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FRANCE

Muslimah contre Femen : la guerre est déclarée

© Facebook

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 09/04/2013

Offensées par les dernières actions des Femen, des musulmanes ont créé sur Internet un groupe intitulé "Muslim Women Against Femen". Elles y revendiquent leur droit à vivre librement leur foi et veulent montrer qu'elles ne sont pas opprimées.

"Muslimah Pride" (fière d’être musulmane). C’est avec ce slogan que des musulmanes ont choisi de faire entendre leur voix. Choquées par la dernière action des Femen qui ont organisé le 4 avril un "Topless Jihad Day" - une journée seins nus pour soutenir la Femen tunisienne Amina Tyler et pour la liberté dans les pays arabes -, ces femmes ont lancé une page Facebook.

Sur ce site internet intitulé "Muslim Women Against Femen", ces musulmanes entendent dénoncer les provocations des militantes du groupe féministe Femen, et surtout leur amalgame entre islam et intégrisme.

"Nous en avons marre de ces femmes occidentales qui veulent nous imposer leurs valeurs. […] Nous sommes fatigués d’entendre que ces femmes perpétuent le stéréotype que les femmes musulmanes, de couleurs ou des pays du Sud sont soumises, sans défense et ont besoin du progrès occidental", clament-elles sur leur page Facebook.

Une action des Femen à Berlin lors du "International Topless Jihad Day"
© Facebook

"Des bêtises racistes et coloniales"

Pour les organisatrices de ce mouvement, les Femen ont montré qu’elles avaient un comportement raciste en s’attaquant à la religion musulmane. Lors du Topless Jihad Day, elles ont notamment posé la poitrine nue devant le plus ancien lieu de culte musulman de Berlin. En France, elles ont également brûlé, le 3 avril dernier, un drapeau salafiste devant la Grande Mosquée de Paris.

"Nous sommes dégoûtées de vos bêtises racistes et coloniales déguisées en libération de la femme ! […] Brisons la suprématie blanche et capitaliste ! Le pouvoir aux femmes musulmanes", s’insurgent ainsi les membres du Muslim Women Against Femen dans une lettre ouverte.

Ces paroles ont trouvé un certain écho dans la communauté musulmane. Des dizaines de femmes ont publié sur Internet ou sur Twitter, grâce au hashtag "Muslimah Pride", des photos où elles montrent leur attachement à leur religion à travers divers messages inscrits sur des pancartes.

"La nudité ne me libère pas et je n’ai pas besoin d’être sauvée", affirme l’une d’entre elles. "Vous ne me représentez pas" ou "Je suis une femme musulmane et je sais ce que je veux pour moi-même ! Le fait que vous vous déshabilliez pour être ma voix m’insulte", peut-on lire également.

"Seins nus au pays du niqab"

Face à ces nombreuses critiques, les Femen n’ont pas tardé à répondre. Dans un communiqué publié sur leur page Facebook intitulé "Seins nus au pays du niqab", la leader ukrainienne Inna Shevchenko a appelé "ses sœurs musulmanes" à rejoindre leur lutte : "Vous nous dites que vous êtes contre Femen, mais c'est aussi pour vous que nous sommes là, c'est pour nous toutes, car les femmes sont des esclaves modernes, peu importe leur couleur de peau".

La chef des Femen n’a toutefois pas manqué de dénoncer une nouvelle fois l’extrémisme musulman : "Mettez autant de foulards que vous voulez si demain vous êtes libres de les enlever et de les remettre le jour suivant, mais n’oubliez pas vos sœurs qui sont des millions à avoir été violées et tuées parce qu’elles ne suivaient pas la volonté d’Allah ! C’est contre cela que nous luttons".

Les Femen vont-elles trop loin ?

Les Femen restent fermes sur leurs positions, mais leur combat est de plus en plus décrié. Amina Tyler, qui avait suscité la polémique en Tunisie en posant seins nus à la manière des Femen, a elle aussi pris ses distances par rapport à leur dernière action. "Elles ont brûlé le drapeau de l’islam devant une mosquée à Paris. Je suis contre. Tout le monde va penser que j’ai encouragé cela. C’est inacceptable", a-t-elle expliqué à une équipe de télévision de Canal + qui l’a rencontrée à Tunis.

La jeune de 17 ans, qui vit désormais recluse avec sa famille après avoir reçu des menaces de mort, a toutefois affirmé qu’elle ne regrettait pas son engagement et qu’elle demeurait une Femen : "Je le serai jusqu’à 80 ans".

En l’espace de quelques semaines, Amina est devenue un symbole pour les Femen. Ces dernières considèrent qu’elle est retenue contre sa volonté par ses parents et demandent sa libération. "De la même manière qu'elle apporte un soutien sans bornes à Femen, nous la soutiendrons toujours. Liberté pour les femmes, liberté pour Amina !", scandent les militantes féministes sur Facebook.

Première publication : 09/04/2013

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