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Economie

L'austérité accusée de nuire gravement à la santé

© AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 30/04/2013

Dans un ouvrage à paraître le 21 mai, deux chercheurs accusent les politiques d’austérité menées en période de récession d’être responsables de la mort de milliers voir de millions de personnes. Ils appellent à un virage économique à 360°.

C’est peut-être le premier livre noir de l’austérité. Si la casse sociale engendrée par les politiques de rigueur en période de récession n’est plus à démontrer, deux scientifiques vont plus loin et affirment que l’austérité tue. Littéralement. C’est d’ailleurs le titre de l’ouvrage du professeur d’économie politique à Oxford David Stuckler et de l’épidémiologiste de Stanford Sanjay Basu, “The Body Economic: Why Austerity Kills” qui doit paraître le 21 mai en Grande-Bretagne.

En passant au crible 100 ans de politique économique à travers le monde, ces deux chercheurs veulent mettre en évidence l’impact potentiellement mortel des plans d’austérité, surtout en période de récession. Ils ont ainsi comptabilisé plus de 10 000 cas de suicides en Europe et aux États-Unis depuis le début de la crise de 2008 qu’ils imputent aux efforts d’assainissements budgétaires qui ont cours des deux côtés de l’Atlantique.

Plus généralement, les coupes franches dans les programmes sociaux qui sont monnaie courante en période d’austérité entraînent une détérioration du niveau de santé des populations les plus fragilisées, “une augmentation des cas de dépression et d’alcoolisme”, note les deux auteurs. “En Grèce, les cas d’infection au virus du sida (VIH) ont augmenté de 200 % ces dernières années", précise à FRANCE 24 David Stuckler. L'arrêt d'un programme de lutte contre les moustiques dans le sud du pays a, pour sa part, entraîné le retour de la malaria, une maladie disparu depuis près de 40 ans.

Autre temps, mêmes symptômes : en Thaïlande, lorsque le FMI avait imposé l’austérité au pays dans les années 1990, le nombre de personnes atteintes par le virus du sida a également explosé. La rigueur qui a accompagné, à la même époque, la privatisation tous azimuts en Russie aurait, d’après eux, causé la mort de près d’1 million de personnes.

"Autre politique possible"

“Le lien entre coupe budgétaire et dégradation de la santé peut paraître évident, mais il nous semblait important de le souligner tant les discussions actuelles autour des déficits semblent s’intéresser essentiellement à la bonne santé des marchés et ignorent l’impact sanitaire et humain des politiques de rigueur”, souligne David Stuckler.

Mais de là à transformer l’austérité en tueur en série ? Après tout, la récession et l’augmentation du chômage peuvent être des facteurs d'explication suffisant. Non, répond David Stuckler. “La récession peut fragiliser la situation des personnes, mais ce sont les politiques menées pour y faire face qui sont les déclencheurs”, assure cet économiste.

Il en veut pour preuve l’exemple islandais. “Face à la pire récession de leur histoire en 2009, les Islandais ont refusé l’austérité, ont même augmenté les programmes d’accompagnement des chômeurs et n’ont pas connu d’aggravation des problèmes de santé”, rappelle David Stuckler. Même chose en Europe de l’Est où la Biélorussie n’a pas appliqué la même thérapie de choc budgétaire que la Russie dans les années 1990. “On n’y a pas, contrairement à la Russie, observé de hausse du nombre de suicide”, remarque-t-il.

Mais le livre ne se contente pas de constater l’ampleur des dégâts. “Une autre politique est possible même en période de récession comme en Europe”, affirme David Stuckler. En se référant au cas islandais ou même suédois, les deux auteurs en appellent à un “new new deal”. “L’État devrait en premier lieu, comme un médecin, poser comme principe de ne pas faire du mal à ces citoyens”, souligne David Stuckler qui précise que les épidémies et autres problèmes de santé publique ont tous un coût non négligeable. Ensuite, les politiques économiques doivent investir davantage dans des programmes de retour à l’emploi et dépenser plus pour la santé car “un euro dépenser dans ce secteur, ce sont trois euros en plus pour l’économie”, conclut David Stuckler.

Première publication : 30/04/2013

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