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FRANCE

Antoine, 17 ans, victime d'homophobie : "Tu as 5 minutes pour quitter la maison !"

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 17/05/2013

Depuis le début du débat sur le mariage homosexuel, à l'automne 2012, l’homophobie est en hausse en France. FRANCE 24 est allé à la rencontre d’Antoine, un homosexuel mineur, chassé du domicile familial. Portrait.

À l’occasion de la journée mondiale contre l'homophobie, vendredi 17 mai, FRANCE 24 vous propose de relire un reportage réalisé en avril 2013 auprès d’un jeune homosexuel français expulsé de chez lui.

"Ce sera lui ou moi." Quand Antoine* a entendu son beau-père lancer un soir cet ultimatum à sa mère, il n’y a pas vraiment cru. Du moins, il n’a pas vraiment eu peur. "Ça faisait à peine trois mois qu’ils se fréquentaient, et moi, j’étais son fils", raconte-t-il, calmement. C’était il y a deux ans. Avant, "ça allait bien", se souvient-il. Avant, Antoine était hétérosexuel. Du moins, c’est ce que son beau-père pensait. C’est ce que tout le monde pensait.

En Picardie, explique-t-il avec ses mots à lui, "c’est pas aussi moderne qu’à Paris dans la tête des gens". L’adolescent de 17 ans a toujours su qui il était. Mais chez lui comme au collège, "il valait mieux cacher son homosexualité", précise-t-il. "Parce que ça n’aurait pas été très bien vu."

Le Refuge

L'association Le Refuge, créée en 2003, accueille des garçons et des filles de 18 à 25 ans exclus du domicile familial du fait de leur homosexualité.

L'association, qui fonctionne grâce à des dons et des subventions publiques, dispose d'appartements et de chambres d'hôtel en Ile-de-France, à Marseille, à Lyon et à Montpellier.

L'antenne de Paris, ouverte en 2008, héberge 21 jeunes pour une période de six mois.

Le Refuge dispose d'une ligne d'urgence : 06 31 59 69 50.

Et ça ne l’a pas été. À la maison surtout. Quand sa mère révèle l’homosexualité de son fils à son compagnon après quelques semaines de relation, tout a changé. "Mon beau-père ne m’a plus adressé la parole, l’ambiance est devenue très tendue". Les insultes se sont immiscées partout dans le quotidien, à table, aux pauses cigarettes sur la terrasse... "Un jour, j’ai touché sa fourchette. Il a crié : ‘Touche pas à ça !’, comme si j’étais contagieux", confie Antoine, avant de marquer une pause. "Et il y a eu plein d’autres insultes. Plein… Mais j’ai pas envie de parler de ça", tranche-t-il soudainement.

Listes d’attente

Puis un matin, finalement, sa mère a fait son choix. "Le temps passait et, peu à peu, je me suis rendu compte que mes jours, chez moi, étaient comptés", lâche-t-il, comme si, au fond, il avait toujours senti qu’il serait sacrifié. "Ce qui m’a fait chier, surtout, c’est que j’ai deux petits frères et que je savais que je ne les verrai plus."

Depuis le début du débat sur le mariage homosexuel, à l'automne 2012, des associations françaises de lutte contre l’homophobie, comme Le Refuge ou SOS-Homophobie, ont tiré la sonnette d’alarme. La "haine de l’homo" a ressurgi "violemment" dans le paysage français. Elle a même fait "un bond en avant", explique Clio Léonard, responsable du Refuge, à Paris, une association qui accueille et héberge les jeunes homosexuels de 18 à 25 ans principalement victimes d’homophobie familiale.

"Les 21 places d’accueil à Paris ont toujours été toutes occupées mais, aujourd’hui, pour la première fois, nous avons des listes d’attente", reconnaît-elle. Rien que pour le mois de décembre, l’association a recueilli près de 200 appels, soit six fois plus que la moyenne mensuelle.

