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Moyen-orient

"La présence des chrétiens en Orient participe à sauvegarder l'islam de l'intégrisme"

© AFP

Texte par Amara MAKHOUL-YATIM

Dernière modification : 11/04/2013

Après une rencontre avec François Hollande et le chef de la diplomatie Laurent Fabius, le patriarche libanais maronite Béchara Boutros Raï a donné une conférence à Paris où il a fait part de ses inquiétudes pour les chrétiens d'Orient.

"On compte au Moyen-Orient 20 millions de chrétiens, dont cinq millions de catholiques. Ils vivent avec 350 millions de musulmans et sept millions de juifs", énonce posément Béchara Boutros Raï, le chef de l'église maronite, l'une des nombreuses communautés chrétiennes de la région. Il s'exprimait ainsi en ouverture de la conférence tenue mercredi 10 avril à l’Institut catholique de Paris. Le ton est donné : il s’agit d’explorer les difficultés que rencontrent les chrétiens, minoritaires dans la région, en termes de cohabitation avec les musulmans, tout en plaidant pour préserver "la culture arabe du vivre-ensemble aujourd'hui menacée".

Quelque 300 personnes sont venues l’écouter. Parmi eux, des officiels comme les ambassadeurs libanais auprès de Paris et de l’Unesco, des évêques de communautés orthodoxes, mais aussi de nombreux membres de la communauté maronite de Paris. Agé de 73 ans, le patriarche Raï a été nommé cardinal en novembre 2012 par Benoît XVI. Lors d'une visite au Liban en septembre 2012, ce dernier avait par ailleurs loué la coexistence des communautés, parlant du Pays du Cèdre comme d’un "message" pour le monde.

"Les chrétiens, de culture démocratique et pluraliste, vivent au Moyen-Orient avec des musulmans et des juifs, des communautés théocratiques, souvent fermées à l’altérité", affirme le patriarche. Il explique que "l’islam se définit comme un ensemble indissociable qui englobe religion, société et politique. C’est pourquoi il accepte difficilement le concept de la laïcité". Hormis au Liban, les chrétiens d’Orient vivent en effet dans des pays dont les lois sont directement inspirées du Coran et où l’islam est la religion officielle.

Cohabiter avec un "islam dénaturé par le fondamentalisme"

Bien qu’elle soit millénaire, la question de la mixité religieuse dans les pays arabes et ses enjeux est particulièrement sensible aujourd’hui, au vu des récentes évolutions qu’a connue la région. Pour Béchara Boutros Raï, "les peuples éprouvent aujourd’hui les joies et les peines provoquées par les Printemps arabes". Au nombre des "peines" évoquées, l’arrivée au pouvoir de partis islamistes comme en Tunisie et en Égypte. Il dénonce même un "islam dénaturé par le fondamentalisme".

Le patriarche fait part de son inquiétude : "Il ne faut favoriser en aucun cas l’émigration des chrétiens de la région". Et d’insister lourdement : "Minoritaires, les chrétiens n’en restent pas moins les habitants originels et authentiques de la terre qui a vu naître les trois religions monothéistes". À ces mots, les applaudissement fusent dans la salle.

Et le patriarche d'insister : l’islam ne se résume pas à l’extrémisme et au terrorisme. "Pour nous, les musulmans ne sont pas des terroristes. Ce ne sont pas des gens qui veulent de la violence ou la guerre. L'islam et les musulmans sont modérés. Il faut soutenir la présence des chrétiens dans tous les pays du Moyen-Orient pour sauvegarder l'islam du fanatisme et de l'intégrisme", a-t-il poursuivi. "Nous, chrétiens d'Orient, nous avons le devoir de faire connaître à l'Occident la réalité de l'islam", a-t-il déclaré, suscitant encore une fois l’enthousiasme de l’assistance. Les différentes communautés de la région ont la responsabilité du "vivre-ensemble qui participe de l’identité arabe. Vivre ensemble ce n’est pas uniquement cohabiter ou collaborer, mais la conscience commune d’une vie partagée", poursuit Béchara Raï.

"Lutter contre la partition de la région en mini-États confessionnels"

Rappelant le "rôle essentiel" des chrétiens dans la construction de la culture arabe depuis le XVIIe siècle, il a ensuite plaidé pour une meilleure représentation des chrétiens dans la vie politique, afin qu’ils puissent jouer leur "rôle de citoyen à part entière". "Il faut dépasser les inégalités", a-t-il lancé. "Si les chrétiens n'ont plus d'influence dans les sociétés, les musulmans sont menacés de passer à l'intégrisme", selon lui.

Interrogé sur les conflits qui mettent à mal la paix dans la région, Béchara Boutros Raï confie sa vive inquiétude : "Il faut endiguer le conflit sanglant entre sunnites et chiites dans la région. Et lutter contre le risque de partition de la région en mini-États confessionnels. Ce serait une menace pour le Moyen-Orient avec des retombées mondiales".


 

Première publication : 11/04/2013

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