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Afrique

Les nouveaux maîtres de Bangui démentent vouloir islamiser la Centrafrique

© AFP | Michel Djotodia lors de sa conférence de presse, vendredi 29 mars

Vidéo par Antoine MARIOTTI , Sarah SAKHO

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 30/03/2013

Accusé par le camp de l'ex-président François Bozizé de vouloir favoriser les musulmans aux dépens des chrétiens, le chef de l'État auto-proclamé, Michel Djotodia, a tenu à réaffirmer les principes de laïcité en Centrafrique.

"La République centrafricaine est un État laïc […] Je suis musulman, mais je dois servir ma patrie, tous les Centrafricains". Si le président auto-proclamé Michel Djotodia s’est ainsi emparé de la question religieuse vendredi 29 mars, lors de sa conférence de presse, et a tenu à rappeler les principes fondateurs de laïcité de la RCA, c’est que la tension entre chrétiens et musulmans est montée d’un cran depuis la prise de pouvoir des rebelles de la Séléka.

Les religions en RCA

La République de Centrafrique compte 5 millions d'habitants, dont environ 45% de protestants, 35% de catholiques, 15% de musulmans, majoritairement originaires du nord d'où vient la rébellion, et 5% d'animistes. Ils ont toujours cohabité sans problème majeur. (source AFP)

Le nouvel homme fort de Bangui est accusé par l’entourage du président déchu François Bozizé de servir un agenda djihadiste. Deux chefs de la rébellion, Moussa Mohammed Dhaffane et Younous Adim Birema Nourredine, "ont étudié en Arabie saoudite et au Qatar. Ils prônent le wahhabisme à qui veut l'entendre. Ils le prêchent", avait ainsi alerté, en janvier dernier, le ministre de l’Administration territoriale, Josué Binoua,  qui disait craindre une "guerre de religion".

L’image de milliers de musulmans scandant "Allah Akbar" lors de l’arrivée de Michel Djotodia à la grande mosquée de la capitale Bangui pour la prière du vendredi a choqué certains chrétiens, d’après le témoignage d’un habitant de Bangui, recueilli par l’AFP.

"Dans le sud de ce pays chrétien, ce discours a eu des résonances funestes, d’autant que des membres de la Séléka ont eu la mauvaise idée d’alimenter les peurs et les tensions en s’en prenant à des prêtres ou à des fidèles chrétiens", analyse le journaliste Cyril Bensimon, envoyé spécial de RFI à Bangui.

Butin de guerre écoulé par les commerçants musulmans

L’archevêque de Bangui, Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, témoigne en effet sur RFI que "des hommes et des femmes qui étaient venus prier [à la cathédrale de Bangui] se sont fait piller en sortant de l’église par des gens qui voulaient prendre également leurs véhicules, par la force". Ce haut représentant de l’Église catholique craint une escalade des sentiments anti-religieux de part et d’autre et appelle "les responsables de la Sékéla à éviter la dérive."

La Sékéla est également accusée d’avoir, au long de sa conquête du pays par le Nord, pillé les chrétiens et épargné les musulmans. "Si, dans les villes qu’elle a conquises, la Sékéla s’est souvent appuyée sur des commerçants musulmans, c’est essentiellement pour écouler son butin de guerre vers le Tchad et le Soudan", explique Cyril Bensimon.

Bozizé, pasteur de l’Église du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem

Ces actions à l’encontre des chrétiens font écho aux violences anti-musulmanes qui ont été signalées depuis décembre dernier, début de l’avancée des rebelles depuis le Nord. Les comités d’auto-défense des partisans du président Bozizé, qui avaient érigé des barrières en ville pendant la crise, s’en sont régulièrement pris aux musulmans banguissois, les assimilant aux rebelles, rapporte l’AFP.

Si l’islamisme trouve un certain écho en Centrafrique, rapporte le chercheur catholique Richard Filakota et cherche à se rallier les jeunes, la mouvance évangélique prospère également. L’ancien président François Bozizé est lui-même membre de l’Église du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem et ancien pasteur de cette mouvance, dont il a fondé la branche centrafricaine.

Le Nord du pays, zone d’incertitude

Il serait erroné de transposer la concurrence entre ces deux mouvances religieuses sur le terrain politique, s’accordent toutefois à affirmer les représentations des religions à Bangui, qui rappellent que le début de la crise est politique, et non religieuse. "Je demande aux musulmans de ne pas dire ‘Aujourd’hui c’est notre tour’, déclare à l’AFP l’imam Oumar Kobline Layame, président de la communauté islamique de Centrafrique. Il ne faut pas casser cette cohabitation que nous avons depuis plus de 50 ans."

De plus, les chefs de la Séléka n’ont rien des fondamentalistes à longue barbe, rapporte Cyril Bensimon. Nombreux sont les combattants qui ne rechignent pas à boire une bière." L’élément qui laisse clairement penser que Michel Djotodia n’est pas un intégriste : il a maintenu à son poste le chrétien Nicolas Tiangaye au poste de Premier ministre, analyse le correspondant de RFI à Bangui.

L’islam de la Séléka inquiète peu les experts militaires et diplomates de la Centrafrique, qui se disent davantage préoccupés par le vide sécuritaire dans le nord du pays. Incontrôlée, cette zone pourrait devenir une terre de refuge pour les islamistes radicaux traqués au Mali ou les Nigérians de Boko Haram.
 

Première publication : 30/03/2013

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