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EUROPE

"La logique serait de former un nouveau gouvernement de technocrates à la Monti"

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 30/03/2013

Majoritaire à la Chambre des députés mais pas au Sénat, la gauche italienne a échoué à former un gouvernement, plongeant un peu plus encore l'Italie dans la crise politique. Entretien avec le journaliste italien Alessandro Grandesso.

Plus que jamais, l’Italie est dans l’impasse. Chargé par le président Giorgio Napolitano de conduire des discussions pour former un nouveau gouvernement à la suite des élections législatives et sénatoriales de la fin février, le leader de centre gauche Pier Luigi Bersani a jeté l’éponge, jeudi. Tandis que l'ex-humoriste à la tête du très contestataire Mouvement 5 étoiles, Beppe Grillo, a refusé de participer à une coalition avec la gauche, Bersani a, de son côté, rejetté l'idée d'une alliance avec la coalition de droite de Silvio Berlusconi.

"C'est le suspense pour l'Italie"

À partir de ce vendredi, le président, qui a annoncé s’être saisi du dossier, s’entretient avec toutes les forces politiques du pays pour tenter, à son tour, de sortir l’Italie de la crise politique dans laquelle elle s’enfonce.

FRANCE 24 a joint Alessandro Grandesso, journaliste à Radio Monte Carlo Italie et ancien correspondant à Paris du Corriere della Sera, pour faire le point sur la situation.

FRANCE 24 : Après l’échec des pourparlers menés par Pier Luigi Bersani, quels sont désormais les scenarii possibles pour sortir l'Italie de l'impasse ?

Alessandro Grandesso : Experts, élus, leaders politiques, journalistes… Actuellement, en Italie, tout le monde veut donner son avis, ce qui crée un imbroglio catastrophique. On ne sait plus qui écouter ou qui croire, mais les trois scénarii qui reviennent régulièrement sont les suivants :

1/ Charger une autre personnalité que Bersani de former une coalition majoritaire. Certes, il ou elle risque de faire face aux mêmes difficultés. Mais on peut peut-être espérer qu’au vu de la situation dramatique actuelle, certains partis acceptent de se mobiliser pour faire avancer les choses.

2/ De nouvelles élections immédiates. Mais la complexe loi électorale en vigueur risque de mener à la même impasse au Parlement. En outre, la Constitution empêche le président Giorgio Napolitano de dissoudre le Parlement au cours des derniers mois de son mandat, même si le langage et les termes utilisés dans le texte restent assez imprécis, ce qui permettrait une interprétation libre dudit texte.

3/ Un gouvernement de transition jusqu’à de nouvelles élections. C’est la solution qui me paraît la plus logique. Il s’agirait de former un gouvernement de technocrates à la manière de celui de Mario Monti afin de retrouver un équilibre jusqu’aux prochaines élections. Le problème est que ce type de gouvernement est particulièrement impopulaire auprès des Italiens à en juger par la défaite cinglante de Mario Monti aux élections [celui-ci n’a obtenu que 10 % des suffrages lors du dernier scrutin, NDLR].

Que va devenir Pier Luigi Bersani ?

A. G. : Leader d’un parti qui n’a pas de majorité consistante, il se trouve dans une situation très ambiguë au sein de son parti. Il a gagné les élections mais avec une marge trop faible. Donc je pense que Pier Luigi Bersani va être amené à se confronter à Matteo Renzi, le maire de Florence, candidat malheureux à la primaire face à Bersani en décembre 2012. Depuis quelques jours, Renzi revient sur le devant de la scène politique, notamment dans les médias. Il pourrait remplacer Bersani comme candidat de la coalition de gauche dans le cas de nouvelles élections.

À quoi joue Beppe Grillo ?

A. G. : On ne comprend pas très bien ce qu’il veut. Il n’a pas véritablement de rôle défini dans le paysage politique italien, à part le fait qu’il est le leader d’un mouvement qui n’est pas un parti. Le fait que le Mouvement 5 étoiles ne soit pas structuré de façon classique permet à Grillo de s’impliquer dans la vie politique ou bien de rester en dehors si la situation ne lui convient pas. Et c’est le cas actuellement, puisqu’il a refusé toute alliance avec Bersani ou Berlusconi. Toute la question est de savoir avec qui il serait prêt à s’allier. Plusieurs noms circulent, mais une fois de plus, rien de concret pour l’instant.

Qui peut succéder à Giorgio Napolitano à la présidence de la République ?

A. G. : La situation est bien trop confuse pour voir émerger une personnalité dans l’immédiat. On a cru un instant que Berlusconi serait candidat à la succession de Napolitano, mais il vient de démentir l’information affirmant, comme à son habitude, que ses déclarations de la veille avaient été mal interprétées. Je pense que la priorité, dans l’immédiat, n’est pas de trouver le successeur de Napolitano mais de rassurer les marchés. Et il y a urgence si l’on ne veut pas s’enfoncer dans la même crise qu’en 2011.

Première publication : 29/03/2013

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