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Moyen-orient

HRW condamne la vidéo d'un rebelle arrachant le cœur d'un soldat pro-Assad

© AFP

Texte par Marie MICHELET

Dernière modification : 14/05/2013

Une vidéo postée sur YouTube montre un homme en train d'arracher le cœur d'un cadavre d'un soldat pro-régime syrien avant de le porter à la bouche. La journaliste Sofia Amara raconte comment ce présumé rebelle lui a sauvé la vie il y a 18 mois.

En Syrie, l’horreur ne connaît plus de limites. Depuis samedi, une vidéo postée sur la plateforme de partage YouTube montre un homme faisant mine de manger le cœur d’un autre. Identifié comme le chef rebelle Abou Sakkar, ce dernier est filmé en train de découper le cœur et le foie d'un soldat en uniforme. Il profère des insultes contre les alaouites, confession du président Assad, et porte le cœur à sa bouche, avant que la vidéo ne s'interrompe brusquement.

"Nous jurons devant Dieu que nous mangerons vos cœurs et vos foies, soldats de Bachar le chien", dit-il. "Oh héros de Baba Amr, massacrez les alaouites et découpez leurs cœurs pour les manger".

Les images ont rapidement fait le tour de la Toile, suscitant leur lot de commentaires horrifiés. Lundi, l'organisation de défense des droits de l'Homme Human Rights Watch (HRW) a vivement condamné les actes de ce rebelle. Selon l'ONG, Abou Sakkar serait un chef rebelle de la Brigade indépendante al-Farouk formée en octobre 2012, l’une des premières formées par l’Armée syrienne libre et qui a notamment combattu à Homs dans le quartier de Baba Amr, bastion rebelle vivement réprimé par le régime fin 2011.

"L’homme que j’ai connu était charmant, adorable"

Dans son rapport, l’ONG précise que quatre journalistes internationaux ont fait savoir qu’ils avaient eu l’occasion de rencontrer le combattant lors de reportages. C’est également le cas de Sofia Amara, une journaliste franco-libanaise indépendante qui collabore régulièrement avec FRANCE 24 depuis plusieurs années.

"À la seconde où j’ai lancé la vidéo je l’ai reconnu, notamment grâce à sa voix et à ses vêtements", raconte-t-elle à FRANCE 24 au téléphone depuis Beyrouth. "Je l’ai rencontré dans le quartier de Baba Amr, à Homs, entre le 16 et le 24 décembre 2011, alors que je tournais un reportage pour Arte intitulé 'Syrie : Au cœur de l’armée libre'", poursuit-elle. "Il était tout le temps avec moi, c’était quelqu’un de charmant, d’avenant, d’adorable", se souvient la journaliste encore sous le choc. "Quand j’ai vu les images horribles, j’ai pleuré violemment, de rage, de voir comment toute humanité avait été tuée en lui près de 18 mois après notre rencontre".

Elle confirme qu’Abbou Sakkar faisait bien partie alors de la brigade al-Farouk, dont il était l’un "des plus jeunes combattants". "Quand on a couvert des conflits, on sait reconnaître les méchants, et je peux affirmer que cet homme n’en était pas un. Il m’a sauvé la vie en me protégeant des balles d’un sniper", raconte encore Sofia Amara.
Aux côtés de l’Armée syrienne libre, principale force armée de la rébellion et initialement formée d’officier déserteurs, coexistent aujourd’hui en Syrie une multitude de brigades, souvent formées de civils ayant pris les armes. Certains de ces bataillons sont formés de djihadistes comme le Front al-Nora.

Mais selon Sofia Amara, la brigade indépendante al-Farouk n’est pas d’obédience salafiste, malgré le drapeau qu’ils arborent sur leur site Web. "Mais on ne peut savoir s’ils se sont radicalisés par la suite. Quand j’étais avec ces hommes, ils n’ont montré aucun signe de radicalisme religieux : certains ne participaient même pas au cinq prières quotidiennes".

"Syrie ; Au coeur de l'armée libre", un reportage de Sofia Amara pour Arte. On peut y voir le rebelle Abou Sakkar à la minute 2,27.


L’opposition dénonce un "acte inhumain"

HRW précise qu’on ignore "si la brigade indépendante al-Farouk dépend du commandement de l'Armée syrienne libre", "mais la Coalition de l'opposition syrienne [principale instance d’opposition] et l'Armée syrienne libre devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour que ceux qui commettent des crimes de guerre répondent de leurs actes et pour empêcher de tels abus par quiconque se trouve sous leur commandement".

De son côté l'opposition a fermement dénoncé mardi l’acte qu’ellle a qualifié d’inhumain. "La Coalition de l'opposition condamne fermement cet acte, s'il s'avère vrai. La Coalition souligne qu'un tel acte est contraire aux valeurs morales du peuple syrien, de même que les valeurs et les principes de l'Armée syrienne libre (ASL)".

Mais pour Nadim Houry, responsable de la zone Moyen Orient à Human Rights Watch, "condamner n’est pas suffisant" de la part de l’opposition syrienne qui "doit agir fermement pour stopper ces exactions".

Dans son communiqué, l'organisation basée à New York appelle aussi toute partie le pouvant à "empêcher cette brigade d'obtenir des armes", et renouvelle son appel au Conseil de sécurité de l'ONU pour qu'il saisisse la Cour pénale internationale (CPI) de la situation en Syrie, afin qu'aucun crime ne reste impuni.

Selon le dernier bilan fourni par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme basé à Londres, le conflit syrien a causé la mort de plus de 80 000 personnes depuis mars 2011, date du début du soulèvement contre Bachar al-Assad.

Première publication : 14/05/2013

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