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Afrique

À La Haye, le seigneur de guerre Bosco Ntaganda clame son innocence

Vidéo par Stéphanie MAUPAS

Texte par Dépêche

Dernière modification : 26/03/2013

Bosco Ntaganda a comparu mardi pour la première fois devant la Cour pénale internationale. Surnommé "Terminator", il est soupçonné de crimes contre l'humanité et crimes de guerre dans l'est de la République démocratique du Congo en 2002 et 2003.

Le chef rebelle Bosco Ntaganda, soupçonné de crimes commis dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) en 2002 et 2003, a clamé son innocence mardi au cours de sa première comparution à La Haye devant la Cour pénale internationale (CPI), une semaine après sa reddition surprise à Kigali.

"J'ai été informé de ces crimes, mais je plaide non coupable", a déclaré le suspect avant d'être interrompu par la juge Ekaterina Trendafilova, qui lui a expliqué que l'objet de l'audience n'était pas de savoir s'il plaidait coupable ou non coupable.

"Mon client a l'intention de déposer une demande de mise en liberté provisoire, mais ce ne sera pas aujourd'hui", a ensuite déclaré l'avocat de M. Ntaganda, Hassane Bel Lakhdar, commis d'office dans l'attente d'un choix définitif du suspect.

Le point avec Pascal Turlan, adjoint au procureur de la CPI



Surnommé "Terminator" car réputé sans pitié, le charismatique chef rebelle, crâne rasé, portait une fine moustache et était vêtu d'une veste noire de costume, d'une chemise et d'une cravate bleues foncées pour cette audience, qui s'est ouverte vers 11H00 (10H00 GMT).

A l'ouverture, le suspect a décliné son identité, affirmant être né au Rwanda mais disposer de la nationalité congolaise. Interrogé au sujet de sa profession, M. Ntaganda a répondu "comme vous le savez, j'étais militaire au Congo", des propos en kinyarwanda traduits en français par un interprète.

Un représentant du greffier a ensuite lu la liste des crimes reprochés à Bosco Ntaganda, des crimes contre l'humanité et crimes de guerre, dont meurtres, viols et pillages, commis par les Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), dont il était chef d'état-major, dans l'Ituri (est de la RDC) en 2002 et 2003.

A la fin de l'audience, la juge Trendafilova a fixé au 23 septembre 2013 le début de l'audience de confirmation des charges, destinée à déterminer si les éléments de preuve du procureur sont assez solides que pour mener à un procès.

Une reddition surprise

Officiellement, Bosco Ntaganda s'était réfugié le 18 mars à l'ambassade américaine de Kigali, où, selon Washington, il s'est présenté "de lui-même" pour demander à être remis à la CPI. Il avait été ensuite transféré dans la nuit de vendredi à samedi au centre de détention de la Cour.

Cette reddition surprise fait de Bosco Ntaganda, l'un des chefs de guerre les plus recherchés de la région des Grands Lacs, le premier suspect de la CPI qui se rend de façon volontaire pour être détenu.

Mais cette reddition a également suscité de nombreuses questions, notamment sur la manière dont il a été en mesure de traverser la frontière rwando-congolaise puis rejoindre l'ambassade américaine sans se faire repérer par l'armée rwandaise.

Bosco Ntaganda avait passé la frontière entre la RDC et le Rwanda à la mi-mars, avec plusieurs centaines de ses hommes défaits dans des combats avec la faction rivale issue de l'éclatement de la rébellion congolaise du M23.

Né au Rwanda, Bosco Ntaganda a fait ses armes au sein du Front patriotique rwandais (FPR) du président Paul Kagame à l'époque où cette rébellion rwandaise mettait fin au génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994.

Certains analystes estiment que Bosco Ntaganda pourrait faire d'embarrassantes révélations sur le rôle de Kigali dans l'est de la RDC. Le Rwanda est en effet accusé, notamment par des experts de l'ONU, d'y soutenir des groupes armés pour y maintenir ses intérêts (fonciers et miniers), ce qu'il nie depuis une décennie.

Des ONG accusent M. Ntaganda de crimes dans la province minière du Nord-Kivu (est de la RDC), où il était présumé diriger dernièrement la rébellion du M23 (il était auparavant général de l'armée congolaise, depuis 2009), qui a explosé en deux factions rivales fin février. Il n'est pas poursuivi devant la CPI pour ces crimes présumés.

Première publication : 26/03/2013

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