans les cartons pendant plusieurs années.

Première publication : 22/03/2013

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