Un constat alarmant que dresse également SOS-Homophobie. "En 2012, nous avons eu 30 % d’appels de plus qu’en 2011… Depuis le mois de septembre, surtout, nos chiffres ont incroyablement augmenté", explique Elisabeth Ronzier, la présidente de l’association, contactée par FRANCE 24. "Fait inédit, nous recevons des appels de personnes dont l’homosexualité a toujours été acceptée par leur entourage mais qui, depuis le début du débat, subissent pour la première fois des insultes et des brimades. Nous recevons aussi beaucoup d’appels d’homosexuels qui n’en peuvent juste plus…"

"Un jour, je téléphonais à mon copain, mon père a surpris la conversation"

"Ne plus en pouvoir." L’expression sera utilisée par Antoine, qui, lorsqu'il quitte le foyer maternel, ne sait pas encore que le pire est à venir. "J’étais loin de me douter que ce serait de plus en plus dur", reconnaît-il. En quelques semaines, son renvoi du domicile familial tourne au calvaire. Son homosexualité devient un fardeau. "J’ai pas pu faire d’études, regrette-t-il. Quand t’as 17 ans et que t’es viré de chez toi, tu ne penses plus aux études mais à trouver une solution pour t’en sortir." Antoine descend alors à Paris et découvre "un peu plus tôt que les autres" la cohabitation, la débrouille, les loyers à payer... Et puis, au bout de quelques mois, las, il décide d’aller frapper à la porte de son père, en Picardie. "Il m’a accueilli à bras ouvert", se souvient-il.

Antoine pense alors avoir vécu le pire. "Tout allait bien dans le meilleur des mondes." Sauf que même dans le meilleur des mondes, l’enfer n’est jamais loin. "Un jour, j’étais au téléphone avec mon copain et mon père a surpris notre conversation", explique-t-il. Après quelques minutes d’explications, la sentence tombe : "Tu as cinq minutes pour rassembler tes affaires et partir !", lui ordonne-t-il. Cinq minutes montre en main, précise Antoine. C’est le retour à la rue. "J’ai dû dormir dehors, c’était vraiment dur. Je ne savais pas où aller." Dans son village picard, il n’y a que quelques maisons et la forêt.

"Si je n’avais pas eu mon petit ami à mes côtés, je ne serai plus là"

Antoine se tourne alors vers son petit ami, Tim*, qui l’exhorte à le rejoindre à l’association Le Refuge, à Paris. "Par chance", une place est libre dans le 2e arrondissement. Dans le même appartement que Tim. Par chance, effectivement. Car Antoine, brisé, a pensé lâcher prise. "J’ai songé à me suicider, c’est vrai, je n’en pouvais plus, confesse-t-il, froidement. Si je n’avais pas eu mon copain à mes côtés, je ne serai sûrement plus là."

Sa venue au Refuge n’est qu’une solution temporaire. Il le sait. Mais une solution de survie. "Ça va un peu mieux aujourd’hui même si, paradoxalement, c’est maintenant que je ressens le plus le manque de ma mère, de mes frères", confesse Antoine qui occupe une chambre de l’association depuis six mois. "Je ne reviendrai pas en arrière, mais j’ai appris à pardonner. Je ne suis plus en colère contre ma famille, contre la société. C’est comme ça. La colère n’a jamais aidé à aller de l’avant."

Et quand on lui parle de l’avenir, Antoine, dont les propos dénotent la grande maturité, redevient subitement un enfant envahi par un optimisme débordant. "C’est bien, cette loi sur le mariage gay. Les mentalités mettront dix ans à intégrer l’information, mais c’est une bonne chose. Un jour, vous savez, j’aimerais bien me marier, moi aussi. Et avoir des enfants. On en parle en rigolant avec mon copain. Mais oui, vraiment, j’aimerais bien…"

*Les prénoms ont été changés

Première publication : 29/03/2013

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