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Moyen-orient

La chute inéluctable du Premier ministre palestinien Salam Fayyad

© AFP

Vidéo par Antoine MARIOTTI

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 15/04/2013

La démission du Premier ministre palestinien Salam Fayyad, isolé sur la scène politique palestinienne et contesté par la rue malgré un soutien continu des Occidentaux, était devenue inévitable.

 
 
Cette démission intervient après une longue série de différends entre les deux hommes forts de la Cisjordanie, dont le dernier concernait la démission du ministre des Finances, Nabil Qasis, acceptée par le Premier ministre contre l'avis du président qui l’avait imposé à ce poste. Toutefois, outre cette ultime querelle, le départ de Salam Fayyad, qui a plusieurs fois fait part de son intention de jeter l’éponge, était devenu inéluctable tant il était isolé sur la scène politique palestinienne et contesté par la rue.
 
Respecté en Occident
 
Portrait de Salam Fayyad
Un comble pour cet homme âgé de 62 ans dont les qualités étaient unanimement saluées par les États-Unis et l’Union européenne. Originaire du nord de la Cisjordanie, diplômé de l'Université américaine de Beyrouth et de l’University of Texas où il a décroché un doctorat en économie, cet ancien haut fonctionnaire du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale avait commencé sa carrière politique comme ministre des Finances (2002 à 2005). Sa probité, sa rigueur et le soutien constant que lui manifestent les Occidentaux pavent la voie à sa nomination au poste de Premier ministre en 2007, après le coup de force du Hamas dans la bande de Gaza et le limogeage du gouvernement dominé par le mouvement islamiste. En acceptant le poste, il s’attire la rancœur tenace des dirigeants du mouvement islamiste qui le qualifient alors de "suppôt" des Israéliens et des Américains.
 
Dès sa prise de fonction, Salam Fayyad se montre ambitieux. Il se fixe comme objectifs d’édifier des institutions financières et sécuritaires solides afin de rendre inéluctable, selon lui, la proclamation d’un État palestinien en 2011. Un but qu’il n’atteindra jamais. "Nous avons failli. Je représente cet échec", constatait-il récemment dans un entretien au New York Times, expliquant son revers par l'occupation et la colonisation israéliennes.
 
Salam Fayyad aura toutefois contribué à relancer et à normaliser l’économie des territoires pour les rendre moins dépendantes des aides internationales tout en luttant contre l’inertie et la corruption qui gangrenaient l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Les Palestiniens découvrent alors un homme indépendant, pragmatique et modéré, qui n’a jamais appartenu à des partis adeptes de la lutte armée contre Israël, comme le fût le Fatah ou l’est toujours le Hamas. Un profil atypique pour un dirigeant palestinien qui lui vaut, déjà à l’époque, des inimitiés au sein du mouvement de Mahmoud Abbas.

Lâché par le Fatah 

L'analyse du politologue Khattar Abou Diab

Malgré les réformes conduites par le Premier ministre et la relative reprise économique dans les Territoires palestiniens (en 2009, la Cisjordanie a enregistré un taux de croissance de 7 %), l'Autorité palestinienne reste tributaire de l’aide internationale. Et, en 2012, les démarches du président Abbas pour obtenir l'accession de la Palestine au statut d'État à l'ONU, une initiative à laquelle on le disait réticent, entraînent des sanctions financières israéliennes et américaines, partiellement levées depuis la récente visite du président Obama, qui ralentissent sensiblement l’économie locale. D’autant plus que le non-versement de l'aide promise, en particulier par les pays arabes, lui complique encore plus la tâche et creuse les déficits.
 
Le Premier ministre est alors accusé de ne pas avoir anticipé cette détérioration économique et apparaît de plus en plus isolé face à la grogne sociale en Cisjordanie qui prend de l’ampleur en septembre 2012. Devenu impopulaire à cause de sa politique d’austérité visant à assainir les finances palestiniennes, Salam Fayyad est alors considéré comme le premier responsable de la crise financière qui sévit. La semaine dernière, le Conseil révolutionnaire du Fatah, qui n’a jamais accepté la nomination d’un homme n’appartenant pas à ses rangs au poste de Premier ministre, avait fustigé "la politique du gouvernement palestinien (de M. Fayyad) empreinte d'improvisation et de confusion sur de nombreux sujets financiers et économiques".
 
Un lâchage en bonne et due forme qui alimente un peu plus le ressentiment de la population à son égard. "Cette démission est une réponse aux exigences du Fatah et aux revendications populaires qui se sont exprimées dans les grands mouvements de masse contre le gouvernement", a affirmé, ce dimanche, à l'AFP, le secrétaire général du Conseil révolutionnaire du Fatah, Amine Maqboul.
 
Après l’annonce de la démission de Salam Fayyad, le Hamas, pour une fois d’accord avec ses rivaux du Fatah, a accusé l'ex-Premier ministre d’avoir "criblé le peuple palestinien de dettes". Avec la rue et les deux principales forces politiques locales contre lui, celui-ci ne pouvait que passer la main.
 

 

Première publication : 14/04/2013

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