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Le gaz sarin, une arme de destruction massive

© AFP | Massacre d'Halabja, en Irak, le 20 mars 1988.

Texte par Perrine MOUTERDE

Dernière modification : 06/05/2013

Des armes chimiques ont-elles été utilisées en Syrie ? Plusieurs sources occidentales s’en disent désormais convaincues. Parmi ces armes figure le gaz sarin, un puissant neurotoxique 500 fois plus toxique que le cyanure.

Qu’est-ce que le gaz sarin ?

Substance inodore, incolore et volatile, le gaz sarin est l’un des poisons les plus toxiques au monde. Inventé en 1938 par des chimistes allemands qui le découvrent par hasard alors qu'ils travaillent sur de nouveaux pesticides, il fait partie de la dernière génération d’armements chimiques : il serait, selon les experts, 500 fois plus toxique que le cyanure et jusqu’à 30 000 fois plus toxique que le gaz moutarde. 

Quels symptômes provoque-t-il ?  

Le sarin attaque le système nerveux humain. Inhalée ou absorbée par la peau, une goutte de sarin – soit quelques milligrammes – provoque presque inévitablement la mort, qui survient de façon très rapide, en quelques minutes. Quand il ne tue pas, ce neurotoxique laisse des lésions et des séquelles neurologiques extrêmement graves. 

Les symptômes sont multiples : dilatation des pupilles, troubles nerveux et musculaires, difficultés respiratoires, vomissements, coma ou encore convulsions avant la mort par l’asphyxie. 

Depuis quand est-il interdit ?  

Après la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis et la Russie produisent du gaz sarin en grande quantité. Adoptée en 1991, la résolution 687 des Nations unies le classe en tant qu’arme de destruction massive. Elle interdit d'en produire et d'en posséder. Signée en 1993, la Convention sur l’interdiction des armes chimiques ordonne la destruction des stocks à travers la planète. 

Aujourd’hui, la Syrie est l'un des derniers États à ne pas avoir signé cette convention. En juillet 2012, le régime de Damas a reconnu, pour la première fois, posséder des armes chimiques. La Syrie est soupçonnée d’être le pays qui détiendrait l’arsenal le plus important et le plus avancé du Moyen-Orient. 

Concernant le gaz sarin, la Syrie en possède au moins des dizaines de tonnes. "Ce sont des stocks qui ont été fabriqués à l'intérieur du pays dans les années 1990", précise Olivier Lepick, spécialiste des armes chimiques et chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. 

Où est stocké le sarin syrien ?  

Selon le Centre d'études de sécurité internationale et de maîtrise des armements, les deux principaux sites de stockage seraient situés à Khan Abou Shamat, à l’est de Damas, et à Furqlus, près de Homs. Il existerait d’autres sites répartis sur le territoire syrien. 

Le gaz sarin doit être conservé dans des conteneurs hermétiques, à l'abri de la lumière et de toute variation de température. Il peut se dégrader très rapidement dans des conditions instables. Il peut aussi être conservé dans sa formule militarisée dans des vecteurs de dispersion (obus, missiles, etc). Sous cette forme, le sarin peut être stocké plusieurs années. 

Comment s'utilise-t-il ?  

Le sarin doit être mélangé à des précurseurs chimiques, généralement stockés séparément pour des raisons de sécurité. Les vecteurs de dispersion vont ensuite des obus d’artillerie aux roquettes, bombes aériennes et missiles équipés de têtes chimiques. Comme il n'a aucun goût, le sarin peut aussi être utilisé pour empoisonner de l’eau ou de la nourriture. 

Le sarin a-t-il déjà été utilisé ? 

Oui, à au moins trois reprises : 

  • Lors de la guerre Iran-Irak dans les années 1980. Dès 1983, le régime de Saddam Hussein utilise des armes chimiques contre l’armée iranienne mais aussi contre des populations civiles. 
     
  • Lors de l’opération Anfal, en Irak. Le 16 mars 1988, l’aviation irakienne largue des bombes chimiques contenant entre autres du gaz sarin et du gaz moutarde sur la ville d’Halabja, au nord du pays. Ces raids tuent environ 5 000 Kurdes et laissent au moins 65 000 personnes avec des séquelles multiples : problèmes respiratoires, maladies de la peau, cancers, malformations, infertilité...
     
  • Lors de l’attentat du métro de Tokyo de 1995. Le 20 mars de cete année-là, cinq membres de la secte religieuse japonaise Aum Shinrikyo dispersent du gaz sarin sous forme liquide dans des rames du métro. L’attentat tue 12 personnes et en blesse plusieurs milliers.

De quelles autres armes chimiques dispose la Syrie ?

Damas disposerait aussi d’agent VX, un gaz encore dix fois plus mortel que le sarin ; de gaz moutarde ou ypérite, utilisé pour la première fois lors de la Première Guerre mondiale ; et de tabun, un autre gaz neurotoxique très dangereux.

 

Première publication : 06/05/2013

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