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Afrique

Élections locales : "La population ivoirienne est lasse des crises à répétition"

© AFP

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 24/04/2013

Au lendemain des élections locales, des violences ont éclaté dans plusieurs villes ivoiriennes. Pour Christian Bouquet, spécialiste de géopolitique africaine, le scrutin s'est toutefois déroulé dans un climat relativement apaisé.

Des violences ont éclaté ces derniers jours dans plusieurs villes du pays, à l’annonce des premiers résultats des élections municipales et régionales de dimanche 21 avril. Ces affrontements ont opposé des partisans des différents partis en lice dans ces scrutins. 

Malgré ces incidents, ces élections locales, qui ont été marquées par le boycott du parti de l'ancien président Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), se sont déroulées dans le calme. Pour Christian Bouquet, professeur de géographie politique à l'Université Bordeaux 3 et auteur du "Désespoir de Kourouma", une étude consacrée à la Côte d'Ivoire, deux ans après la fin de la crise postélectorale qui a fait 3 000 morts, les Ivoiriens sont lassés des tensions politiques.
 
FRANCE 24 : Des violences ont éclaté ces derniers jours en Côte d’Ivoire, après les élections locales. Doit-on s’inquiéter de ces tensions ?
 
Christian Bouquet : Il y a eu effectivement des violences à Yamoussoukro, la capitale politique, ainsi que dans certains quartiers d’Abidjan. À Koumassi notamment [dans le sud d’Abidjan, NDLR], on parle d’au moins un mort et la tension n’est pas encore retombée. Il va peut-être s'avérer nécessaire de réorganiser le vote dans certains endroits car des urnes ont été brûlées, mais ces incidents sont très localisés. La campagne a été relativement calme. On a senti une certaine indifférence. On ne connaît pas encore les chiffres exacts de la participation, mais ils s'annoncent faibles. La participation est généralement moins importante lors des élections locales que lors des élections nationales.
 
F 24 : Quel impact a eu l’appel au boycott émis par le parti de l’ex-président Laurent Gbagbo, le Front Populaire Ivoirien (FPI) ?
 
C. B. : Les boycotts n’ont pas beaucoup d’influence. C’est une arme anachronique. Je ne sais pas pourquoi des partis africains y ont encore recours. Le parti de Gbagbo a appelé au boycott, mais certains de ses membres se sont toutefois présentés sous une étiquette d’indépendant. Ce qu’il faut regarder de près, c’est le délitement de l’alliance gouvernementale du RHDP [le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix qui regroupe le Rassemblement des républicains (RDR) du président Alassane Ouattara et le parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) de l’ex-chef de l’État Henri Konan Bédié, NDLR]. Certains dissidents ont profité du boycott pour se lancer individuellement dans la bataille électorale. Par exemple, le secrétaire général du RDR Soumahoro Amadou aurait été battu aux municipales par un dissident du PDCI [dans la ville de Séguéla, NDLR]. Mais le RHDP aurait quand même obtenu cinq régions sur douze.
 
F 24 : Comment s’annoncent les présidentielles de 2015, au vu du calme qui a régné au cours de ce scrutin ?
 
C.B. : On ne peut pas encore tirer de conclusion car une grande ambiguïté demeure autour de ces différents scrutins. On ne sait pas combien de temps le FPI va rester sur sa position. Ses membres réclament toujours une amnistie, la libération de Gbagbo et même parfois un recomptage des voix de la présidentielle de 2010. Tant qu’ils resteront enfermés dans cette posture, nous ne pourront pas nous permettre de faire des prévisions pour 2015.
 
F 24 : Le président Ouattara a-t-il réussi à calmer les tensions ?
 
C.B. : Le calme qui a régné pendant le scrutin est surtout la conséquence d’une certaine lassitude de la population ivoirienne après la succession de crises depuis le coup d’État de 1999. Il y a eu beaucoup de morts. Je crois que cette population n’a plus vraiment l’intention d’en découdre et elle veut s’éloigner des zones de turbulence. Ouattara a, bien sûr, apaisé les tensions par son calme et surtout par le fait qu’il a promis un redressement économique et social du pays, et aussi en assurant des emplois aux jeunes qui ne seront plus tentés de retourner dans la milice ou dans la rébellion. C’est plutôt un bon président mais il tire surtout partie d’un climat de lassitude généralisé.

 

Première publication : 24/04/2013

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