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Moyen-orient

Armes chimiques en Syrie : "la ligne rouge" d'Obama est-elle un écran de fumée ?

© AFP

Vidéo par François GOULIN

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 27/04/2013

Washington a reconnu à demi-mot l'utilisation d'armes chimiques par le régime d'Assad, ce que le président Obama a qualifié de "ligne rouge" à ne pas franchir sous peine de donner lieu à une intervention militaire. Une option qui, déjà, fait débat.

Le régime de Bachar al-Assad semble avoir franchi la fameuse "ligne rouge" fixée par Washington concernant l’utilisation ou le déplacement d’armes chimiques en Syrie. C’est en tous cas ce que laisse entendre la Maison Blanche dans une lettre envoyée à plusieurs membres du Congrès, jeudi 25 avril, indiquant que "la communauté des renseignements américains [avait] conclu, avec un certain degré de certitude, que le

ARMES CHIMIQUES : UN MINISTRE SYRIEN ACCUSE LONDRES ET WASHINGTON DE "MENSONGE éHONTé"

Le ministre syrien de l'Information, Omrane al-Zohbi, a accusé samedi les États-Unis et la Grande-Bretagne de "mensonge éhonté" à propos de l'éventuelle utilisation d'armes chimiques en Syrie, dans une interview à la chaîne de télévision russe RT.

"Les déclarations du secrétaire d'État américain et du gouvernement britannique ne correspondent pas à la réalité et sont un mensonge éhonté", a déclaré le ministre syrien dans cette interview publiée en anglais sur le site de RT.

"Je tiens à insister une fois de plus sur le fait que la Syrie n'utiliserait jamais (d'armes chimiques), pas seulement parce qu'elle respecte la législation internationale et les règles d'une guerre, mais en raison de problèmes humanitaires et moraux", a ajouté M. al-Zohbi. (AFP)

régime syrien [avait] utilisé des armes chimiques à petite échelle".

La missive a de quoi surprendre. Car, en évoquant cette possibilité pour la première fois, les États-Unis pourraient ouvrir la voie à une intervention militaire internationale. C’est du moins ce qui avait été évoqué en août 2012. "Jusqu'ici, je n'ai pas donné l'ordre d’intervenir militairement" en Syrie, avait alors déclaré Barack Obama depuis la Maison Blanche. Mais, "si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation. Il y aurait des conséquences énormes", avait-il ajouté. Une menace que le président américain a reprise plus récemment, lors de son voyage en Israël en mars dernier.

Toutefois, ce vendredi 26 avril, le président des États-Unis a promis "une enquête très solide" pour évaluer l'utilisation - ou non - d'armes chimiques par le régime syrien, preuve que Washington ne dispose pas encore de renseignements suffisants permettant de confirmer totalement ses soupçons. "Nous œuvrons à établir des faits dignes de fois et recoupés", avait déclaré un peu plus tôt Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche.

Sommes-nous donc à l’aube d’une intervention militaire internationale ? Selon un haut responsable américain, "toutes les options" sont désormais sur la table. "Nous allons consulter de près nos amis et alliés, et de façon plus large la communauté internationale ainsi que l'opposition syrienne, pour déterminer quelle serait la meilleure façon d'agir", a-t-il expliqué jeudi lors d'une conférence de presse téléphonique.

Franchir la ligne rouge met les Occidentaux "dans l’embarras"

Mais les États-Unis et leurs alliés sont loin d’afficher motivation et détermination à intervenir sur le terrain. Le franchissement de cette ligne rouge est "très embarrassant" pour les Occidentaux, explique à FRANCE 24 Mohamed Ajlani, professeur de sciences politiques et de relations internationales au Centre d'études diplomatiques et stratégiques (CEDS). "Les Américains sont gênés car obligés d’agir mais ils sont également dans l’amertume. L'une des raisons principales est que les décisionnaires américains sont encore sous le choc des échecs relatifs de leurs deux dernières interventions en Irak et en Afghanistan", estime-t-il.

Et, de fait, les menaces de sanction américaines, Mohamed Ajlani n’y croit que très peu. "Selon moi, cette ligne rouge est un écran de fumée qui a servi à cacher la paralysie américaine depuis le début du conflit syrien. À force de ne pas vouloir heurter les Russes, les Chinois ou encore les Iraniens, les Américains s’enfoncent dans un immobilisme qui profite au régime de Bachar al-Assad", lance-t-il.

Selon David Reeths, directeur d'IHS Jane's Consulting, une firme américaine spécialisée dans les questions de défense, cette nouvelle donne ne doit pas non plus conduire à une intervention militaire impulsive. "Les opérations d'élimination des armes de destruction massive sont extrêmement complexes et nécessitent certainement une présence significative dans le pays durant une longue période", prévient-il.

David Cameron ne croit pas à une intervention militaire

"Il est peut-être encore un peu tôt pour tirer des conclusions de ces déclarations"

À Londres, le chef du gouvernement britannique, David Cameron, a, quant à lui, fait part de son scepticisme concernant l’envoi de troupes en Syrie, même s’il estime que l'usage d'armes chimiques par le régime syrien est "extrêmement grave" et constitue "un crime de guerre". "Je ne le veux pas et je ne pense pas [qu’une intervention militaire sur le terrain] ait des chances de se produire. Nous pouvons, en revanche, augmenter la pression sur le régime, travailler avec nos partenaires, travailler avec l'opposition afin de trouver la bonne solution", a-t-il déclaré.

"J'ai toujours été désireux d'en faire plus", a-t-il poursuivi. "La question est : comment augmenter la pression ? Selon moi ce qu'il faut faire, et nous le faisons déjà en partie, c'est former cette opposition, travailler avec ses membres, les entraîner, les conseiller, les aider afin de faire pression sur le régime, pour y mettre un terme", a ajouté le Premier ministre britannique.

L’opposition, l’ONU et l’Europe demandent une enquête sur le terrain

Des actes jugés insuffisants par l'opposition syrienne qui a réclamé, ce vendredi, l’envoi d’agents de l’ONU en Syrie afin de récupérer les preuves irréfutables de l’utilisation d’armes chimiques. Un appel relayé par l’Union européenne : "Nous espérons une enquête des Nations unies sur le terrain. (...) Il nous faut des éléments de preuve car, pour l'instant, ce n'est pas clair ", a déclaré Michael Mann, le porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton.

Du côté de l’ONU, le secrétaire général, Ban Ki-moon, continue de demander à Damas l’autorisation d’envoyer une délégation sur le terrain. Dans le cas d’un feu vert de Bachar al-Assad, la mission d'enquête serait "prête à se déployer dans les 24 à 48 heures", selon un porte-parole des Nations unies. Le régime syrien ne semble, cependant, pas enclin à abonder dans ce sens, Damas et l'opposition armée s'accusant mutuellement depuis des semaines d'avoir employé ce type d'armes chimiques.

Première publication : 26/04/2013

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