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EUROPE

WikiLeaks : Margaret Thatcher "affreusement anglaise"

© AFP

Texte par Gaëlle LE ROUX

Dernière modification : 09/04/2013

Plusieurs câbles diplomatiques rendus publics ce lundi par WikiLeaks décrivent l'ascension politique de la "nouvelle star de la politique britannique", Margaret Thatcher, notamment sa première année à la tête du parti conservateur.

À l’heure où le monde apprenait la mort de Margaret Thatcher, WikiLeaks publiait une série de câbles diplomatiques américains échangés entre 1973 et la fin de 1976. Certains d’entre eux commentent, de façon parfois mordante, l’ascension de celle qui deviendra la première femme à diriger un gouvernement au Royaume-Uni. "À la fois à l’intérieur et à l’extérieur du camp conservateur, elle est couramment considérée comme 'le meilleur homme' du parti", écrit, féroce, l’ambassadeur américain en poste à Londres, le 24 novembre 1974, trois mois avant que Margaret Thatcher ne prenne la tête du Parti conservateur.

Plus tard, en octobre 1975, quelques jours après le premier voyage de la numéro un des Tories aux États-Unis, une note pointe du doigt l’attitude "naïve, parfois midinette", de Thatcher alors qu’elle louait l’accueil reçu outre Atlantique. "Certains critiquent le fait qu’elle ait interprété de façon personnelle, et non officielle, les égards que lui ont réservé les Américains, alors qu'ils accueillent de la même façon tous les dirigeants des partis politiques britanniques", rapporte le message.

"Un très bon sens politique"

Cependant, la majorité des câbles concernant Margaret Thatcher restent pour le moins élogieux. Elle est décrite dès les premières notes diplomatiques comme une "femme brillante, intelligente et travailleuse" et "dotée d’un très bon sens politique". "Si quelques conservateurs n’accepteront pas facilement qu’une femme dirige le parti, personne ne doute en revanche de ses capacités", affirme l’ambassade américaine à Londres, en novembre 1974.

Derrière les quelques traits de caractère que les yeux de Washington lui prêtent dès ses premières heures de gloire se dessine déjà celle que l’on surnommera quelques années plus tard la Dame de fer. "Devenir dirigeant d’un parti largement composé de phallocrates chauvinistes est une victoire remarquable pour madame Thatcher, qui a fait preuve de courage, d’habileté et de détermination", commente, admiratif, l’ambassadeur des Etats-Unis, le 15 février 1975, juste après l’élection de Margaret Thatcher à la tête du Parti conservateur. Une détermination et un acharnement à la tâche qui reviendront souvent au cours des câbles qui suivront. "Elle est énergique, elle est aussi une travailleuse prodigieuse, extrêmement bien organisée", poursuit le diplomate, visiblement conquis.


"Archétype de la matrone de province"

Après "l’audacieuse opération commando [de Thatcher] sur la direction du parti", celle que l’ambassade américaine à Londres surnomme la "nouvelle star politique britannique" est l’objet d’une note biographique plus poussée. "Madame Thatcher incarne un rêve de la classe moyenne devenu réalité", commence le compte-rendu. "Ce n’est donc pas une surprise qu’elle défende les valeurs de la classe moyenne : épargner, travailler dur, respecter la loi et l’ordre", poursuit-il. "Elle incarne la voix véritable d’une bourgeoisie aux abois, anxieuse quant à son pouvoir d’achat. […] Ce qui lui a valu le surnom de la 'pasionaria des privilèges des classes moyennes'".

Une image de la classe moyenne-haute qui lui colle à la peau, pour le meilleur et pour le pire. "Sa toilette parfaite, ses manières impérieuses, son charme conventionnel et un peu forcé et, par-dessus tout, sa voix haut perchée, font d’elle l’archétype de la matrone de province, affreusement anglaise", décrit, sans concession, le diplomate américain qui, six mois plus tard, insistera une fois de plus sur "la voix passablement désagréable" de Margaret Thatcher.  Des défauts sur lesquels elle va devoir travailler, estime le diplomate. "Si elle nourrit l’ambition de devenir la première femme chef de gouvernement au Royaume-Uni, elle va devoir utiliser le temps qui lui reste [d’ici les élections en 1979, NDLR] pour humaniser l’image qu’elle renvoie et élargir sa base électorale". Puis, visionnaire, l’ambassadeur conclut, le 15 février 1975 : "Pour l’instant, tout joue contre elle. Mais après le coup d’État stupéfiant qu’elle vient de réussir, peu de gens se risqueraient à dire qu’elle ne peut pas parvenir à s’installer au 10 Downing Street".

 

Première publication : 09/04/2013

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