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Amériques

Affaire Tapie : "La culpabilité de Christine Lagarde serait catastrophique"

© AFP

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Aude MAZOUÉ

Dernière modification : 18/04/2013

La directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui est convoquée fin mai par la Cour de justice de la République (CJR) pour s'expliquer sur son rôle dans l'affaire Tapie/Crédit lyonnais, se montre sereine. Contrairement à certains observateurs.

L’enquête sur l’affaire Tapie/Crédit lyonnais s’accélère. La directrice du FMI Christine Lagarde, dont le domicile a été perquisitionné en mars dernier, sera auditionnée fin mai par la Cour de justice de la République (CJR) pour s'expliquer sur le rôle qu’elle a tenu dans cette affaire. Son avocat, maître Yves Repiquet, a confirmé que Christine Lagarde était bien convoquée, une information révélée la veille par Mediapart. Le site d’investigation annonce également que l'audition devrait avoir lieu le 23 mai.

On reproche à celle qui était alors la ministre de l’Économie sous Nicolas Sarkozy d’avoir

Qu'est-ce que la CJR ?

La Cour de justice de la République (CJR) désigne la juridiction compétente pour juger les membres du gouvernement pour les crimes et délits commis dans l’exercice de leur fonction. Elle a été créée par la révision constitutionnelle du 27 juillet 1993 suite à l'affaire du sang contaminé et à la multiplication des affaires politico-financières sous la présidence de François Mitterrand. Elle est composée de douze parlementaires élus, qui viennent pour moitié de l’Assemblée nationale et pour moitié du Sénat, et trois magistrats professionnels, dont l’un préside la Cour de justice de la République.

Depuis la création de la CJR, on compte une dizaine de décisions dont une sur l’affaire du sang contaminé. L’ancien Premier ministre Laurent Fabius, et les anciens ministres Georgina Dufoix et Edmond Hervé, étaient accusés d’homicides involontaires et d’atteintes involontaires à l’intégrité physique. Seul le troisième sera reconnu coupable - mais dispensé de peine - dans un arrêt du 9 mars 1999.

Plus récemment, le 30 avril 2010, la Cour a condamné Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, à la peine d’un an d’emprisonnement avec sursis pour des faits de recel d’abus de biens sociaux.

réglé par un arbitrage privé un litige judiciaire concernant la revente en 1993 par le Crédit lyonnais d'Adidas, alors contrôlé par l'homme d'affaires Bernard Tapie. Visée depuis l'été 2011 par une enquête portant sur des chefs de "complicité de faux" et de "complicité de détournement de fonds publics", Christine Lagarde, pourra, à l'issue de son audition, être entendue comme témoin assisté ou mise en examen.

"Rien de nouveau sous le soleil"

Pour Christine Lagarde, l’audition n’est pas une surprise. "Il n'y a rien de nouveau sous le soleil [...]", modère la directrice du FMI. "Cela ne change rien à ma détermination, à ma concentration et à mon enthousiasme", a-t-elle poursuivi jeudi tout en ajoutant qu'elle avait "hâte" de répondre à la convocation de la justice.

Même son de cloche chez l’avocat de la directrice du FMI. L’audition sera, selon lui, l’occasion pour sa cliente "d'apporter pour la première fois à la Commission [d'instruction de la CJR] les explications et précisions qui l'exonèrent de toute responsabilité pénale". Il avance, en outre, que sa cliente avait même pris certaines dispositions dans le but d’être auditionnée. "Pour pouvoir être ainsi entendue, madame Lagarde avait souhaité, dès décembre 2011, que le conseil d'administration du FMI lève à cette fin l'immunité attachée à sa fonction", a-t-il ainsi révélé.

Mediapart estime, "de très bonnes sources", que la mise en examen de la patronne du FMI est "inéluctable". Une issue qui semble également très probable à Stéphane Bonifaci, avocat en droit pénal des affaires. "La majorité des auditions se soldent par une mise en examen", explique-t-il dans un entretien accordé à FRANCE 24.

Pour le juriste, la nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI a surtout été un pari périlleux. "Même si elle présentait d’importantes qualités pour occuper le poste, le conseil d’administration du FMI, qui avait été informé de l’affaire avant sa nomination, a pris un risque important", estime l'homme de loi. Un risque d’autant plus important que sa nomination intervenait après le scandale de son prédécesseur Dominique Strauss-Kahn, contraint à la démission après l'affaire du Sofitel.

"Lourd discrédit"

Difficile de dire pour l’heure si Christine Largarde démissionnera dans le cas d’une mise en examen. "En France, il est de tradition de démissionner quand se produit ce cas de figure car une mise en examen signifie que le juge d’instruction détient des indices graves et concordants, assure Stéphane Bonifaci. Si la chef du FMI ne démissionne pas, on peut toutefois aisément imaginer que la question de son départ aura été sérieusement soulevée au sein du FMI." Selon le site du journal "Les Échos", l'ancienne ministre n'envisage pas de démissioner.

Le Fonds monétaire international n’a pas souhaité, pour l’heure, faire de commentaires. "Le comité exécutif a été mis au courant de cette affaire, y compris récemment, et continue à exprimer sa confiance dans la capacité de la directrice générale à mener à bien ses missions", a toutefois déclaré mercredi soir un porte-parole du FMI. 

Pour Douglas Yates, professeur en sciences politiques à l’American graduate School à Paris, la culpabilité de la chef du FMI se révèlerait "catastrophique" pour la France.  "L’affaire DSK étant encore présente dans tous les esprits, cela jetterait un lourd discrédit non sur le FMI mais sur la politique française", assure le professeur américain à FRANCE 24.

Selon les observateurs, la culpabilité de Christine Lagarde pourrait remettre en cause l’accord tacite en vigueur en vertu duquel le FMI doit être géré par un État européen et la Banque mondiale par un État américain.

Première publication : 18/04/2013

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