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Afrique

Gilles Le Guen, un marin breton devenu djihadiste

Vidéo par Serge Daniel

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 01/05/2013

Converti à l'islam depuis 30 ans, Gilles Le Guen, devenu Abdel Jelil, s’est radicalisé au fil de ses voyages en Afrique. Depuis 2011, il vivait à Tombouctou avec sa famille où il vient d'être arrêté. Portrait d’un djihadiste atypique.

Il était probablement le djihadiste français le plus recherché par Paris. Gilles Le Guen, quinquagénaire breton converti de longue date à l'islam, a été capturé par les forces françaises dans la région de Tombouctou, au Nord-Mali, dans la nuit du 28 au 29 avril. Remis aux autorités maliennes, il devrait être expulsé vers la France dans les prochains jours ou les prochaines semaines, selon la radio RTL, ce qui devrait permettre d’en apprendre davantage sur ce djihadiste qui se fait appeler Abdel Jelil.

Gilles Le Guen a commencé à faire parler de lui à l'automne 2012, lorsqu'il apparaît à visage découvert dans une vidéo diffusée par l'agence de presse mauritanienne Sahara Médias, relais médiatique privilégié des combattants extrémistes du Nord-Mali. Installé devant le drapeau noir des djihadistes, armé d’un fusil d’assaut, il met la France en garde contre toute intervention militaire au Mali. Une telle initiative "rendra notre lutte légitime comme celle de nos frères d'Afghanistan et de Palestine. Nous nous battrons jusqu'au bout", déclare-t-il alors.

Gilles Le Guen met en garde Paris contre l'intervention au Mali

Né en Loire-Atlantique aux alentours des années 1960, Gilles Le Guen a officié pendant plusieurs années dans la marine marchande après avoir obtenu son diplôme à la fin des années 1980. "Il aime beaucoup la mer, il en parle souvent", confie Serge Daniel, le correspondant de FRANCE 24 et de RFI à Bamako, qui l’a rencontré avant l’opération Serval lorsque Tombouctou était encore occupée par les islamistes.

"Un simple berger à moto"

Deux autres djihadistes français interpellés

Gilles Le Guen est le troisième Français converti au djihad, arrêté au Mali.

Le premier interpellé est un homme de 25 ans, Ibrahim Aziz Ouattara, à la double nationalité franco-malienne. Arrivé au Mali sous une fausse identité, il a été arrêté par les autorités du pays le 3 novembre à Sévaré dans le centre du Mali, avant d'être expulsé le 5 mars vers la France et placé en garde à vue. Il est poursuivi pour avoir cherché à rejoindre des groupes djihadistes opérant dans la région.

Depuis le lancement de l’opération Serval en janvier, l’armée française a, de son côté, procédé à l’arrestation d’un autre homme, Djamel (son nom n’a pas été rendu public), un Franco-Algérien de 37 ans ayant grandi à Grenoble. Il a été fait prisonnier aux côtés d’une demi-dizaine de djihadistes lors de violents combats début mars dans le massif de l'Adrar des Ifoghas, dans le nord du pays. Renvoyé en France, il a été mis en examen le 22 mars pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" et placé en détention provisoire.

Sa conversion à l’Islam remonte à 1985, période durant laquelle il aurait été employé par l’ONG Médecins sans frontières pour des missions logistiques, selon des informations de Slate.fr, qui cite un cadre de l'organisation.

C'est dans les années 2000 que Gilles Le Guen se radicalise progressivement en multipliant les voyages en Éthiopie, en Mauritanie et au Maroc où il tient une ferme pendant trois ans. "Je suis le chemin tracé par Oussama Ben Laden", a-t-il expliqué à propos de son parcours dans un entretien accordé à l’Express, en janvier dernier.

En 2011, celui-ci arrive au Mali et s’installe à Tombouctou où il vit avec son épouse et ses cinq enfants aujourd’hui âgés de quatre à douze ans. Quelques signes de radicalisation apparaissent alors chez lui : il donne l’une de ses filles encore adolescente en mariage à un djihadiste et suit un entraînement militaire.

Mais, pour Serge Daniel, il ne semblait pas être "un véritable doctrineur" : "Quand je l’ai rencontré, c’était un simple berger qui se déplaçait en moto, il élevait des chèvres et s’occupait de la distribution de l’énergie, notamment de l’électricité à Tombouctou", raconte-t-il.

Cherchait-il à se rendre ?

Après la diffusion de sa vidéo de menaces en octobre 2012, tout s’accélère. La France commence ainsi à découvrir Gilles Le Guen, qui se décrit comme "un marginal" rejetant "l’impérialisme" et "la société de consommation".

En janvier 2013, après le début de l'opération Serval, il est soupçonné d'avoir participé à la prise d'otages sur le site gazier d'In Amenas, en Algérie, mais aucune preuve ne permet d’établir son implication. Selon un policier spécialisé dans la lutte contre le terrorisme, sa participation est peu probable car il serait considéré comme un "élément peu fiable" par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

Les responsables de l’organisation terroriste l’ont d’ailleurs arrêté et placé en détention pendant plusieurs jours en novembre 2012. Mais la raison de son interpellation par Aqmi reste floue. Selon le magazine américain "Foreign Policy" cité par Slate.fr, Gilles Le Guen était soupçonné par les terroristes d’être un espion à la solde des Occidentaux. D’autres sources, en revanche, pensent qu’il a froissé les leaders d’Aqmi en voulant un jour empêcher plusieurs djihadistes de malmener un groupe de femmes dans les rues de Tombouctou encore sous occupation islamiste.

Ses relations avec Aqmi ne semblaient pas au beau fixe, à en croire également les informations de Serge Daniel. "Il n’était pas du tout en position de combat lorsque les forces françaises l’ont trouvé. Ce n’est pas un djihadiste au front qui a été arrêté, c’est un homme qui était plutôt fatigué. Je dirais même que c’était un fugitif, explique-t-il. Selon des sources sécuritaires maliennes, il cherchait même à se rendre…", précise-t-il.

Première publication : 01/05/2013

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