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Cours en anglais à l'université : "la pire des humiliations" pour les francophones

© twitter.com/PouriaAmirshahi | Pouria Amirshahi, député PS des Français d'Afrique du Nord et de l'Ouest.

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 15/05/2013

La ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso veut que les universités françaises puissent donner des cours en anglais, notamment pour attirer plus d’étrangers. Le socialiste Pouria Amirshahi explique pourquoi il est opposé au projet.

Depuis le 14 mai, les débats sur la francophonie à l’Assemblée nationale tournent à la cacophonie. Alors que la ministre Geneviève Fioraso tente de défendre son projet de loi d’orientation de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (ESR), plusieurs dizaines de députés socialistes, appuyés par des élus de tous bords, cherchent à faire dérailler l’initiative. Dans le viseur des détracteurs du texte : l’article 2 qui prévoit d’autoriser l’enseignement en langue anglaise dans les établissements publics ou privés de l’Hexagone.

Le but affiché est de favoriser l’attractivité des universités françaises et de combler les lacunes linguistiques des étudiants français. "L'Inde compte un milliard d'habitants, mais nous n'accueillons que 3 000 étudiants indiens en France. Nous sommes ridicules. L'une des raisons est qu'il n'y a pas assez de cours en anglais", expliquait la ministre de l'Enseignement supérieur dans les colonnes du "Monde" le 10 avril.

"Ce projet de loi est une fausse bonne idée"

En face, les opposant au texte, qui craignent une perte conséquente de l’influence de la langue de Molière dans le monde, sont nombreux. Y compris dans les rangs de la majorité qui compte une quarantaine de députés ouvertement contre. Parmi eux, Pouria Amirshahi, député socialiste de la neuvième circonscription des Français établis hors de France (Afrique du Nord et de l'Ouest), se place en fer de lance de la contestation. Il demande purement et simplement la suppression de l’article 2. Un appel relayé par bon nombre d’intellectuels, dont les sages de l’Académie française, et de scientifiques.

Joint par FRANCE 24, Pouria Amirshahi estime que l’article 2 assène un coup "terrible" à la langue française "qui unit tant de peuples sur les cinq continents". Il voit ce projet de loi comme la porte ouverte à une "horrifiante uniformisation du monde", "la pire des humiliations" pour les francophones et francophiles.

Mais au-delà du symbole, Pouria Amirshahi affirme que ce projet de loi ne permettra en rien de régler le problème du niveau médiocre des Français en langues étrangères. "Il s’agit d’une fausse bonne idée. Favoriser l’apprentissage des langues, dont l’anglais qui est nécessaire pour donner leur chance aux étudiants français sur la scène internationale, doit passer par des mesures beaucoup plus ciblées visant à faciliter leur mobilité. Augmenter les bourses et les séjours en immersion, développer une lisibilité accrue des dispositifs d’accueil, d’accompagnement et d’aide… C’est cela la modernité", défend-il, ajoutant qu’en plus de l’anglais, l’accent devait absolument être mis sur l’enseignement de l’arabe, de l’espagnol et du chinois.

100 000 Chinois francophones

En outre, selon le député, l’article 2 n’aidera en rien à augmenter l’attractivité des universités françaises à travers le monde, comme le soutient Geneviève Fioraso. "L’enseignement supérieur en France dispose déjà d’atouts considérables. Le faible coût de l’enseignement, l’intérêt culturel, mais aussi les immenses débouchés que représentent les marchés du travail de l’espace francophone, en Amérique du Nord, en Afrique comme en Europe, sont autant de ressources pour le rayonnement universitaire de la France", justifie Pouria Amirshahi. Et le député d’ajouter : "La France n’est pas vouée à devenir une destination pour apprendre l’anglais. Pensez-vous qu’en dispensant moins de cours en français, les étudiants étrangers désireux d’apprendre l’anglais préfèreront soudainement la France aux prestigieuses universités britanniques et américaines ?"

Selon lui, il faut s’attacher à développer les communautés de francophiles souhaitant améliorer leurs compétences dans la langue de Molière et "donner à la francophonie les outils dont elle manque cruellement". Il propose, par exemple, la création d’un Erasmus francophone ou encore d’un Passeport économique et culturel de la francophonie. Avec quelque 100 000 étudiants chinois apprenant le français et des dizaines de milliers d’autres à travers le monde, les inquiétudes auxquelles la ministre de l'Enseignement supérieur espère répondre via l’article 2 "n’ont pas lieu d’être", selon lui.

"En l’état, le texte est une catastrophe"

Après s’être entretenu, mardi, avec Geneviève Fioraso, Pouria Amirshahi reconnaît qu’un retrait total de l’article a peu de chance d’aboutir, celle-ci n’en démordant pas, confie-t-il à FRANCE 24. La ministre a toutefois laissé entendre qu'il pourrait y avoir des "enrichissements en séance". Pouria Amirshahi plaide donc, a minima, pour un meilleur encadrement du texte. "Si l’article 2 venait à passer en l’état, ce serait une catastrophe. Il peut et doit être amendé et fortement bordé", réclame le député. Il propose notamment que les enseignements dispensés en langue étrangère doivent justifier "d’un lien manifeste" entre la matière concernée et la langue choisie pour l’enseigner.

En une journée de débat à l’Assemblée nationale, plusieurs amendements ont déjà été adoptés. C’est le cas de celui du président de la commission des Affaires culturelles et de l'Éducation Patrick Bloche (PS) qui prévoit que les étudiants étrangers concernés par les enseignements en anglais reçoivent, en contrepartie, "un apprentissage de la langue française".

Le vote des députés doit avoir lieu le 22 mai, au terme d’une semaine de débats parlementaires.

Première publication : 15/05/2013

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