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EUROPE

Battu par son frère en 2010, David Miliband finit par abandonner la vie politique

© AFP

Texte par Charlotte OBERTI

Dernière modification : 27/03/2013

Le travailliste David Miliband a officiellement quitté la vie politique britannique mercredi pour se consacrer à une organisation humanitaire à New York. Il avait perdu les élections pour la tête du Labour en 2010 face à son frère, Ed Miliband.

C’est un David Miliband blessé par une bataille fratricide pour prendre la tête du Parti travailliste qui s’est retiré de la vie politique britannique mercredi 27 mars. L’ancien député a annoncé son départ pour New York, où il va troquer les affaires publiques pour le business humanitaire en dirigeant le centre de charité International Rescue Committee.
Alors que l’intéressé évoque un “nouveau challenge et un nouveau départ”, le chef du Parti travailliste, son frère cadet Ed Miliband, estime que la vie politique britannique va perdre de sa valeur et dit regretter personnellement le départ de David.

Une déclaration en signe d’apaisement après le duel qui les a opposés, en 2010, lors du scrutin interne au parti dont est sorti vainqueur Ed. Représentants de franges différentes du Parti travailliste - Ed est ancré à gauche et proche des syndicats alors que David est plus libéral -, leur compétition dans l’arène politique a en effet envenimé leur relation familiale. "Ce duel aura eu raison de la carrière politique de David Miliband," commente Sophie Loussouarn, spécialiste de la vie politique et économique du Royaume-Uni*.

"Miliband a raisonnablement décidé de descendre de scène"

Au regard de ces tensions, cette décision est pertinente, selon Kevin Maguire, journaliste au "Daily Mirror", le premier quotidien à avoir évoqué la démission David Miliband. "C’était probablement la meilleure chose à faire pour lui et son frère […]. Il a agi par amour - ce qui n’est pas courant au sein du Parti travailliste - car il pense que cela sera mieux pour Ed Miliband s’il ne fait plus partie du soap opera."

Après l’élection de son frère rival, l’ancien ministre de Gordon Brown avait refusé le poste qui lui était offert au sein du cabinet fantôme, une institution formée par les fers de lance de l’opposition qui suit pas à pas l’action du gouvernement officiel. Très discret depuis sur la scène politique, il ne commentait aucune des décisions prise par Ed Miliband et était très rarement présent lors des débats à la Chambre des Communes.

"Il était devenu évident que le prochain volet de la saga Labour allait être écrit sans lui. Et puisqu’il n’avait pas de texte à réciter, il a raisonnablement décidé de descendre de scène,” analyse Rafael Behr, chroniqueur politique pour le magazine britannique de gauche "New Statesman".

Du côté des députés travaillistes, l’annonce de la démission de David Miliband, 47 ans, a été vécu comme un coup de tonnerre. "David sera brillant de l’autre côté de l’Atlantique, comme à son habitude. […] Je pense qu’il reviendra en politique un jour mais, pour l’heure, je suis juste triste," a réagi le député John Woodcock.

Considérant cette nouvelle comme une "grande perte pour la politique britannique", le député Keith Vaz s’est quant à lui dit choqué. "C’est le meilleur et le plus brillant qui quitte le pays", a-t-il déploré.

Erreurs du passé

Une déception partagée par Sophie Loussouarn. "Cela pourrait porter préjudice au Parti travailliste. David Miliband avait davantage la carrure d’un Premier ministre que son frère. Ce dernier manque de charisme et n’a même pas défini sa politique économique," analyse-t-elle. Ed Miliband pâtit en effet d’un déficit en matière d’image. En octobre 2012, seuls 22 % des Britanniques jugeaient qu'il ferait un bon Premier ministre, selon un sondage ComRes.

Toutefois, cette démission, qui implique l’abandon du nouveau travaillisme incarné par David Miliband, pourrait également être synonyme de recentrage du parti. "Finalement, ce départ résout le problème de la scission du Parti travailliste. Il va peut-être pouvoir se recentrer," explique Sophie Loussouarn.

À condition toutefois de ne pas reproduire les erreurs du passé, selon la spécialiste : "Sans David Miliband et sa capacité à faire bouger les lignes, il ne faut pas que le Parti travailliste revienne à ses vieux dogmes qui l’ont condamné à être dans l’opposition pendant de longues années".

* Auteure de "Tony Blair, l’odyssée politique" et "David Cameron, un conservateur du XXIe siècle" (édition Séguier).

 

Première publication : 27/03/2013

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