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Merah et Tsarnaev, les loups solitaires du djihadisme

© AFP

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 23/04/2013

Les auteurs soupçonnés de l'attentat de Boston, la semaine dernière, ne sont pas sans rappeler le cas de Mohamed Merah qui a tué sept personnes à Toulouse et Montauban en mars 2012. Un profil de terroriste islamiste d’un genre nouveau est né.

La comparaison est tentante : d’un côté, les frères Tsarnaev, soupçonnés d’avoir commis l'attentat de Boston le 15 avril. De l’autre, Mohamed Merah, qui a tué, en mars 2012, sept personnes au cours de trois attaques à Toulouse et Montauban. Au fur et à mesure que l’enquête du FBI avance, le profil établi des suspects de Boston fait étrangement écho, sur certains aspects, à celui du "tueur au scooter".

Si on ne dispose, pour l’heure, que de maigres informations sur les frères Tsarnaev, il est tout de même possible de relever quelques similitudes avec Mohamed Merah, note Jean-Marie Pontaut, co-auteur de "Affaire Merah : l’enquête". "Tout comme le tueur au scooter, les auteurs soupçonnés de l'attentat de Boston peuvent être considérés comme des djihadistes qui se sont auto-radicalisés, en s’appuyant non pas sur une organisation islamiste mais sur des informations relayées par les sites Internet djihadistes", note-t-il.

Avant de passer à l'acte, Mohamed Merah s'est rendu dans des camps d’entraînement au Pakistan et en Afghanistan dès 2010. Du côté des Tsarnaev, le frère aîné âgé de 26 ans a eu un parcours similaire, ajoute Jean-Marie Pontaut. C’est à la suite d’un voyage de cinq mois au Daguestan, en 2012, que son idéologie s’est durcie et que ses pratiques sont devenues plus fanatiques. C’est alors qu’il met en ligne, sur YouTube, des vidéos de prêcheurs extrémistes. "Pour chacun, leur séjour fait office de formation avant de passer à l’acte", précise Jean-Marie Pontaut qui parle d’une "nouvelle génération de terroristes".

Influence du frère aîné

Mais il existe d’autres caractéristiques communes entre ces loups solitaires. Si ni les Tsarnaev, originaires du Daguestan, ni Merah, Français d'origine algérienne, ne revendiquent de lien avec une organisation terroriste, les attaques de Toulouse et Boston sont l’œuvre d’une complicité fraternelle, note Leela Jacinto, spécialiste de politique internationale à FRANCE 24. Il ne fait aucun doute que le frère cadet des Tsarnaev, âgé de 19 ans, Dzhokhar, "était influencé par son frère et son idéologie destructrice", précise-t-elle. Inculpé lundi 22 avril dans l'attentat de Boston, le jeune frère, étudiant à l’université de Dartmouth dans le Massachussetts, a accusé son aîné d’en être responsable parce qu'il "voulait empêcher l'islam d'être attaqué", selon une source gouvernementale citée par CNN.

Tout comme Dzokhar, Mohamed Merah avait un grand frère bien plus radical que lui. Surnommé Kader par sa famille, Abdelkader Merah a été mis en examen pour complicité dans les sept assassinats commis par son frère en mars 2012, mais nie formellement ces accusations. Pour autant, l’aîné de la fratrie, Abdelghani Merah, a dénoncé, dans un livre publié en novembre 2012, "Mon frère, ce terroriste", la mauvaise influence d'Abdelkader sur Mohamed. Il parle de lui comme "la tumeur" qui "est pour beaucoup", selon lui, à l’origine de la dérive meurtrière du petit dernier.

Pas repérés par la police

Les frères Merah avaient d’ailleurs fait l’objet d'une surveillance suivie avant le drame de Toulouse, sans pour autant être repérés. Mohamed Merah était fiché depuis 2006 parce qu’il fréquentait les milieux djihadistes, ce qui ne l’aura pas empêché de voyager au Pakistan et en Afghanistan sans être inquiété car pour la police, son profil correspondait plus à celui d’un petit délinquant (il a fait de la prison en 2008 et 2009). Trois mois avant les assassinats de Montauban et Toulouse, la surveillance a même été relâchée. Abdelkader Merah était, lui, fiché dès 2007 comme membre de la mouvance islamiste radicale. Outre-Atlantique, les deux auteurs présumés de l’attentat de Boston ont également échappé aux radars du FBI. Les autorités russes leur avaient demandé dès 2011 d'enquêter sur les agissements de Tamerlan Tsarnaev, sur ses liens avec des groupes salafistes et djihadistes du Caucase et des États-Unis. Mais la police fédérale américaine avait annoncé que les vérifications sur ses voyages à l'étranger, ses activités sur Internet et son réseau de connaissances n'avaient pas permis de conclure, à l'époque, à des "activités terroristes".

Il ne s’agit pas d’erreurs des services secrets, estime Jean-Marie Pontaut. "Ni Merah, ni les Tsarnaev n’avaient commis d’actes répréhensibles qui auraient pu justifier une surveillance accrue", indique-t-il. "Ils sont moins repérables car ils se mêlent à la population". À son retour d’Asie, Merah s’est fait discret dans le quartier des Izards. Le voisinage décrivait le jeune homme comme gentil calme et respectueux, n'ayant pas l’apparence d’un "barbu". Le cadet des Tsarnaev avait également réussi son intégration puisqu’il a obtenu la naturalisation l’an passé, ce qui n'était pas le cas de son aîné.

Comment alors prévenir ce genre d'attaques ? Une surveillance permanente des cas suspects est illusoire. "Ils sont tout simplement trop nombreux", estime Jean-Marie Pontaut. "Face à la surveillance dont elle fait l'objet, Al-QaÏda en Occident peine à monter des réseaux, explique-t-il. Ce qui explique cette émergence d'un terrorisme plus individuel". Mais cette nouvelle forme de terrorisme pourrait en inspirer d'autres.

Première publication : 23/04/2013

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