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Asie - pacifique

Sécurité des usines au Bangladesh : Carrefour s'engage, pas Wal-Mart

© D.R.

Texte par Moïna FAUCHIER DELAVIGNE

Dernière modification : 15/05/2013

Carrefour s'engage à son tour à participer à un système indépendant d'inspection des usines textiles. À quelques heures de la date butoir, les principaux groupes américains, dont WalMart et Gap, ne veulent toujours pas en entendre parler.

 
Trois semaines après la catastrophe du Rana Plaza, le groupe Carrefour, à l’instar de plusieurs grandes marques comme le britannique Mark&Spencer et l’italien Benetton, a annoncé le 14 mai qu’il signerait l’accord sur la prévention des incendies et la sécurité des constructions au Bangladesh.
 
Une annonce qui fait suite à l’effondrement de l’immeuble abritant plusieurs ateliers de confection textile qui a fait plus de 1 100 morts le 24 avril dans la banlieue de Dacca.
 
Des marques françaises parmi les clients des ateliers du Rana Plaza

Selon le Parisien et BFM TV, trois groupes français étaient clients des cinq ateliers de confection installés dans le bâtiment de Rana Plaza. En plus de Mango, Benetton ou Primark, des étiquettes des groupes Carrefour, Auchan et Camaïeu auraient été trouvées dans les décombres. Chacun d’eux nie toute production dans l’immeuble…
« Le problème aujourd’hui est que les maisons-mères ne sont pas juridiquement responsables des fournisseurs et de leurs sous-traitants. Elles bénéficient donc d’une totale impunité légale », fait remarquer Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Ethique sur l’étiquette.

Sous la pression des ONG, Carrefour, qui est l’un des plus importants acheteurs au Bangladesh, s’engage donc à signer l’accord sur cinq ans dont les syndicats IndustriALL et UNI Global Union (qui représentent des dizaines de millions de travailleurs dans le monde) ont été à l'origine en 2012. Il devient ainsi le premier grand groupe français signataire.
 
"Le drame sans précédent qui est intervenu au Bangladesh oblige tous les acteurs présents dans le pays à s’engager par des moyens supplémentaires", assure Carrefour dans un communiqué.
 
Pour le réseau de défense des travailleurs du textile Clean Clothes Campaign, il faut maintenant que des marques qui représentent les plus gros volumes d’achats, comme Auchan, Casino et Décathlon suivent l’exemple. Les marques ont jusqu’au 15 mai à minuit (GMT+2) pour rejoindre l’accord. Les détails devront encore toutefois être négociés par les parties dans les jours suivants. 
 
Les deux leaders mondiaux du secteur, le suédois H&M et le groupe espagnol Inditex (propriétaire notamment de Zara) ont eux déjà approuvé l’accord cette semaine, tout comme le discounter britannique Primark, dont certains produits étaient fabriqués dans les ateliers du Rana Plaza, ainsi que C&A. Des acteurs importants pour le Bangladesh, l’Europe représentant 60 % des exportations textile de ce pays.
 
IndustriALL s’est félicité dès le 14 mai que "l’accord s’applique maintenant à plus de 1 000 fournisseurs après sa signature par plusieurs multinationales". Celles-ci acceptent "un programme contraignant de réformes sur la sécurité contre l'incendie basé sur des inspections indépendantes, des comités de santé et de sécurité dirigés par les travailleuses et travailleurs, et l’accès des syndicats aux fabriques et ateliers", précise le syndicat. Chaque signataire devra participer au financement de la sécurité incendie et des bâtiments de confection dans les usines utilisées, et ce sur toute la chaîne de sous-traitance.
 
Il aura donc fallu cet accident, le plus meurtrier de l’histoire de l’industrie textile du Bangladesh, pour que l’opinion publique mondiale s’intéresse aux conditions de sécurité déplorables dans lesquelles travaillent les quelque 4 millions d’ouvriers et ouvrières du secteur.
 
"Il faut que l'impulsion vienne des donneurs d'ordre"
 
En effet, depuis le début de la campagne pour cet accord sectoriel en septembre 2012, seuls deux groupes (l'allemand Tchibo et l'américain PVH qui détient des marques comme Tommy Hilfiger et Calvin Klein) avaient accepté de s’engager.
 
Désormais, il semblerait que les marques se sentent obligées de modifier leurs pratiques dans ce pays qui est devenu en une vingtaine d’années le deuxième exportateur mondial du textile, juste derrière la Chine. Le risque de voir leur image ternie pourrait faire mouche auprès des grandes marques qui n’ont aucune envie de sacrifier ces fournisseurs dont les coûts défient toute concurrence (le salaire des ouvriers chinois est deux fois plus élevé que celui de leurs homologues bangladais)
 
L’accord "va dans le bon sens", estime Anne-Laure Linget, responsable du développement international à la Fédération française de la maille et de la lingerie, interrogée par FRANCE 24. En effet, explique-t-elle, "le gouvernement bangladais n'a pas les moyens d'accompagner ses sociétés, il faut donc que l’impulsion vienne des donneurs d’ordre pour s’assurer du respect des conditions de travail des ouvriers".
 
Gap et  Wal-Mart opposent un refus
 
La plupart des groupes américains rechignent cependant toujours à rejoindre cet accord contraignant. Si la chaîne canadienne Joe Fresh va s’engager, Gap renacle et réclame un changement dans la clause relative aux règlements des contentieux devant la justice.
 
Le géant américain WalMart, premier distributeur mondial, a quant à lui déclaré le 14 mai “ne pas être en position” de signer l’accord. Le groupe, qui semble-t-il se fournissait notamment auprès d’ateliers situés dans le Rana Plaza, a toutefois annoncé qu’il effectuerait des contrôles de sécurité dans les 279 usines qui fournissent ses magasins.
 
"Le Bangladesh est moins important pour les États-Unis" tempère Anne Laure Linget. Alors que ce pays est maintenant le deuxième fournisseur textile de l’Union européenne,
ne représente que le quatrième fournisseur des États-Unis, derrière d’autres pays asiatiques comme le Vietnam.

  

L'accord sur la sécurité des bâtiments (version du 12 mai)

2013-05-12 - Accord on Fire and Building Safety in Bangladesh.pdf by Charlotte Boitiaux

 

Première publication : 15/05/2013

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