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Culture

Albert Göring, héros ignoré de la Seconde Guerre mondiale, deviendra peut-être un "Juste"

© Wolfgeist Limited

Texte par Priscille LAFITTE

Dernière modification : 08/04/2013

Frère cadet de Hermann Göring, l'un des bras droits de Hitler, Albert Göring a sauvé des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Une histoire invraisemblable que le centre Yad Vashem exhume des archives de la Gestapo et de l'armée américaine.

Alors que la communauté juive célèbre, ce 8 avril, le "Yom Hashoah", jour de la commémoration du génocide perpétré par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, un nouveau nom est étudié par le centre Yad Vashem, à Jérusalem, pour devenir le 551e "Juste" allemand, ceux qui ont risqué leur vie pour sauver d’autres vies. Ce nom est Göring. Non pas Hermann Göring, commandant en chef de la Luftwaffe et chargé de la mise en œuvre de la "solution finale de la question juive", en 1942 - plan qui consistait en l’élimination systématique des juifs dans les territoires que les nazis contrôlaient -, mais Albert Göring, son petit frère.

Albert Göring est mort en 1966 dans une certaine pauvreté et sans que ses actes de bravoure aient été reconnus. Il avait refusé de changer de nom. Tout juste a-t-il pu éviter l’emprisonnement à vie lorsqu’il a été arrêté pour complicité avec le régime nazi, en 1945, en Allemagne. Hermann Göring, son frère, qui séjournait dans une cellule à quelques mètres de lui, avait beau le disculper, personne ne voulait croire qu’un Göring ait pu ne pas servir le régime nazi. Il aura fallu qu’Albert rédige une liste détaillée de 34 noms de personnes qu’il a aidées et qu’y figure le compositeur d’opéra Franz Lehár, juif autrichien, pour qu’un Américain qui menait l’interrogatoire finisse par le croire - sa tante était la femme de Lehár.

"Trente-quatre"

Des témoignages concordent pour décrire Albert Göring comme un homme aux antipodes de son frère, méprisant le "Führer" et refusant d’effectuer le salut hitlérien. Il a usé de son patronyme pour sauver des vies et fourvoyer la Gestapo. Il a extrait du camp de Dachau le docteur et résistant Josef Charvat, par une simple signature : "Göring". Les services de renseignement nazis avaient accumulé des preuves des agissements d’Albert Göring. Son frère l’aurait-il protégé ? Les deux hommes ne se croisaient qu’aux réunions de famille, au cours desquels leur désaccord profond ne semble pas avoir éclaté au grand jour.

En 1998, Channel 4, au Royaume-Uni, diffuse un documentaire sur Albert Göring. Un jeune Australien, William Hastings Burke, voit ce film et décide de mener son enquête. Il écrit un livre, "Trente-quatre", et soumet l'idée à Yad Vashem d'étudier le cas de Göring le cadet.

Le centre Yad Vashem est en train de réunir de nombreuses archives de la Gestapo et des interrogatoires de l’armée américaine, rapporte l’hebdomadaire Der Spiegel. La prochaine étape sera d’envoyer ce dossier, s’il s’avère complet, à une commission constituée de dix survivants à l’Holocauste, qui décideront alors si Albert Göring mérite d’être considéré comme un "Juste". Ce titre, créé en 1953, a été attribué à 24 356 personnes à travers 47 pays.

Un documentaire de Channel 4

Première publication : 08/04/2013

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