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Afrique

La Séléka s'est installée au pouvoir avec une facilité déconcertante

© AFP

Vidéo par Sarah SAKHO

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 25/03/2013

En moins de 48 heures, les rebelles de la Séléka ont chassé le président centrafricain François Bozizé du pouvoir. Le chef de l'État déchu s'est réfugié au Cameroun dans l'attente de son départ vers un autre pays d'accueil.

Les rebelles de la Séléka menaçaient de marcher sur Bangui depuis décembre 2012. Ils y sont finalement parvenus le week-end dernier, provoquant la fuite vers le Cameroun du président centrafricain, François Bozizé. Pourtant, au vu du nombre de militaires des diverses forces étrangères présentes dans la capitale centrafricaine, en plus des soldats de l’armée régulière (Faca), qui auraient pu entraver la progression des insurgés, la conquête de la ville s’annonçait un tant soit peu ardue.

La mission des militaires français à Bangui : assurer la sécurité des Français

Environ 600 soldats français se trouvent actuellement en République centrafricaine. Quelque 350 militaires sont arrivés du Gabon dans la nuit du 22 au 23 mars, à l’entrée des rebelles dans Bangui, en renfort au contingent de 250 hommes déjà présents. Selon le ministère français de la Défense, leur mission est de sécuriser l’aéroport et d’assurer la sécurité des ressortissants français et européens dans le pays, mais en aucun cas de s’interposer entre les forces régulière centrafricaines et les rebelles.

Au début de la crise en Centrafrique en décembre dernier, le président François Hollande avait été très clair sur ce point. Alors que son homologue centrafricain François Bozizé l’appelait à l’aide, le chef de l’État français avait déclaré : "Si nous sommes présents, ce n'est pas pour protéger un régime, c'est pour protéger nos ressortissants et nos intérêts et en aucune façon pour intervenir dans les affaires intérieures d'un pays, en l'occurrence la Centrafrique", avait-il déclaré. "Ce temps-là est terminé", avait-il insisté.
 

En réalité, à aucun moment les quelque 760 soldats de la Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine (Micopax ou encore Fomac, sous mandat de la Communauté économique des États d’Afrique centrale), n’ont réellement levé leurs armes contre la Séléka. Le 22 mars, à Damara, ville située à 75 km de Bangui, les rebelles ont certes essuyé quelques tirs, mais ils n’ont, à en croire le porte-parole de la Séléka, blessé personne. 

L'irritation du Tchad à l'égard de Bozizé
 
Pourtant, début janvier, le commandant de la force internationale, le général gabonais Jean-Félix Akaga, avait haussé le ton à l’égard des insurgés : "Si les rebelles attaquent Damara, c'est une déclaration de guerre, cela veut dire qu'ils ont pris la résolution d'engager les dix États d'Afrique centrale", avait-il déclaré, insinuant une réponse ferme et violente à tout franchissement par la force du barrage situé dans la ville. La Micopax venait tout juste de voir son mandat élargi, donnant à ses soldats le droit de s’interposer, notamment en cas d’agression "contre les responsables politiques de la transition".

La passivité de la force multinationale face à l’avancée des rebelles n’a pas étonné Roland Marchal, chercheur au CNRS spécialiste de la Centrafrique. "Cette force est composée essentiellement de Tchadiens, explique-t-il. Or, Idriss Déby [le président tchadien] était profondément irrité par Bozizé depuis plusieurs années déjà, à cause de son incapacité à restaurer la loi et l’ordre dans le nord-est du pays, où le Tchad a des intérêts, et à instaurer des relations commerciales avec les pays voisins". Selon le chercheur, Idriss Déby aurait manifesté pour la première fois sa volonté de voir chuter le régime de Bozizé lors de l’attaque rebelle sur la ville frontalière de Sido le 1er mars par la Séléka, où se trouve une garnison tchadienne. Assaut à laquelle N’Djamena n’a pas réagi.

Ce feu vert tacite des autorités tchadiennes s’est confirmé par la faible résistance de la Micopax lors de la prise de Damara. Les rebelles n’ont pas eu davantage de difficultés à franchir les divers barrages érigés entre Damara et Bangui et tenus par des soldats de la Force armée centrafricaine (Faca). Mal encadrés, désorganisés, démotivés et mal payés, les soldats de l’armée régulière, officiellement au nombre de 6 000, n’ont pas non plus opposé de résistance farouche dans les rues de la capitale. Certains témoins racontent qu’à l’arrivée des forces rebelles à proximité du palais de la résistance, résidence du chef de l’État, les membres de la garde présidentielle ont ôté leur uniforme pour se fondre dans la population civile…

L'Afrique du Sud "humiliée"
 
Seul un contingent sud-africain, opérant hors du cadre de la Micopax, a tenté d’empêcher l’avancée des rebelles dans les faubourgs nord de Bangui. Treize soldats sud-africains ont été tués, 27 blessés et un autre porté disparu. "Un peu plus de 200 de nos soldats ont combattu des bandits animés de mauvaises intentions, mais leurs agissements ne nous ont pas fait renoncer à notre mission de paix et de sécurité", a déclaré, lundi, le président sud-africain, Jacob Zuma, parlant d’un "triste jour pour l’Afrique du Sud".
 
Pretoria a déployé 400 hommes à Bangui, dans le cadre d’un accord de coopération militaire signé en 2007 entre les deux pays. En décembre, en pleine crise politique en Centrafrique, l’Afrique du Sud avait renouvelé cet accord pour une durée de cinq ans. Officiellement, les soldats sud-africains avaient pour mission de former leurs collègues centrafricains. "Le renouvellement de l’accord de défense a surpris tout le monde : traditionnellement, la zone d’intervention militaire de l’Afrique du Sud ne va pas au-delà de la région des Grands Lacs, rapporte Thierry Vircoulon. En réalité, il s’agissait d’un soutien ouvert de Jacob Zuma à François Bozizé."
 
Les rebelles ne s’y sont pas trompés. Furieux, ils avaient exigé que soit inscrit dans le texte de l’accord de paix, signé à Libreville le 11 janvier 2013, le départ des troupes sud-africaines. "Maintenant, les Sud-Africains vont devoir partir, et rapidement, estime Thierry Vircoulon. Ils ont clairement perdu la bataille, c’est une humiliation très importante pour l’Afrique du Sud."

Resteront les troupes de la force multinationale qui, même si elles n’ont pas empêché le coup d’État, vont probablement poursuivre leur mission de maintien de la paix, comme elles l’avaient fait en 2003 lors de l’arrivée de François Bozizé au pouvoir. "Cela ressemble à ce qui s’est passé il y a dix ans, note Thierry Vircoulon. Bozizé est parti de la même façon qu’il est arrivé au pouvoir : une force de maintien de la paix était présente à l’époque aussi, mais elle n’avait pas bougé quand s’était produit le coup d’État. La répétition de ce scénario est profondément ironique".

 

Première publication : 25/03/2013

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