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Afrique

Qui se cache derrière l'attaque contre l'ambassade de France à Tripoli ?

© @Eh4b10 (Twitter)

Vidéo par Peggy BRUGUIÈRE

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 24/04/2013

Une attaque à la voiture piégée a frappé l'ambassade de France à Tripoli, faisant au moins deux blessés. Un attentat qui pourrait être le fait de l'une des centaines de milices libyennes ou de groupes islamistes radicaux.

"La France attend des autorités libyennes que toute la lumière soit faite sur cet acte inacceptable." Quelques heures après l'attentat à la voiture piégée qui a frappé l'ambassade de France à Tripoli, blessant deux gendarmes, le président François Hollande a assuré que tout serait mis en œuvre, en collaboration avec l'État libyen, pour connaître les circonstances de cette attaque et en juger les responsables. Qui est à l'origine de l'attentat ? Pourquoi les intérêts français ont-ils été visés ? Éléments de réponses.

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Karim Émile Bitar, directeur de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), suggère deux pistes principales : celle des nostalgiques de Mouammar Kadhafi cherchant à "punir la France" pour son intervention ayant conduit, en 2011, à la chute de son régime, et celle des islamistes qui souhaitent, eux, "punir Paris" pour son opération militaire contre des mouvements islamistes au Mali.

Des centaines de milices libyennes

Dix-huit mois après la chute du régime de Mouammar Kadhafi, les autorités centrales n'ont pas encore repris le contrôle du territoire libyen. "L'État est encore très loin d'avoir retrouvé le monopole de la violence légitime, explique Karim Émile Bitar. Il existe des centaines de milices locales qui se servent de la force pour intimider les étrangers mais aussi les citoyens, les députés ou les ministres. Ces groupes veulent imposer leurs désidératas économiques, idéologiques, sécuritaires... Tous les responsables politiques libyens sont soumis à la pression de ces miliciens, parfois des gamins de 16 ans avec des kalachnikovs..."

Le fait que cette attaque intervienne en plein centre de Tripoli, la capitale, est "symbolique", ajoute ce spécialiste du monde arabe. "Cela montre que le nouvel État libyen peut encore être frappé au cœur."

Mathieu Pellerin, gérant du Centre d'intelligence stratégique sur le continent africain (CISCA), confirme la faiblesse du pouvoir libyen et l'insécurité qui règne dans le pays. "Il y a un véritable morcellement de l'État, avec des poches de pouvoir éparses sur le territoire, explique-t-il. Depuis la chute de Kadhafi, le pays fonctionne quasiment comme un système fédéral. Des villes comme Misrata ou Benghazi ne cessent de rogner sur les prérogatives de l'État central et, bien souvent, ce sont les Frères musulmans qui sont à l'œuvre à la tête de milices. Les libéraux et les réformistes de l'ère Kadhafi sont peu à peu mis sur la touche. À Tripoli, celui qui assure la sécurité intérieure du pays, Abdelhakim Belhadj, est lui-même un ancien chef de milice, proche des Frères musulmans, qui entretient des relations troubles avec les groupes radicaux. Tout ceci fait que la sécurité n'est absolument pas assurée en Libye, sauf à s'attirer les faveurs des milices".

Les menaces de groupes islamistes

Si des miliciens libyens ne sont pas responsables de cet attentat, il peut aussi être le fait de militants islamistes agissant en représailles à l'opération militaire française au Mali voisin, dont le Parlement français a approuvé, lundi 22 avril, le prolongement.

Après l'attentat contre l'ambassade américaine à Benghazi le 11 septembre 2012, des groupes islamistes radicaux appartenant à la mouvance salafiste djihadiste avaient déjà, en effet, été pointés du doigt. Adib Benchérif, chercheur à l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la chaire Raoul-Dandurand (Canada), évoque notamment dans un rapport deux groupes en particulier, "les Brigades du cheikh emprisonné Omar Abdul Rahman" et "Ansar al Charia".

Vendredi, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a par ailleurs de nouveau menacé Paris de représailles pour son intervention au Mali. "Repousser l'agression de la France est une obligation pour chaque musulman, pas seulement pour Al-Qaïda", a déclaré un porte-parole du réseau terroriste sur Twitter. D'autres groupes djihadistes, dont le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), avaient auparavant menacé les intérêts français.

"On ne peut que s'étonner de la concomitance entre les menaces d'Aqmi vendredi dernier et cet attentat à Tripoli, constate Mathieu Pellerin. Depuis plusieurs mois, de nombreux djihadistes sont venus en Libye depuis le Mali. Si ce ne sont pas eux qui sont derrière cette attaque, il peut tout à fait s'agir de djihadistes venus d'Algérie ou de djihadistes locaux qui entretiennent des relations étroites avec Aqmi. Il y a, en tout cas, tout lieu de croire que cet attentat est lié à l'intervention française au Mali."

"Il y a des partisans d'Al-Qaïda en Libye, mais aucun élément n'indique pour l'instant que ces sympathisants se sont organisés et sont derrière cet attentat, précise de son côté Karim Émile Bitar. Il peut s'agir de groupes islamistes indépendants."

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Pas de sentiment anti-français

Ces hypothèses s’inscrivent "dans un éventail de possibilités", rappelait toutefois Adib Benchérif en septembre. "Le théâtre libyen est à présent particulièrement éclaté. De nombreux groupes et milices armés se sont constitués et ont pu bénéficier du déferlement d’armes consécutif à l’effondrement du régime de Kadhafi."

Cet attentat contre l'ambassade de France pose d'autant plus de questions qu'il ne traduit pas un rejet global des intérêts français en Libye. L'opération de l'Otan, initiée par le président Nicolas Sarkozy et menée contre les forces de l'ancien Guide de la révolution, avait été très largement saluée par les Libyens. "La France est toujours bien perçue par la population, assure ainsi Karim Émile Bitar. Une commission parlementaire française est présente dans le pays ; elle a été bien accueillie. Le milieu des affaires et les responsables politiques lui ont déplié le tapis rouge."

"Il n'y a pas du tout de sentiment anti-français à Tripoli", confirme, quant à elle, la correspondante de FRANCE 24 à Tripoli, Marine Casalis.

 

Première publication : 23/04/2013

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